Il faut appeler un chat un chat et le résultat du premier tour des élections régionales comme un revers sérieux pour le pouvoir exécutif en place et le parti présidentiel l’UMP de Nicolas Sarkozy. Comme il ne faut jamais s’avouer vaincus surtout à moins d’une semaine du second tour, les dirigeants de l’UMP et en premier lieu le Premier ministre dénient toute signification à une élection marquée par 53,6% d’abstentions, un niveau record dans ce type d’élections et appellent à un sursaut des abstentionnistes pour le second tour. Or, il y a un an, le 7 juin 2009 aux élections européennes l’UMP avait crié victoire en obtenant l’UMP avait obtenu 27% des voix et 34% en comptant ses partenaires chasseurs et « villieristes »… avec une abstention record de 59,3% ! Le président de la République avait estimé qu’il s’agissait d’un satisfecit pour sa politique d’autant plus que les socialistes et les Verts étaient au coude à coude loin derrière avec respectivement 16,48% et 16,28%.
En toute objectivité, le premier tour des élections régionales se présente comme un échec patent de l’UMP qui arrive en seconde position distancé nationalement par le parti socialiste qui retrouve l’un de ses scores historiques avec 30% alors que l’UMP avec ses alliés du Nouveau centre MPF chasseurs se trouve réduit à la portion congrue de 27%, son plus mauvais score historique aux régionales depuis qu’elles existent en 1986. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Un échec patent pour l’UMP, le Modem et le NPA
Tout comme ceux qui confirment la descente aux enfers du Modem de François Bayrou qui ne passe pas la barre des 5% sauf en Aquitaine, la seule région où il pourra avoir des élus et l’échec du Nouveau parti socialiste (NPA) d’Olivier Besancenot qui avec 2% est largement distancé par le Front de gauche (PCF et Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon) qui réalise un score trois fois supérieur à celui des trotskystes divisés qui obtiennent la moitié des voix recueillies aux européennes de 2009 et aux régionales de 2004.
Se dédouaner d’un échec aussi cuisant en mettant en avant la très forte abstention qui serait due principalement à l’« inexistence » des régions et nier comme l’a fait très rapidement le premier ministre au soir du 14 mars « tout enseignement » à ce scrutin relève de la filouterie. Le résultat du premier tour des régionales qui sera sans doute confirmé voire amplifié le 21 mars constitue un véritable désaveu d’une majorité de nos compatriotes désorientés par les effets de la crise économique et sociale mais qui ont voulu aussi adresser un avertissement sévère contre la stratégie, le comportement et la politique impulsées par Nicolas Sarkozy et son Premier ministre qui s’est investi personnellement – et en vain – dans la bataille électorale d’un deuxième tour perdu d’avance.
Pas de forces d’appoint pour redresser la barre à l’UMP
Il est trop tard pour redresser la barre en misant sur un effet repoussoir devant les difficultés éventuellement rencontrée à gauche par les socialistes et les écologistes pour se mettre d’accord sur des listes de fusion au second tour. « C’est la démocratie ! » insistait la « verte » Cécile Duflot sur France-Inter » le 15 mars en faisant allusion aux tractations qui devront impérativement se terminer avant le 16 mars à 18 heures. De même, appeler à la « mobilisation contre le FN, s’il comme le disait le 15 mars le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre sur LCP-Public Sénat en affirmant que « voter pour le FN c’est voter contre la majorité présidentielle et pour les socialistes » est en grande partie peine perdue. Même si une partie des abstentionnistes se déplace le 21 mars, la tendance est trop forte pour être inversée. .
On comprend mieux pourquoi, le chef de l’Etat, après avoir semblé vouloir « nationaliser » le scrutin dans un premier temps l’a fortement « régionalisé » dans la dernière période, quitte à le banaliser en faisant payer à quelques « lampistes » du gouvernement notamment ceux appartenant à l’ouverture. L’échec cuisant prévu pour la majorité présidentielle le 21 mars sera au mieux adouci par la victoire quasi certaine en Languedoc-Roussillon du divers gauche, exclu du PS, Georges Frêche ou par une victoire à l’arrachée de l’UMP Philippe Richert en Alsace si les écologistes ou les centristes du Modem ne jouent pas totalement le jeu en faveur du PS Jacques Bigot, président de la Communauté urbaine de Strasbourg distancé de seize points au premier tour.
Un échec stratégique et tactique de Nicolas Sarkozy
Il n’en reste pas moins que Nicolas Sarkozy a enregistré le 14 mars une défaite sur deux points majeurs de la stratégie électorale qui avait conduit à sa victoire à la présidentielle de 2007. En premier lieu, la tactique du rassemblement au premier tour pour virer en tête et créer une dynamique au second. Or, c’est l’inverse qui s’est produit puisque les présidents de région socialistes sortant ont relativement bien résisté à la campagne de dénigrement de l’UMP – sur la hausse des impôts locaux, par exemple – et arrivent en tête dans treize régions sur vingt deux.
