La lettre de la décentralisation





Lectures

Les grands moments de la Ve République :
Un régal pour les amateurs de la vie politique

Nicolas Sarkozy, l’homme de la « rupture » comme ses prédécesseurs est allé, ce 9 novembre se recueillir devant la tombe du général de Gaulle à Colombey-les-deux-églises alors qu’il n’avait pas accompagné l’an dernier, le président Chirac dans cet hommage annuel. Une preuve supplémentaire que tout chef d’Etat français élu demeure redevable au Général de Gaulle d’avoir forgé des institutions que personne ne songe à bouleverser, les tentatives d’aller vers un régime présidentiel « à l’américaine » ou de revenir au régime parlementaire, s’étant perdues dans les sables des promesses électorales intenables.

L’échec « social » de De Gaulle …
En première partie de ce livre (1) , le lecteur trouvera un grand plaisir à suivre Jean Lacouture, journaliste et écrivain, retracer à sa manière, vivante et perspicace, l’historique des six présidents qui se sont succédé à l’Elysée depuis 1958 sous le régime de cette Ve République que le général de Gaulle avait conçu comme une « monarchie populaire » et qui avait amené à travers « un 2 décembre sans les moyens du 2 décembre », allusion à son retour au pouvoir, concomitant avec le soulèvement du 13 mai 1958.
On suit le déroulement de l’époque de Charles de Gaulle qui se termine avec le « fiévreux mois de mai (68) qui fit une victime : la prépondérance du Général alors que le premier ministre d’alors (Georges Pompidou) grandit « par la maîtrise dont il a fait preuve pendant ces évènements ». Jean Lacouture dans le bilan du Général entre 1958 et 1969 relève un échec : celui de la « refonte du système social » qui fut l’un de ses objectifs constants par laquelle le gaullisme a tenté de se distinguer du conservatisme.

… et de la « Nouvelle Société » de Chaban Delmas

C’est précisément de cette organisation « contractuelle », celle de la politique des revenus avec Jacques Delors, contenue dans le projet de « Nouvelle Société » de Jacques Chaban Delmas dont le successeur du Général, Georges Pompidou, n’a pas voulu. Les « intégristes » du pompidolisme comme la très militante Marie-France Garaud se serviront d’un certain Jacques Chirac pour ameuter contre Chaban, l’aile conservatrice du RPR et faire élire finalement Valéry Giscard d’Estaing.
Le conflit Elysée-Matignon entre Pompidou et Chaban se jouera à front renversé sous septennat suivant celui de Giscard d’Estaing : le président « libéral avancé » prétendant faire avancer la société alors que Jacques Chirac rechignait à Matignon avant de démissionner avec fracas. Terminé avec la force tranquille de Raymond Barre, ce septennat VGE ; sans à coup majeur, survivra comme une sorte de « maître-étalon » de la Vème République.
Et pourtant, le président « orléaniste », libéral de centre-droit sera battu par un personnage roué âgé de 65 ans dont déjà plus de quarante consacrés à la profession politique : un certain François Mitterrand qui voulait en 1981 « changer de société » mais dû abandonner son « socialisme à la française », pour - deux ans après et trois dévaluations – se ranger en 1983 derrière un « socialisme à l’européenne » plus modeste.


Un bilan brillant pour Mitterrand en politique étrangère

Après sa réélection facile en 1988 grâce à une campagne à la tonalité centriste de « la France unie », François Mitterrand, virtuose de la politique française, parlementaire aussi bien que villageoise, laissera pourtant l’impression d’avoir trébuché souvent dans l’Hexagone alors qu’il a brillé sur la scène internationale à travers ses discours fameux de la Knesset ( Israël doit reconnaître un « Etat palestinien ») ou devant le Bundestag ( affirmant le droit de l’Allemagne de l’Ouest d’installer sur son sol des missiles américains SS20, etc.).
François Mitterrand se sentait sans doute plus proche de Jacques Chirac son premier ministre de cohabitation que de son second, Edouard Balladur. Ils partageaient l’ambiguïté et le flou dans la conduite de leur politique.

Une dissolution et un référendum manqués pour Chirac

Jacques Chirac en fit la preuve dès le début de son septennat en 1995 en faisant entrer dans le gouvernement l’avocat du libéralisme Alain Madelin après avoir mené sa campagne sur le thème de la « fracture sociale » ! Son erreur tactique de la dissolution du 21 avril 1997 (reportée sur le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, Dominique de Villepin) lui valut une troisième cohabitation avec la gauche plurielle de Lionel Jospin cette fois-ci. Ce dernier trop fier de son bilan ne vit pas venir Jean-Marie Le Pen qui le coiffa pour la deuxième place, permettant ainsi en 2002 la réélection de Jacques Chirac avec plus de 80% des voix. Mais le désastre du référendum de mai 2005 (après la défaite cuisante des régionales de 2004 remportées par les socialistes par 20 contre 2) ne lui donna pas l’opportunité comme il l’aurait souhaité de barrer la route de l’Elysée à Nicolas Sarkozy, élu sur le thème de la rupture en mai 2007.
La République avec lui après avoir été « héroïque » avec de Gaulle, « gestionnaire » avec Pompidou, « décrispée » avec Giscard, « social-élitiste » avec Mitterrand et « conviviale » avec Chirac est désormais… « survoltée ». Elle est conduite par un président « hyper-Premier ministre » polyvalent et pluriactif n’ayant d’autre « arbitre » que lui-même. Un style diamétralement opposé à celui du fondateur de la Vème République mais pas si éloigné de lui dans la pratique, celle d’une « monarchie populaire » dont les Français, semble-t-il, raffolent.

Illustrations et commentaires fort pertinants

La deuxième partie de cet ouvrage est chronologique. Elle est fort bien commentée par Béatrix Baconnier, journaliste à l’AFP chargée de l’Assemblée nationale. On sent la patte de cette diplômée en photographie car les illustrations choisies sont toutes parlantes et fort bienvenues. On retiendra la dépêche AFP du 13 mai 1958 indiquant que le général Salan déclare « prendre provisoirement en main les destinées de l’Algérie française ». Ou bien encore cette célèbre une de l’Express en 1965 sur « Monsieur X contre De Gaulle » préfigurant la candidature de Gaston Defferre.
Toutes ces photos fort bien mises en pages (350 provenant les journalistes de l’Agence France Presse) sont commentées avec des anecdotes parfois inédites.
Voilà un ouvrage qui mérite de figure dans toutes les bibliothèques de ceux qui aiment la politique et la Res publica, c’est à dire le bien public auquel se sont consacrés nos cinq présidents de la Vème République et espérons le …le sixième !

 

 

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

(1) « Les grands moments de la Vème République - 50 ans en images » par Jean Lacouture, et Béatrix Baconnier, 240 pages, 35 €, Flammarion, AFP.


Rappel : un excellent ouvrage paru, en octobre 2006, présentait sous forme d’interviews, « les témoins et les acteurs de la Vème République » sous la direction d’Henri Fabre avec la collaboration du journaliste Daniel Huard avec un précieux bonus : la composition de tous les gouvernements de la Vème République. 152 pages, 35 €, éditons Privat

 
 

 

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