La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 2 février 2010

Dans la perspective d’une défaite prévisible  
de l’UMP aux régionales ,
"L’impossible mission » de Xavier Bertrand :

- Maintenir l’unité et la cohésion à l’UMP
face aux ambitions de Copé et Villepin
 

- Faire du parti présidentiel un « laboratoire d’idées »
pour la fin du quinquennat 

On ne le changera pas. Xavier Bertrand devant le conseil national de l’UMP qui s’est réuni le 31 janvier à Paris pour entériner dans la douleur et la rouspétance  les listes métropolitaines pour les élections régionales, a été égal à lui-même. 
 - « Un taux de 60% en démocratie, c’est une large majorité ! » a affirmé  le secrétaire général de l’UMP qui a passé sous silence le fait que ce score de 60% seulement de ratification est totalement inhabituel rare dans un parti qui n’a pas la culture de la contestation. Ce fut le prix à payer de la volonté du chef de l’Etat d’imposer la diversité et de faire une grande place aux alliés de l’UMP.
- « Quand il y a de divisions notre électorat se pose des questions et ne va pas voter » a prévenu le même Xavier Bertrand au lendemain de la charge de Dominique de Villepin contre le « cabinet noir » de l’Elysée qui aurait décidé Nicolas Sarkozy  à  faire appel de la  relaxe de l’ancien premier ministre dans l’affaire Clearstream. La bataille est cependant irrémédiable  entre Sarkozy et de Villepin.  
- « Unité, rassemblement et mobilisation » : voici  les mots d’ordre intangibles pour la campagne des élections régionales assénés par un Xavier Bertrand  qui a du ferrailler sévèrement avec les partenaires de l’UMP pour boucler des listes  laborieusement constituées alors que les sondages donnant 51% à la gauche et 36,5% à la droite sont de nature à en décourager  plus d’un.
Comme l’on dit, en politique, Xavier Bertrand « fait le job. Il a été choisi pour cela et comme lors les élections européennes où il a tiré son épingle du jeu (l’UMP est arrivée en tête avec 27,8% largement devant le PS 16,48%), le secrétaire général de l’UMP  ne désespère pas de  créer la surprise aux régionales des 14 et 21 mars et fêter ainsi au soir du deuxième tour, le jour de ses quarante cinq ans, une nouvelle étape dans sa carrière politique  qui retient l’attention car elle cache à peine une grande ambition : Matignon ou pourquoi pas l’Elysée !

Un ouvrage sur les « ambitions » de Xavier Bertrand, à paraître le 2 février

Le journaliste d’investigation Ian Hamel qui a enquêté sur Xavier Bertrand (1) affirme que ce « Mousquetaire »  appartenant à la génération des  Luc Chatel, Valérie Pécresse et Laurent Hénart – s’est fixé un impératif : « ne jamais laisser une feuille de papier à cigarettes s’intercaler entre le Président de la République et lui-même ». Les exemples récents abondent : il vole au secours de Nicolas Sarkozy qui place  Dominique de Villepin parmi les « coupables » de l’affaire Clearstream : « il n’y a pas de problème » affirme-t-il alors. Il applaudit à la candidature du fiston Jean Sarkozy à l’EPAD puis après la reculade de l’intéressé  salue «une  vraie personnalité » et  « un esprit de  responsabilité » de l’impétrant. Bref, François Fillon  - peut-être un futur rival – aurait dit de celui qui a été le premier dans le monde politique à révéler son appartenance  au Grand Orient de France où il a été intronisé en 1995 dans la loge Fils d’Iisis à Tergnier, petite ville ouvrière de l’Aisne: «  je ne suis pas étonné de la découvrir maçon; mais franc, cela m’en bouche un coin ! »…
Ce « Monsieur Correct » au look provincial,  rond et tranquille, - même s’il déteste la cravate –toujours bien coiffé et bien propre  a appris très tôt à se faire respecter.  A dix huit ans, selon l’auteur du livre, Xavier Bertrand, le bac en poche refuse de suivre son père directeur d’agence à la Société Générale muté à Annecy. Il décide de rester à Saint-Quentin dans la petite sous-préfecture de l’Aisne où il est arrivé à treize ans (il est né le 21 mars 1965 à Châlons-en-Champagne dans la Marne) et qu’il n’a pas quitté depuis. Pour payer ses études devient surveillant dans un lycée technique à Laon.  Il a ainsi confié à l’auteur : « il faut savoir se faire respecter, notamment quand de solides gaillards vous dépassent d’une tète et surtout ne pas tomber dans la démagogie pour avoir la paix ». Une bonne expérience pour se mouvoir dans le monde des « éléphants » politiques.