Mais pire encore pour le pouvoir en place, la stratégie payante à la présidentielle de 2007, celle du « siphonage » du Front national, a totalement échoué puisque le parti de Jean-Marie Le Pen revient sur le devant de la scène avec 12% des voix, juste derrière Europe Ecologie (13%). Tombé à 6,34% aux européennes de 2009, le FN double pratiquement la mise, un an après, et renait de ses cendres sous l’impulsion des Le Pen, père et fille, qui atteignent respectivement barre des 20% en PACA et dans le Nord- Pas de Calais tandis que le FN est en position de se maintenir dans treize régions, ce qui ôte tout espoir de reconquête à l’UMP en Franche-Comté, Champagne-Ardenne, Basse-Normandie et Pays de la Loire.
Outre les effets de la crise économique, (chômage, baisse des revenus, coupes sombres dans les services publics), ce sont en grande partie, les débats sur l’identité nationale et les mauvais résultats sur le plan de la sécurité qui ont incité les anciens électeurs du FN ralliés à l’UMP à retourner dans leur maison d’origine. Dans l’analyse du vote faite par Opinion Way, on s’aperçoit que si les seniors ont voté à 38% pour l’UMP, les autres tranches d’âge se situent entre 20% et 22% d’approbation de la politique menée par Nicolas Sarkozy et l’UMP. Plus encore, ce sont les couches populaires qui ont abandonné l’UMP (18% seulement contre 27% en 2007) alors que le PS recueille lui le soutien de 29% chez les ouvriers et salariés.
Le PS « premier parti de France » et une gauche majoritaire
L’autre donnée inconstatable du scrutin du 14 mars tient au spectaculaire rétablissement du parti socialiste de Martine Aubry qui obtient l’un de ses meilleurs scores historiques avec plus de 29%. Comme l’a indiqué l’ancien premier secrétaire du PS, François Hollande, « le PS est le premier parti de France ». Mais, plus encore, contrairement aux élections précédentes et en particulier les européennes où l’on avait observé le principe des vases communiants entre socialistes et écologistes (la perte des uns bénéficiant aux autres qui se retrouvaient à égalité à 16% environ), le PS, cette fois-ci ne progresse pas seul. Il est accompagné par les Verts d’Europe écologie qui confirme son ancrage et sa troisième place dans l’échiquier national tandis que le Front de gauche qui maintient son score et enraille en particulier la chute d’un PCF, totalement décomplexé. La gauche représente 50% des voix tandis que la majorité présidentielle élargie plafonne à moins de 30% des voix.
Les dirigeants socialistes s’efforcent de garder la plus grande « zénithude » pour reprendre l’expression de Jean-Paul Huchon, le président socialistes sortant de la région de l’Ile-de-France alors qu’ils ont t tout lieu d’être satisfaits d’une part en raison de leur excellent première mi-temps, selon, la formule de Laurent Fabius mais aussi en raison de la progression de leurs alliés verts et Front de gauche. La question lancinante de l’alliance avec le Modem étant évacuée ou remise aux calendes grecques de 2012 dans les débats internes au PS.
Si Cécile Duflot et Daniel Cohn-Bendit les Ecologistes d’Europe-Ecologie affichent leur volonté de parvenir à des compromis avec les socialistes, les négociations risquent d’être difficiles dans els régions notamment en Ile de France, en Aquitaine ou Rhône-Alpes où les Verts de Philippe Meirieu (17%) réclame au président socialiste sortant Jean-Jack Queyranne la moitié des candidatures sur la liste du deuxième tour ainsi que des vice-présidences et des postes au sein de l’administration régionales ce qu’ils n’avaient pas demandé en 2004 !
Les écologistes veulent une part « durable » de la victoire
En effet, Cécile Duflot, entend imposer les Ecologistes comme des partenaires durables et à part entière aux présidents de région socialistes sortants. Les écologistes qui affirment vouloir se placer dans « une logique constructive » négocieront sur deux plans. Au niveau des idées, ils veulent infléchir la politique des président PS sortants en trouvant des compromis ce qui ne sera pas évident à trouver notamment en PACA, où l’avenir d’ITER est en jeu comme les fameux LGV (lignes à grande vitesse) en Aquitaine ou Alsace. Les Ecologistes sont incités à durcir leur positions par les résultats d’un sondage CSA- Le Parisien indiquant que 43% des français souhaitent les voir se maintenir au second tour là où iles ont fiat de bons scores plutôt que de s’allier avec les socialistes.
Martine Aubry qui voit son autorité renforcée au sein du PS devra s’efforcer de ne pas mécontenter ses partenaires écologistes et Front de gauche. Ces deniers se montrent a priori plus conciliants avec les présidents socialises sortants tout en souhaitant « maintenir leurs propositions » durant le prochain mandat de quatre ans à venir jusqu’en 2014, comme l’a indiqué Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF. La première secrétaire du PS doit aussi subir la déconvenue de l’élimination de la candidate PS en Languedoc-Roussillon et accepter l’impossibilité pour d’une alliance Vert-rose au second tour face au sortant Georges Frêche qui sera réélu dans un fauteuil, la privant ainsi pratiquement du « Grand Chelem » souhaité.
