La lettre de la décentralisation





Lectures

En marge des violences urbaines dans les banlieues :
Un essai sur les socialistes et la ville
par Pierre Bourguignon,
député-maire de Sotteville-lès-Rouen
et président de l'association
" Ville et Banlieue de France "

Le 3 novembre, Pierre Bourguignon, député-maire socialiste de Sotteville-lès-Rouen depuis 1989 et président de l'association des Maires de " Ville et Banlieue de France ", - association créée en 1983 et qu'il préside depuis 1993 - demandait sans succès à être reçu d'urgence par le Premier ministre. Avec juste raison, il notait dans le communiqué explicitant sa demande qu'" une fois de plus, les villes de banlieue sont à l'ordre du jour dans les médias et au gouvernement parce qu'elles flambent, et seulement parce qu'elles flambent (…) C'est décourageant pour les maires et les acteurs de la politique de la ville dont le travail et les réussites au jour le jour ne sont jamais décrits, jamais valorisés " enrageait-il. Et d'ajouter avec force conviction qu'il serait vain de croire que ces explosions violentes ne concernent que des territoires à la marge et à la périphérie. " C'est tout au contraire notre société sa ségrégation sociale et territoriale qui sont ainsi remises en cause ". Dont acte.


Bilan " contrasté " du PS

Pierre Bourguignon est un homme de conviction. Urbaniste, sociologue de formation, il décrit parfaitement dans l'ouvrage qu'il vient de publier dans la revue " l'encyclopédie du socialisme " intitulé " les socialistes et la ville ", les enjeux que représentent pour les socialistes les questions de la ville où doit pouvoir, selon lui, " s'incarner l'espace républicain où la démocratie doit s'exprimer où la société peut évoluer " affirme-t-il.
Dans cet essai, préfacé par l'ancien Premier ministre Michel Rocard qui a crée à l'instigation de François Mitterrand, le ministère de la Ville en 1990, Pierre Bourguignon décrit parfaitement l'évolution de nos villes et banlieues. " Plus les économies se transforment, plus les villes ou des parties urbaines en accueillent les effets sociaux et sociétaux bons ou mauvais ". Pour lui, " la ville est le lieu où doit pouvoir s'incarner l'idéal républicain. Elle doit favoriser, écrit-il, la rencontre de populations dans la diversité sociale et culturelle, en particulier grâce aux services et aux espaces publics. Elle doit permettre à tous ceux qui le souhaitent se s'y loger dignement et de bénéficier des aménités urbaines ".
Or, force est de constater qu'il n'en est rien.
Dans un bref rappel historique, l'auteur décrit la " rupture " imposée par Haussmann dans la seconde partie du XIX ème siècle qui a substitué à la cohabitation des riches et des pauvres dans les mêmes immeubles (selon les étages ) la ségrégation entre " centre " et " périphérie ". La décolonisation a fait le reste dans les années 1970, en remplaçant dans les banlieues ouvrières, les prolétaires par " l'exclu, l'immigré voire de potentiels délinquants".
Pour tenter de lutte contre cette " fragmentation urbaine ", Pierre Bourguignon décrit les réflexions politiques sur le devenir des agglomérations urbaines et les différentes politiques mises en place entre 1980 à 2002 par les socialistes. Il en présente à l'instar d'un rapport de la Cour des Comptes en 2003, un bilan " contrasté ". Il souligne tout à trac : l' imprécision des objectifs et de la stratégie, la surabondance de nouveaux dispositifs, dimension interministérielle pas assez prise en compte, la déficience du système d'information qui ne permet pas une véritable évaluation des politiques menées etc.

Repenser la politique de la Ville

Pour combattre les inégalités qui ne cessent de s'accroître, estime-t-il, il nous reste à repenser notre politique de la ville, à la remodeler, à l'adapter " affirme le président de " Ville et Banlieue de France ".
L'auteur donne quelques pistes principales; renouvellement des pratiques de management urbain avec un droit de préemption urbain (DPU) comme chez lui à Sotteville-lès-Rouen ; requalification des quartiers denses en habitat social, contrats d'agglomération pour assurer des réseaux performants de transports publics assurant une mobilité pour éviter que les personnes restent captives dans leurs quartiers. " La lutte contre les discriminations raciales ou territoriales doit être une priorité absolue " conclut -il. Pour lui, en effet, ceux qui veulent changer la vie dans les banlieues doivent tenir les deux bouts de la chaîne en agissant de façon " lourde " sur le renouvellement urbain " et au quotidien en permettant un accompagnement social de leurs habitants.
Lors que les violences et les propos " guerriers " se seront tus de part et d'autre, il faudra bien que les élus locaux, ces " héros de la République " comme les surnomme Michel Rocard s'efforcent à nouveau de pousser ce rocher de Sisyphe que représente la politique de la Ville. Pierre Bourguignon à n'en pas douter est l'un de ceux là. C'est pourquoi, il faut lire sans tarder cet essai nourri de théorie et de pratique réformiste au quotidien.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

" Les socialistes et la ville " collection " l'encyclopédie du socialisme " 126 pages, 7,5 € éditions Bruno Leprince

 
 

 

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