Les deux « favoris » des sondages pour représenter la gauche en 2012 se ménagent tout en occupant l’avant-scène mondiale pour Dominique Strauss-Kahn et nationale pour Martine Aubry. Le directeur du Fonds monétaire international (FMI) invité de RTL le 4 février a donné un diagnostic de la situation financière mondiale – « la crise n’est pas finie » - ; prodigué des conseils – « il faut se reconcenter sur l’emploi » - tout en continuant à réserver sa réponse sur le plan de la politique intérieure quant à une éventuelle candidature en 2012. Son statut au FMI lui interdit de faire de la politique politicienne en France. L’ancien dirigeant socialiste a simplement évoqué sa candidature en disant qu’il pourrait se poser la question « à un moment donné ». Un point c’est tout mais c’est déjà beaucoup. Ainsi à chacune de ses brèves apparitions sur la scène médiatique française, l’ancien candidat malheureux à l’investiture du PS en 2006 tient à rappeler qu’il faudra éventuellement compter avec lui en 2012.
Martine Aubry avait confirmé la veille le statut de « présidentiable » de « DSK » en disant au « Grand Journal » de Canal + qu’il était « quelqu’un qui peut tout à fait diriger notre pays ». Dominique Strauss-Kahn lui a rendu le compliment illico presto en soulignant sur RTL que « Martine Aubry réussit très bien dans la fonction difficile dans laquelle elle est engagée à la tête du PS » et que tous ceux qui l’avaient critiqué se retrouvent « bec dans l’eau !»

Les deux « favoris « du PS se ménagent
Les deux « favoris » des sondages pour 2012 souhaitent se ménager – ils reconnaissent s’envoyer des courriels personnels – en attendant la suite. En effet, Martine Aubry, après l’échec du PS aux européennes joue gros aux régionales des 14 et 21 mars. Elle va s’investir totalement dans la campagne de ces régionales, les dernières élections avant la présidentielle. Elle présidera notamment un grand meeting à Paris, le11 mars et affrontera à la télévision, le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand. La première secrétaire du PS a fait le pari d’une France régionale « toute rose » alors que son attitude intransigeante vis-à-vis des dérapages verbaux de Georges Frêche en Languedoc-Roussillon et la concurrence généralisée avec ses ex-alliés Verts au premier tour - spécifiquement en Alsace où un sondage placent les Verts devant le PS - rendent difficile un « grand schelem ».
De son côté, Dominique Strauss-Kahn déçu d’avoir été défait dans la primaire interne au PS de 2006 ne souhaite pas recommencer l’expérience. Celui que l’on présente comme le titulaire du plus gros salaire de Washington en liaison directe et quasi quotidienne avec les « Grands de ce monde » peut être tenté de continuer à exercer ses responsabilités mondiales plutôt que de se replonger dans une bataille pour un mandat présidentiel stressant et harassant.
Par ailleurs, « DSK » sait qu’en cas de campagne présidentielle sa vie privée sera mise sur la table. A cet égard, il n’a pas souhaité le 4 février sur RTL « confirmer ni infirmer » un écho paru dans la presse selon lequel il aurait mis en garde Nicolas Sarkozy, au sommet du G 20 de Pittsburg, le 25 septembre dernier, contre « les ragots répétés sur sa vie privée » qui émaneraient des milieux proches du pouvoir. Mais comme le dit un dirigeant socialiste, un candidat à zéro défaut, cela n’existe pas.
Une plongée instructive dans « la bataille des ego » (1)
du PS par François-Xavier Bourmaud
Il n’est pas facile de mettre en relief les trajectoires et les objectifs des différents présidentiables du PS, déclarés ou non. C’est pourtant la performance journalistique que réussit François-Xavier Bourmaud qui a suivi pour le quotidien « le Figaro » tous les congrès, débats et luttes internes agitant le PS depuis la défaite de la présidentielle de 2007. A partir des rencontres et des confidences qu’il a pu obtenir avec les principaux acteurs du PS, ce journaliste dresse un tableau complet des ambitions de neuf candidats possibles à la candidature pour 2102. « Huit de trop », souligne-t-il dans ce « panier de crabes » qu’est devenu le PS depuis l’échec au premier tour de 2002 de Lionel Jospin et le cavalier seul infructueux de Ségolène Royal cinq ans plus tard.
Le plus intéressant dans ce décryptage ne tient pas aux révélations sur le duo de tête de Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn (les deux - l’une plus à gauche l’autre plus centriste - attendent de voir comment évoluera la situation économique et sociale en 2011) ni sur Ségolène Royal. Excepté le fait, fort bien mis en évidence, du choix de la présidente de la région Poitou-Charentes de garder le contrôle de son courant interne au PS – ce qui explique sa passe d’armes avec son ex-principal lieutenant Vincent Peillon à Dijon en novembre 2009 - tout en cherchant à conserver sa popularité à l’extérieur du PS. Mais ce dernier point qui avait fait sa force en 2006 pourrait faire sa faiblesse en 2011, souligne l’auteur, en faisant allusion à sa perte de crédibilité dans les sondages.
Les démarches personnelles des neuf prétendants
Le principal intérêt de cet ouvrage porte sur la remise en perspective depuis 2007 des démarches individuelles des autres prétendants à commencer par François Hollande. L’ex-premier secrétaire du PS qui s’est mis sur les rangs en mai 2009 pour préparer « collectivement et personnellement » 2012 doit faire oublier « son image de chef qui lui colle à la peau » et qui a été fortement ternie par un congrès de Reims calamiteux. Il est souvent rendu responsable de l’incapacité du PS depuis 2002 de se forger une ligne politique et de se donner un chef. Sa botte secrète : une réforme fiscale indispensable. Un chemin obligatoire : un affrontement avec celle qui lui a succédé à la tête du PS qui serait difficile à tenter si les socialistes remportent une victoire aux régionales.
Parmi les autres possibles, François-Xavier Bourmaud, cite Bertrand Delanoë, le maire de Paris qui reste l’un des plus populaires parmi les dirigeants socialistes et Laurent Fabius bien que l’ancien premier ministre de François Mitterrand soit victime d’un handicap rédhibitoire qu’il ne parvient pas à surmonter, selon l’auteur : « les militants socialistes ne l’aiment pas ! ».
Reste encore en lice, Manuel Valls, le premier à s’être déclaré officiellement candidat à l’investiture à l’été 2009 : « un peu vert » pour la fonction et ayant une étiquette de droite et Pierre Moscovici qui peut revenir sur le devant de la scène avec le projet socialiste dont il st le responsable. La différence entre les deux derniers tient à ce que l’un se retirera si « DSK » se présente et que l’autre Manuel Valls fera quoi qu’il arrive un tour de piste. Un sort particulier est réservé à Vincent Peillon, le seul à prétendre ne pas vouloir se déclarer candidat pour 2012 mais qui se verrait bien un destin national s’il parvient à mettre la main le courant de Ségolène Royal.
Voici en tout état de cause, une entée en matière indispensable pour tous ceux qui veulent suivre – et comprendre – les futurs affrontements entre présidentiables du PS de 2010 à 2012. Car, comme l’écrit le journaliste du « Figaro », François-Xavier Bourmaud, c’est l’existence même du PS - dix ans après le désastre de 2002 - qui se jouera à travers cette ultime « bataille des ego ».

Le directeur de la Lettre Horizons
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