
Le président de la République a entendu le message des régionales de 2010. Dans une allocution lue devant la presse et retransmise en direct à la télévision depuis l’Elysée à l’issue du conseil des ministres du 24 mars, il a présenté un recadrage de l’ensemble des réformes qui devront être prises dans les six mois et d’ici à 2012. Il s’agit de redonner confiance à l’électorat de droite notamment populaire qui s’est détourné de lui à l’occasion des élections régionales et de rassurer les troupes parlementaires de l’UMP inquiètes de la dégradation du climat électoral qui l’appellent à créer « un nouveau pacte de confiance » avec les français.
Dans sa déclaration le chef de l’Etat a précisé les priorités d’action du gouvernement et les réformes à venir en mettant l’accent sur celle des retraites qui devra être achevée « dans les six mois ». Il a retrouvé aussi des accents de fermeté sur les questions de société confirmant une loi contre le port de la burqua. De même dans le but de renouer avec son électorat de droite traditionnelle qui s’est détourné de lui, il a annoncé une grande concertation sur la « médecine de proximité » et assuré en direction des agriculteurs qu’il était prêt à ouvrir une « crise en Europe plutôt que d’accepter le démantèlement de la politique agricole commune ». Sur la taxe carbone, le chef de l’Etat a conditionné sa mise en œuvre à un hypothétique accord européen sur le dispositif…tout en assurant qu’il n’avait pas abandonné « le choix d’une fiscalité écologique ».
Bref, Nicolas Sarkozy a fait flèches de tout bois pour combler le fossé qui le sépare désormais de son électorat de droite et du « peuple de France » qui avait assuré sa victoire à la présidentielle de 2007.
Le retour aux « fondamentaux » de 2007
Enfourchant à nouveau le thème de la sécurité qui restera « une priorité » d’ici à 2012, il a reconnu la montée des violences dans les stades, les transports et les écoles. « Cette situation ne peut plus durer, a-t-il affirmé avec détermination. Ceux qui attendent une réponse ferme de ma part ne seront pas déçus !» Retrouvant les accents de sa campagne de 2007, il a regretté que pendant trop longtemps « collectivement », la société française ait trop cédé « sur ses valeurs, sur les principes qui fondent notre pacte civil et notre pacte social ». Et de regretter tout à trac que « la violence soit entrée dans l’école » que l’ « agresseur soit traité avec plus d’égards que la victime » ; « le travail dévalorisé et que « le mérite ne soit plus récompensé etc. « Eh bien, je m’y engage il n’y aura plus aucune concession !» a-t-il souligné à l’adresse notamment des électeurs qui, aux régionales ont rejoint à nouveau le Front national.
En fait et contrairement à ce qu’il avait imprudemment prédit – « à élections régionales, conséquences régionales » – le chef de l’Etat a bel et bien tiré des conclusions nationales de cet échec électoral cinglant de la majorité présidentielle.
En premier lieu à travers un simple réaménagement technique du gouvernement, très politique, contre l’avis de son premier ministre qui souhaitait un remaniement large pour trouver un « second souffle », Nicolas Sarkozy a cherché à réintégrer voire museler, les « oubliés de la droite » qui risquaient de lui nuire en imposant à François Fillon de faire entrer dans son gouvernement dès le lendemain du deuxième tour des régionales, trois représentants estampillés, «chiraquien », « villepiniste » et « centriste » de l’UMP. Le jour suivant, il a adressé un message en direction des chefs d’entreprises et des cadres en faisant annoncer par le premier ministre le report aux calendes grecques de la taxe carbone. Enfin, il a procédé à un recadrage des priorités gouvernementales en maintenant les « fondamentaux » économiques et sécuritaires de son programme présidentiel. « Vous attendez des résultats, ces résultats vous les aurez ! » a-t-il conclu.
La droite au plus bas, la gauche au plus haut
La nécessité pour le chef de l’Etat de reprendre la direction des opérations en redressant la barre à droite. En effet, selon un sondage BVA sorti des urnes des régionales, 59% des Français souhaitent une victoire… de la gauche en 2012. Dans toutes les autres enquêtes d’opinion sur le meilleur candidat de la droite pour 2012, le chef de l’Etat est largement distancé désormais par François Fillon. Et selon les mêmes enquêtes Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry devanceraient l’hôte actuel de l’Elysée en cas d’élection présidentielle anticipée.
La mode dans les milieux politiques, syndicaux et patronaux y compris dans ceux traditionnellement attachés à la droite est désormais celle du « TSS » (Tout sauf Sarkozy) ou encore celle du « un quinquennat, ça suffit largement » comme l’a confié elle-même l’épouse du chef de l’Etat !