Un pédagogue infatigable et un bosseur  efficace et courageux

Xavier Bertrand est un  bucheur. En politique, confie l’un de ses proches à l’auteur, «  il y en a peut-être beaucoup qui sont plus doués que lui. Le problème c’est qu’aucun d’entre eux ne s’implique à 250% comme lui. C’est  en travaillant plus que les autres que Xavier Bertrand fait la différence ». Il  dort peu comme Churchill et  Napoléon  (quatre à cinq heures par nuit) et il  va jusqu’au bout des missions  qui lui sont confiées. C’est ainsi qu’il tape dans l’œil d’Alain Juppé alors président de l’UMP qui lui confie en 2002, une « mission »: expliquer la réforme des retraites en faisant le tour des fédérations chiraquiennes.  Xavier Bertrand y gagnera une réputation de pédagogue infatigable (50 réunions publiques en moins de trois mois !).
Dans la foulée, en 2004, il sera nommé secrétaire d’Etat à l’Assurance maladie,  chapeauté par le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy.  «Douste faisait les discours et lui le boulot ». Il possédait le sujet sur le bout des doigts  et n’hésitait pas à mettre les mains dans le cambouis.  Il arrivait au ministère à 7 heures et le quittait à deux heures du matin … si bien qu’une année plus tard, à quarante ans, il se retrouve ministre de la Santé en titre après le départ de Douste-Blazy  aux Affaires étrangères. Il réalise au ministère de la rue de Ségur, l’exploit de faire accepter en douceur  l’interdiction du tabac dans les lieux affectés à un usage collectif. Dans l’opinion publique comme dans la classe politique, le ministre de la Santé passe pour efficace et courageux.
Il sera aussi le premier membre du gouvernement de Villepin à franchir le Rubicon en décidant de s’engager aux côtés de Nicolas Sarkozy, le 2 décembre 2006 avant même Brice Hortefeux. C’est sans doute pourquoi, l’ami de trente ans du chef de l’Etat  avec lequel a peu d’atomes crochus,  le considère comme « un  ouvrier de la vingt  cinquième heure ». Et pourtant c’est Xavier Bertrand que Nicolas Sarkozy choisira comme porte-parole de sa campagne présidentielle en duo avec  Rachida Dati. Il ne s’entendra pas avec elle parce que tout les oppose. Xavier Bertrand déteste la « peopolisation » qui sera l’apanage de la nouvelle Garde des Sceaux  après la victoire présidentielle de Nicolas Sarkozy, alors que lui se verra offrir le ministère du Travail dans le gouvernement de François Fillon.
Mais, la carrière politique de l’ancien attaché parlementaire du sénateur de Saint-Quentin qui démissionna de son poste pour devenir, agent d’assurances à Flavy-le-Martel (fonction qu’il conservera jusqu’en 2004 lors de son entrée au gouvernement) se déroule à vitesse grand V.  Adjoint à la mairie de Saint-Quentin  il est  chargé de la redynamisation de la ville et invente en 1996,  la « Saint-Quentin Plage » six ans avant le « Paris-Plage » de Bertrand Delanoë.  Secrétaire d’Etat puis ministre de la Santé dans le gouvernement Villepin et du Travail dans celui de François Fillon, il fait le grand saut fin 2009.  Le 8 décembre, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée,  lui propose de prendre le secrétariat général de l’UMP à condition de quitter le gouvernement. Il accepte le 8 décembre et se retrouve à la tète de l’UMP flanqué, ce qui n’était pas tout à fait prévu,  d’un vice-président, Brice Hortefeux avec qui il n’entretenait pas des rapports les plus harmonieux et d’un porte-parole omniprésent Frédéric Lefebvre ce qui n’est pas un cadeau pour lui.

Contrer Copé et préparer la réélection de Nicolas Sarkozy

Xavier Bertrand a reçu une triple mission : faire marcher le parti au pas, contrer Jean-François Copé et de Villepin, ‘le patron des députés UMP qui s’est fixé comme objectif l’Elysée, en 2017 et l’ancien premier ministre veut en découdre en 2012),  et préparer la réélection du Président. Pour ce faire, après les élections régionales, il a l’intention de transformer l’UMP en « laboratoires d’idées » et préparer les réformes de la fin du quinquennat sur la bioéthique et les collectivités locales par exemple. Il veut s’investir sur le terrain des idées et prépare un livre qu’il publiera après les élections régionales. Une façon  pour lui de canaliser  Jean-François Copé, le puissant président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, partisan de la « co-production » législative peu goûtée à l’Elysée ni à Matignon. 
Jusqu’où ira  cet ancien gaulliste social proche de Philippe Séguin, (il est entré en politique en 1981 à seize ans pour suivre Jacques Chirac dans une « troisième voie » entre Giscard et Mitterrand) qui a voté « non » à Maastricht comme François Fillon qui fut  juppéiste puis sarkozyste.  Dévoilera-t-il ses options politiques personnelles qui peuvent s’éloigner parfois  - dans la forme et aussi sur le fond – la laïcité positive  notamment - de celles de Nicolas Sarkozy.
Xavier Darcos qui lui a succédé au ministère du Travail dit que Sarkozy et Bertrand ne « sont absolument pas les mêmes hommes » mais qu’ils ont sans doute besoin l’un de l’autre.  Jusqu’ à quand ? Il faut suivre ce faux gentil qui confiait aux sceptiques sur sa décision d’interdire le tabac dans les lieux publics : « quand on me dit « mission impossible, cela me stimule !». C’est ce qui a conduit, l’auteur Ian Hamel  à mener une enquête intéressante et complète dans « les coulisses d’une ambition » de cet  homme qui sous ses airs Patelin, sourire bonhomme et voix de miel  est d’abord « un redoutable  vendeur …peut être le meilleur mais aussi un homme implacable qui sait ce qu’il veut et se fait respecter. La preuve il  a connu en moins de dix ans une ascension politique aussi impressionnante que  fulgurante.


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

(1)   « Xavier Bertrand, les coulisses d’une ambition » par Ian Hamel,  
288 pages, 19,95 € édition l’Archipel en libraire le 2 février

 

 

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