|
La
Défense risque d'être un sujet d'actualité
pendant la campagne de l'élection présidentielle,
non seulement parce que la ministre Michèle
Alliot-Marie a indiqué qu'elle comptait participer
activement à cette campagne mais aussi parce
que le programme socialiste prévoit des économies
à réaliser sur ce secteur qui a été
privilégie sous le quinquennat Chirac. La
Documentation française publie dans sa collection
" Regards sur l'actualité " un
dossier fort instructif sur la France et son armée
dans lequel Bastien Irondelle, chargé de
recherche, laisse entendre que les crédits
dévolus à la Défense risquent
d'être moins importants que ceux qui ont été
accordés dans la loi de programmation 2003-2008
par l'actuel Président de la République.
De fait, la quasi totalité des candidats
à candidatures du PS pour l'élection
de 2007 ont fait savoir qu'ils envisageaient de
faire des économies sur la défense
afin de capitaliser les " dividendes de la
paix " pour reprendre l'expression de l'ancien
Premier ministre socialiste, Laurent Fabius.
La professionnalisation
: une réussite à financer
Pour tous ceux qui s'intéressent aux questions
de Défense, ce dossier est particulièrement
instructif. Il présente en effet, le nouveau
modèle de l'armée décidée
par Jacques Chirac qui a aboutit - fait unique en
France - à une professionnalisation complète
d'un corps de l'Etat entre 1997 et 2002 marquée
notamment par la fin du service militaire obligatoire
le 27 juin 2001 (au lieu du 31 décembre 2002
comme cela était prévu par la précédente
loi de programmation militaire). Le bilan de ce
chambardement complet puisque les appelés
représentaient 35% des effectifs autrefois
et 50% dans l'armée de terre a été
l'augmentation de femmes militaires, une proportion
importante de civils (un cinquième de la
dépense en 2006) et un fort renfoncement
du taux d'encadrement.
Précisons toutefois que le service militaire
- contrairement à ce que l'on croit généralement
- n'a pas été supprimé mais
suspendu. Il est remplacé par trois actions
: enseignement de Défense dans la scolarité
en classe de 3e et 1re ; recensement à l'âge
de seize ans, journée d'appel et de préparation
de défense (JAPD) dont la vocation première
est de maintenir le contact entre l'armée
et la jeunesse, notamment dans une perspective de
recrutement, et d'entretenir le lien armée
nation. Un jeune sur quatre s'est déclaré
intéressé en 2004 par une des différentes
formules de participation à la défense
(engagement, réserve, volontaires, préparation
militaire). Cette journée d'appel permet
aussi la détection de jeunes en difficulté
(96 566 en 2004) pour leur permettre de s'orienter
vers un rattrapage sous forme de " deuxième
chance : défense "). En revanche, l'armée
manque de réservistes Les prévisions
d'effectifs ont été revus à
la baisse (95 000 en 2012) et des mesures favorisant
les réserves militaires comme des crédits
d'impôts ont été décidées
en mars 2005.
Le contrôle démocratie
sur les armées doit être renforcé
Le dossier fait état aussi des
difficultés rencontrées par les militaires
de carrière dont le moral a été
particulièrement touché en 2001-2002
puis surtout dans l'armée de l'air par les
incidences des évènements de la Côte
d'Ivoire. L'armée professionnelle est confrontée
essentiellement à des problèmes de
qualité et de quantité des recrutements
(il n'y avait plus qu'un candidat et demi pour un
poste en 2003 contre trois pour un quelques années
auparavant). De plus, l'armée professionnelle
enregistre un déficit de personnel civil
(4 000 postes vacants). Les dépenses de fonctionnement
sont de plus en plus importantes (45%) Les expériences
étrangères montrent que ce rapport
devrait encore évoluer en faveur des dépenses
de personnels. Comme son homologue britannique,
l'armée française va être confrontée
dans les années à venir à l'incompatibilité
entre la croissance d'investissement pour les systèmes
de forces de haute technologie et la croissance
des besoins financiers pour assurer le format des
armées professionnelles.
Il est probable que la résolution de ce dilemme
passera par la réduction du volume des effectifs
des armées et en particulier de l'armée
de terre.
Tous ces changements ne doivent plus ressortir du
fameux " domaine réservé "
du chef de l'Etat qui avec son chef d'état
major particulier interlocuteur privilégié
du chef d'état major des armées, règle
les problèmes en " tête à
tête " entre la Défense et l'Elysée.
Au contraire, les responsables militaires souhaitent
que la représentation nationale augmente
son contrôle démocratique sur l'avenir
des armées. Mais là encore, il existe
des risques de tension dans la mesure où
les officiers supérieurs estiment que de
moins en moins de décideurs politiques disposent
d'une expérience militaire. Par la force
des choses.
Beaucoup de problèmes
non résolus en matière européenne
Dans ce dossier, il faut lire aussi dans ce dossier
une analyse sur l'arme nucléaire qui reste
réservée à la défense
des " intérêts vitaux " de
notre pays. Ou bien encore le rôle de la France
dans la mise en place d'un pilier européen
de défense qui porte sur la possibilité
de mettre en uvre une politique européenne
de sécurité et de défense (PESD)
avec des moyens militaires propres alors que l'OTAN
cherche a conserver la direction politique de la
sécurité en Europe. En janvier 2006,
le président Chirac a repris la proposition
d'une " dissuasion concertée en Europe
" dans le but d'aller vers une " défense
commune " qui s'est appuyée jusqu'à
maintenant sur l'axe franco-allemand.
Toutes ces questions méritent d'être
évoquées par les différents
candidats à l'élection présidentielle.
Ce dossier qui porte aussi sur la place des opérations
extérieures et l'industrie ce la défense
est donc particulièrement bienvenue à
l'heure de la grande confrontation présidentielle
de 2007.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|