Cet étalage de bonnes intentions et de promesses il se résume à un retour aux « fondamentaux » de la campagne présidentielle de 2007 laisse peu de place à la contestation ouverte dans son camp. Il coupe un peu l’herbe sous les pieds de ses rivaux éventuels au sein de la majorité.
Le chef de l’Etat, ancien avocat, a tenté avec beaucoup d’habileté, de relooker ses priorités sans donner l’impression de changer de cap. Mais ce n’est pas toujours très clair de faire le tri entre les intentions et les actes.
Les promesses et les résultats : un bilan contrasté à revoir dans deux ans
Deux exemples différents sont éclairants mais peu probants. Le chef de l’Etat, reprenant sa promesse électorale de 2007 d’une « République irréprochable » a réaffirmé que son devoir lui dictait de continuer à placer son action « sous le signe du refus du sectarisme ». Dans le même temps, il a procédé avec la nomination symbolique d’une juriste, membre de l’UMP, Jeannette Bougrab, à la tète de la Halde ce qui équivaut concrètement à la « fermeture de l’ouverture » pour reprendre la formule utilisée, le 24 mars sur RTL par le socialiste Malek Boutih qui avait été contacté personnellement en décembre dernier par le chef de l’Etat pour occuper ce poste…
De même, alors que la taxe carbone présentée en septembre 2009 comme une réforme aussi importante pour lui et son quinquennat que l’abolition de la peine de mort sous le premier septennat de François Mitterrand est renvoyée aux calendes grecques, Nicolas Sarkozy a néanmoins confirmé son « choix d’une fiscalité écologique » et fait dire que la responsabilité de cet échec revenaient aux socialistes qui n’avaient cessé de dénigre cette taxe . En réalité conditionner comme il l’a fait l’instauration de la taxe carbone dans notre pays à l’adoption d’une taxe européenne aux frontières revient à abandonner purement et simplement l’espoir d’une fiscalité écologique car chacun sait que parmi les vingt-sept pays de l’Union européenne, certains d’entre eux comme la Pologne et la Grande-Bretagne par exemple ne seront jamais d’accord pour adopter une telle mesure au niveau européen.
Nicolas Sarkozy n’a cependant rien dit de nouveau sur la lutte contre le chômage, la réduction de notre dette et la relance économique qui sont les sujets majeurs de ces deux prochaines années. La volonté du chef de l’Etat de s’afficher en président protecteur social et locomotive de la modernisation économique peut-elle contribuer à changer la donne politique ?
Des tensions avec François Fillon qui se pompidolise…
En revanche, une certaine tension est apparue entre le chef de l’Etat et le premier ministre dans la période de l’après régionales. La plus spectaculaire a été l’annulation de l’intervention prévue de François Fillon sur TF1, le 24 mars, pour laisser la priorité à l’intervention du chef de l’Etat. Tout se passe comme si Nicolas Sarkozy voulait affirmer son autorité face à un Premier ministre qui accumule les bons points dans l’opinion mais aussi chez les parlementaires UMP qui l’ont applaudi à quatre reprises, debout, au cours de la séance défouloir du 23 mars à huis clos. De même, le chef de l’Etat a refusé à son premier le remaniement de grande ampleur qu’il souhaitait pur trouver u second souffle à son action gouvernementale jusqu’en 2011. Il semble que le chef de l’Etat ait le souci de raccourcir ce délai et de laisser François Fillon à Matignon jusqu’à la fin de l’année 2010, le temps pour lui de faire passer la réforme des retraites et éventuellement le « coup de tabac » social qu’elle devrait entraîner. Plus on se rapproche de la date de la prochaine élection présidentielle plus les relations entre le chef de l’Etat et son Premier ministre au fait de sa popularité risquent de se tendre. Déjà certains sarkozystes n’hésitant pas à dire que François Fillon se « pompidolise » allusion à la montée en puissance de l’ancien Premier ministre du général De Gaulle qui avait fait savoir en 1968 qu’il était prêt en cas de besoin à prendre la relève du général. Le Premier ministre a tenu a démentir ces "fausses rumeurs" devant le Sénat lors de la séance des questions d'actualité du 25 mars les rangeant dans la catégorie des médiocres tentatives de déstabilisation du pouvoir.
