La lettre de la décentralisation





Lectures

Une biographie de Michèle Alliot-Marie
La carrière de la " Grande Muette "
bien décidée à se faire entendre en 2007

Première femme ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie a failli devenir, il y a un an, la première femme de droite à occuper Matignon. Jacques Chirac lui avait même laissé entendre qu'elle était sur la " short list " avec Dominique de Villepin, pour succéder à Jean-Pierre Raffarin. Le président de la République lui avait dit " tiens toi prête " au lendemain du référendum du 29 mai 2005.
On connaît la suite. Le choix présidentiel en faveur de son ancien secrétaire général à l'Elysée qui n'avait pas manqué de faire valoir au chef de l'Etat qu'avec Michèle Alliot-Marie la fin de son quinquennat risquerait d'être " sans souffle ". De fait sous Dominique de Villepin, des coups de vent voire de la tempête politique et sociale dans le pays, il y en a eu pas mal depuis un an.
A un point tel que " MAM " qui vient de rejoindre le camp de Nicolas Sarkozy n'a certainement pas envie - tout comme Jean-Louis Borloo d'ailleurs - de quitter maintenant le ministère de la Défense pour se coltiner Matignon pendant un bail limité à dix mois. Pourtant, déjà à l'époque, les amis de Nicolas Sarkozy avaient clairement fait savoir - ceci explique-t-il cela - qu'à leurs yeux la ministre de la Défense était plus " sarko-compatible " que l'hôte actuel de Matignon !
Il est vrai que Michèle Alliot -Marie, fille d'un gaulliste résistant, l'ancien arbitre international de rugby, Bernard Marie, ancien député et maire de Biarritz, s'était refusée à prendre partie entre Edouard Balladur et Jacques Chirac dans la préparation de l'élection présidentielle de 1995 s'attribuant le rôle de " passerelle " entre les deux adversaires, position qui, à l'époque, avait été totalement incomprise. Ce fut le premier coup de canif dans les relations de confiance entre le futur président de la République et l'actuelle ministre de la Défense. Le deuxième fut son acte de candidature à la présidence du RPR initialement dévolue par Jacques Chirac et ses conseillers à… Jean-Paul Delevoye qui fut battu en décembre 1999. Michèle Alliot-Marie présente un profil à la fois volontariste et fataliste qui en fait un personnage à part dans la vie politique française.
L'auteur de la biographie de Michèle Alliot-Marie(1) Michaël Darmon, grand reporter au service politique de France 2 a déjà réalisé un reportage très remarqué sur la ministre de la défense en avril 2005 pour l'émission " Envoyé spécial " dans les coulisses du ministère de la rue Saint Dominique qui avait présenté pour la première fois un portrait intimiste de la ministre de la Défense.
Elle avait été suivie tout au long d'une journée qui commençait par très tôt dans la matinée par son entraînement à la course à pied sur un tapis roulant pour maintenir sa forme jusqu'à ses entretiens en soirée avec les responsables militaires sur les questions diplomatiques. En clair, à droite, " MAM " apparaît comme une femme d'expérience qui a conquis à la force de volonté et de ténacité ses galons de " femme d'Etat ".
Cette biographie bien documentée et riche en anecdotes et confidences permet de mieux connaître cette hyperactive introvertie, avare de confidences.
Elevée à la garçonne dans un univers et une région réputés pour son machisme - le pays basque - formée à être la première en tout, " MAM " est issue d'une famille où l'on ne connaît pas le féminisme mais où l'on considère qu'une femme peut faire la même chose qu'un homme, souligne l'auteur. Mais le paradoxe de la carrière de " MAM " réside dans le fait que " si elle aime exercer le pouvoir, elle n'est pas pour autant une femme de pouvoir. Dans ce portrait complet et réussi qui lève - c'est anecdotique - le secret de la double référence de " MAM ", Marie pour son père et Alliot, le nom de son mari qui fut un proche collaborateur de l'ancien président du Conseil de la IV ème République, Edgar Faure qui lui a mis le pied à l'étrier en la prenant dans son cabinet. Autre révélation piquante : la confession du compagnon de " MAM ", le député UMP des Hauts-de-Seine, Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale qui s'est vu coiffé sur le poteau en 1999 par une confidence de Michèle Alliot-Marie alors qu'il songeait lui-même à se présenter à la présidence du RPR…
" MAM " qui était prête pour Matignon en 2005 a confié qu'elle sera " tout naturellement au premier rang " durant la campagne de la présidentielle en 2007. " Si j'étais elle, à son âge et avec son parcours, j'irais à la candidature présidentielle " a glissé le chef de l'Etat à des parlementaires, il y a quelques mois. Message reçu. Aujourd'hui, encore elle se dit " prête ". Volontaire et fataliste, la " Grande Muette " attend son heure. Mais attention, car ce sont parfois celles qui en disent le moins qui y pensent le plus !

 

 

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

Michaël Darmon, " Michèle Alliot-Marie, la Grande Muette " 286 pages, (cahier photos) 18,95 € éditions L'Archipel

 
 

 

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