Martine Aubry sort confortée mais DSK et Ségolène Royal sont toujours là
Le vote-sanction à l’encontre de Nicolas Sarkozy et de l’UMP conforte la stature de la première secrétaire nationale du PS comme candidate naturelle en 2012 mais relance aussi la course aux prétendants. Ségolène Royal qui a réalisé un score spectaculaire (39%) en Poitou-Charentes, même si elle n’obtient pas le meilleur résultat que lui a ravi l’ancien ministre socialiste, Martin Malvy en Midi-Pyrénées (40%) - sans compter l’élection au premier tour du socialiste Victorin Lurel en Guadeloupe : du jamais vu Outre-mer! -, va reprendre sa croisade présidentielle. Et, fait remarquable, Dominique Strauss-Ken qui n’était pas revenu dans « sa » ville, Sarcelles dans le Val d’Oise, depuis un an, s’est déplacé pour aller voter au premier tour des régionales dans une visite confidentielle mais fortement symbolique. DSK garde un œil ouvert sur la vie politique française.
Aux extrêmes de l’échiquier politique français, c’est le Front national de Jean-Marie Le Pen qui reprend du poil de la bête. Avec un dernier tour de piste flamboyant de son fondateur en PACA 2O% et une confirmation de l’implantation de sa fille Marine dans le Nord-Pas-de-Calais. La passation de pouvoirs qui doit intervenir à la tête du FN cette année s’en trouve facilitée car le chef « frontiste » partira sur un retour en grâce auprès de l’électorat populaire qui l’avait quitté pour aller rejoindre Nicolas Sarkozy. Un dernier coup de pied de l’âne de la part de celui qui s’est toujours présenté comme le pourfendeur de l’ « établissement » et de l’alliance UMPS : une leçon qu’a bien apprise sa fille Marine Le Pen mais qui ne porte pas partout : le FN réalisant des scores parfois faibles dans certaines régions comme l’Auvergne.
Les stratèges de la majorité présidentielle ont appelé à la mobilisation. Les cars de l’UMP sont repartis sillonner les régions à l’image de l’enseignement supérieur et de la recherche en Ile-de-France mais la cote de Nicolas Sarkozy déjà en forte baisse dans l’opinion sort amoindri par cet échec électoral au sein même de sa majorité. Jean-François Copé, l’un de prétendants à l’Elysée – pour 2017 en principe – annonce qu’« il faudra tirer les enseignements » de ces élections régionales au lendemain du second tour du 21 mars.
Un coup de poker électoral à droite ? Un programme crédible à gauche ?
Changement de politique ? Fin de l’ouverture ? Remaniement plus important que prévu ? Poursuite des réformes avant la pause promise l’an prochain ? Nicolas Sarkozy est au milieu du guet. Il compte finir le travail en faisant adopter cette année la réforme des retraites et celle de la dépendance négociée avec les syndicats. En revanche la réforme de la justice serait mise au placard. Le chef de l’Etat risque en tout état de cause de se retrouver avec de moins en moins d’alliés pour l’aider à se sortir de cet enlisement progressif – l’écart entre la droite et la gauche n’a jamais été aussi grand (22 points) – et les prétendants comme Dominique de Villepin voire Jean-François Copé risquent de se sentir pousser des ailes. Niant les données générales de cet échec en raison de la forte abstention enregistrée au premier tour des régionales, il ne reste plus au chef de l’Etat qu’un joker « électoral »: celui de la modification du mode de scrutin proposé pour les futures élections des conseillers territoriaux en 2014, c’est-à-dire, le mode de scrutin à un tour aux législatives. Il est censé avantager la droite unifiée bien que ce premier tour des régionales ait prouvé le contraire puisque le PS est arrivé malgré tout en tête dans de nombreuses régions et en voix (5,6 millions de voix au PS avec radicaux de gauche et chevènementistes contre 5,1 à la droite unifiée).
C’est un coup de poker qui peut être tenter pour les législatives de 2012. Mais si les socialistes remportent comme c’est probable un grand ou un petit chelem à ces élections régionales, nul doute que cette réforme électorale susciterait une bronca parmi les élus locaux de gauche voire chez les députés de gauche comme de droite qui n’ont jamais été soumis depuis le début de la Ve République à un tel régime électoral d’inspiration anglo-saxonne. Martine Aubry aurait beau jeu alors d’accuser Nicolas Sarkozy de vouloir encore « abimer la politique » un peu plus.... C’est d'ailleurs dans cet éloignement progressif entre les politiques et les préoccupations du « peuple de France » qu’il faut rechercher la véritable explication de l’abstention record enregistré aux régionales de 2010. Avec aussi, il faut bien l’admettre, l’absence de crédibilité des socialistes en matière d’alternative politique. La gauche revigorée a une année devant elle pour transformer le vote-sanction en 2010 dont elle bénéficie en vote d’adhésion pour 2012. « Rien n’est encore joué mais, comme l’affirmait au soir du 14 mars Martine Aubry, désormais tout est possible ».

Le directeur de la Lettre Horizons
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