… et Dominique de Villepin qui entame
une démarche gaullienne, voire napoléonienne
Ce n’est pas la démarche de Georges Pompidou mais celle du général De Gaulle que l’ancien Premier ministre chiraquien, Dominique de Villepin entend suivre pour 2012. De retour d’un un voyage de quinze jours en Chine, il a annoncé le 25 mars lors d’une conférence de presse le lancement d’un mouvement au service des Français. Constatant que l’impatience des Français n’a pas été entendue comme le prouvent, selon lui, les résultats des élections régionales, l’ancien Premier ministre a fait part de son choix personnel d’ouvrir une autre voie pour sortir notre pays de la crise économique et sociale. « Il faut dire la vérité » a-t-il dit devant les nombreux journalistes réunis au Press Club à paris. Nous sommes confrontés à une situation qui, si nous ne réagissons pas fera en sorte que le modèle social français non seulement sera balayé mais disparaîtra » a-t-il souligné avec force.
Le lancement effectif de sa campagne présidentielle étant fixé au 19 juin, au lendemain de la date anniversaire de l’appel gaullien du 18 juin 1940. Même si la représentante officielle du gaullisme au sein du gouvernement actuel, Michèle Alliot-Marie ironise en constatant que « Dominique de Villepin parle davantage de Napoléon que de De Gaulle », même l’un des proches de l’ancien Premier ministre, Georges Tron, et un chiraquien pur sucre « un ami de longue date » de Dominique de Villepin, ont rejoint le gouvernement et même si déjà c’était le 18 juin 2009 –Dominique de Villepin a déjà créé un « Club Villepin » resté confidentiel–, l’ancien secrétaire général de l’Elysée, habitué des arcanes politiques risque d’être un caillou dans les chaussures du chef de l’Etat.
D’ores et déjà, l’une de ses porte-parole, Anne-Marie Montchamp, députée du Val de Marne, a indiqué sur la forme que le mouvement de Dominique de Villepin se développerait « en dehors de l’UMP » et qu’il se fixerait parmi ses premiers objectifs « le dessoudage du « bouclier fiscal »… ce dont jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy n’a jamais voulu entendre parler. Ils ne sont à l’heure actuelle qu’une dizaine de députés UMP autour de Dominique de Villepin sur 315, mais l’ancien ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac peut espérer recruter auprès de la sensibilité « gaulliste » de l’UMP , du « Chêne » dirigée par Michèle Alliot-Marie ou bien encore du coté de « debout la France » de Nicolas Dupont-Aignan qui se plaint déjà de tentatives de débauchage de son mouvement qui a fait davantage de voix que le Modem en Ile-de-France aux dernières régionales.
Candidat déclaré pour la présidentielle de 2017, voire de 2012, Jean-François Copé, le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, contrairement à son habitude n’a pas fait de commentaire sur les déclarations faites par le chef de l’Etat. Il est vrai que dans sa déclaration d’intentions, le chef de l’Etat s’est efforcé de ne pas laisser passer une feuille de papier à cigarette avec ses propositions et celles avancées par le député-maire UMP de Meaux en approuvant notamment la loi anti-burqua dont Jean-François Copé a été le principal initiateur. L’hyper président Nicolas Sarkozy ne veut pas se laisser dicter la loi par les députés UMP qui réclament – avec l’assentiment de François Fillon ? – une « co-production législative » de plus en plus exigeante.
Et les centristes orphelins ? Dedans ou en dehors de l’UMP ?
Enfin last but not least, les centristes de la majorité présidentielle du Nouveau Centre d’Hervé Morin qui disposent d’un groupe à l’Assemblée nationale et de l’Alliance centriste du sénateur de Mayenne, Jean Arthuis, ont décidé de lancer un « appel au rassemblement des centristes ». Le président de la commission des finances du Sénat, Jean Arthuis explique dans un entretien à La Croix daté du 25 mars que les Français sont « orphelins d’une offre politique au centre de l’échiquier politique », mais il situe clairement son action dans le camp de la droite contrairement au Modem de François Bayrou qui, lui, avait appelé au vote sanction contre Nicolas Sarkozy. On prête l’intention à Hervé Morin d’envisager pour ce Centre réunifié d’avoir un candidat à l’élection présidentielle afin de faire renaître, en quelque sorte, l’ancienne UDF. Une option contre laquelle s’élève le nouveau ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives, Marc-Philippe Daubresse. « Je ne suis pas partisan de faire le centre en dehors de l'UMP » a-t-il confié au Figaro . La déclaration télévisée du chef de l’Etat dans laquelle il a tracé ses priorités d’ici à 2012 a suscité moins de réactions sur le fond, qu’elle n’a lâché une série d’initiatives parallèles voire diverses au sein de la majorité présidentielle. La cote du chef de l’Etat risque de fluctuer selon les résultats obtenus par sa politique de réformes et de rupture dans les deux années à venir. Mais si rien de palpable n’est intervenu dans la relance économique et le chômage – ce qui risque d’être le cas encore en 2010 et 2011, selon les prévisionnistes -, il y a fort à parier que les rivalités internes au camp de la droite vont s’exacerber.
La gauche en débats et réflexion sur la stratégie tout au long de 2010
Sera-ce aussi le cas de la gauche qui a déjà beaucoup payé pour ses divisions d’abord avec le traumatisme du 21 avril 2002 puis ensuite en 2007 avec l’opération de sabordage interne de Ségolène Royal. Les ingrédients restent les mêmes comme on a pu le constater avec le retour télévisé de Ségolène Royal, dès le 23 mars. Dans son style inimitable, sauf par les chansonniers, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, réélue le 24 mars avec 61% des voix, a laissé entendre qu’elle pourrait briguer l’Elysée en 2012 mais qu’elle n’était pas « à l’heure actuelle candidate ».
De son côté, Martine Aubry qui après la victoire écrasante du PS aux régionales s’est installée comme la « patronne incontestée » du PS va chercher à transformer l’essai du 24 mars, c’est-à-dire de changer le vote-sanction anti-Sarkozy en vote d’adhésion pour la « gauche solidaire » qu’elle souhaite mener à la bataille de 2012. Le PS se lance dans une opération de mobilisation tous azimuts. Une campagne de recrutement des adhérents intitulé « Maintenant j’y vais » a été lancée avec trois millions de cartes postales d’adhésion et plus de 300000 affiches à travers la France. Le 27 mars, tous les élus socialistes sont invités à une journée de mobilisation générale pour la défense des territoires. Les socialistes sont invités à venir avec leurs écharpes tricolores à la Mutualité à Paris. Enfin, d’ici à la fin de l’année, les socialistes vont organiser plusieurs conventions pour élaborer la plate-forme programmatique du futur candidat à la présidentielle.
Ségolène Royal sur les traces de François Mitterrand ou pas ?
Car il faut bien le reconnaître, si les socialistes ont fait profil bas après les nouvelles déclarations du chef de l’Etat c’est certes parce qu’ils cherchaient à minimiser ses propos – le porte-parole du PS, Benoît Hamon a estimé que Nicolas Sarkozy « a davantage parlé aux députés UMP qu’aux français »- mais aussi parce qu’ils ne sont pas encore au clair sur bien des sujets évoqués par le chef de l’Etat, les retraites, la façon de réduire les déficits et de relancer notre économie, la lutte contre le chômage et la délinquance voire la taxe carbone. L’ancien ministre socialiste, Michel Sapin a certes ironisé le 24 mars à France-Info sur l’attitude de Nicolas Sarkozy qui n’a pas agi, selon lui, en président de la République mais comme « un candidat dans un petit bout de canton français parlant aux agriculteurs et aux médecins » mais il n’a rien dit sur le fond ni présenter la moindre position alternative. C’est ce qui manque cruellement encore au parti socialiste.
Débarrassé apparemment du choix sur l’alliance a ou non avec un Modem marginalisé, les socialistes vont devoir trancher question des alliances avec les écologistes. Daniel Cohn-Bendit et François Hollande l’ancien premier secrétaire du PS se sont prononcés pour une alliance rose-verte qui laisserait aux écologistes réunis dans une « coopérative » unique, une cinquantaine de sièges à de futurs députés écologistes.
Les Verts accepteront-ils de disparaître dans un nouveau mouvement unifié ? Les dirigeants hésitent, certains d’entre eux préconisant une candidature présidentielle. C’est également le cas au front de gauche où les communistes seraient prêts à faire la courte échelle à leur nouvelle vedette, Jean-Luc Mélenchon qui veut faire gagner la « vraie gauche » qui ne pourrait être représentée par exemple par une candidature de Dominique Strauss-Kahn.
Et que compte faire Ségolène Royal qui réactive son association « Désir d’avenir » qui réunit comme pour défier le chef de l’Etat, les 27 et 28 mars une centaine de cadres au plateau des Glières, haut lieu de la résistance, devenu lieu de pèlerinage de Nicolas Sarkozy ? Candidate ou pas ? Pour l’instant, la présidente de la région Poitou-Charentes veut donner la priorité aux débats d’idées. Elle n’est plus favorite pour 2012 mais si sa crédibilité a largement baissé chez les élites, elle reste forte dans l’opinion qui ne remet pas en cause sa compétence et sa capacité de diriger.
Voici beaucoup d’horizons nouveaux à suivre pour l’année 2010 et jusqu’à la présidentielle de 2012… Sans nous.
Nous y reviendrons.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|