Le président de la République a fêté, le 28 janvier son 55e anniversaire dans une atmosphère crépusculaire après l’acquittement de Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream. Chacun connait l’obsession presque maladive chez Nicolas Sarkozy de faire « pendre à un crochet de boucher », l’ancien premier ministre de Jacques Chirac à qui il reprochait d’avoir voulu l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2007.
Or, le jugement du tribunal correctionnel de Paris du 28 janvier a blanchi Dominique de Villepin qui était poursuivi pour « dénonciation calomnieuse » alors qu’il a suivi les réquisitions du Parquet pour les autres prévenus, Jean-Louis Gergorin, considéré comme le principal responsable de l’ « affaire » et son complice Imad Lahoud , condamnés chacun à une peine de trois ans de prison dont respectivement 15 et 18 mois fermes. Le journaliste Denis Robert auteur de plusieurs ouvrages sur Clearstream a lui été relaxé.
Contre toute attente alors que l’Elysée avait annoncé prendre acte avec « satisfaction » du jugement, le Procureur général de Paris, Jean-Claude Marin a indiqué que le parquet allait faire appel pour que toute l’affaire soit rejugée fin 2010 ou début 2011. Légalement, Nicolas Sarkozy qui s’était porté partie civile ne pouvait pas faire appel. C’est donc par l’intermédiaire du Parquet – directement relié au ministère de la Justice et à l’Elysée – que le chef de l’Etat obtient ce deuxième « round » judicaire. Le procureur de Paris en annonçant sa décision, le 29 janvier sur « Europe 1 », au lendemain du jugement, a avancé des arguments surprenants. « Tout n’a pas été dit dans cette affaire. Il y a place encore pour faire émerger une part de vérité ».
Or, c’est le même Parquet qui avait renvoyé l’ancien Premier ministre devant le tribunal pour « complicité de dénonciation calomnieuse » n’avait pas suivi les réquisition des deux juges d’instruction qui avaient considéré au bout de quatre ans d’enquête que c’est Dominique de Villepin qui avait donné « instruction » à Jean Louis Gergorin de transmettre au juge Renaud Van Ruymbeke des listings qu’il savait falsifiés ! Comprenne qui pourra…
Dominique de Villepin dénonce l’« acharnement » de Nicolas Sarkozy
Dominique de Villepin sorti vainqueur de cette confrontation judicaire se voit donc ramener une fois encore devant le tribunal. Dès l’annonce de cette décision du parquet, l’ancien Premier ministre a dénoncé à la télévision une « décision politique montrant qu’un homme, le Président de la République, Nicolas Sarkozy a choisi de persévérer dans son acharnement et dans sa haine ». De fait, une partie de l’entourage du chef de l’Etat incitait Nicolas Sarkozy à tourner la page en reconnaissant qu’il avait eu tort en tant que chef de l’Etat d’être représenté à ce procès qui s’est terminé par la relaxe de Dominique de Villepin.
Mais apparemment Nicolas Sarkozy refuse de s’avouer battu dans cette affaire. Il persiste et signe au vu de tout le monde dans sa vindicte contre l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Il a fait de l’affaire Clearstream, une affaire personnelle qui l’obsède au point de dépasser les bornes permises à un chef d’Etat comme ce fut le cas lors de son interview télévisé en septembre en direct de New-York où il avait bafoué le principe de présomption d’innocence en rangeant implicitement – sans le citer - Dominique de Villepin parmi les « coupables » alors que ce dernier vient précisément d’être relaxé par la justice indépendante.
Un échec personnel pour le chef de l’Etat
Dominique de Villepin avait déclaré à l’issue du verdit qu’il voulait « tourner la page ». Le Président de la République a choisi l’affrontement direct et l’escalade. Juridiquement, il peut faire valoir que le procès a condamné deux « lampistes » Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud alors qu’il a « blanchi » Dominique de Villepin contre qui le Procureur de Paris avait requis 18 mois de prison avec sursis et 45 000 euros d’amende. Il y a là, selon lui, un jugement avec deux poids deux mesures où comme l’affirmait Imad Lahoud après la Fontaine, selon que « vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vont rendront blanc ou noir ».
Par ailleurs, en décidant un « appel général » remettant en cause le jugement innocentant l’ancien Premier ministre, le Parquet contribue à proroger les doutes autour de « l’affaire Cleastream » pendant au moins un an jusqu’à la veille de la prochaine élection présidentielle en 2011, ce qui constitue un handicap politique certain pour une candidature présidentielle de plus en plus probable de Dominique de Villepin.
Une rampe de lancement pour Dominique de Villepin
Car, il est évident que Dominique de Villepin entendait se servir de sa relaxe comme d’une rampe de lancement dans la perspective de la présidentielle de 2012. « Je veux servir la France et contribuer au redressement du pays » a rappelé l’ancien Premier ministre à sa sortie du prétoire avant d’affirmer un peu plus tard à la télévision qu’il souhaitait présenter « une alternative » à la politique actuelle qui se traduit, selon lui, par un échec.
L’ancien Premier ministre est loin cependant à l’heure actuelle de représenter un rival sérieux pour l’actuel chef de l’Etat même s’il peut constituer une force de nuisance face à Nicolas Sarkozy. Dominique de Villepin a crée un blog et un club Villepin comprenant actuellement entre sept et huit mille adhérents qu’il compte bien transformer en parti politique. Toutefois, ses troupes parlementaires sont maigres - une poignée d’élus avec notamment l’ancien ministre François Goulard, député-maire de Vannes – et lui-même n’a jamais eu d’onction électorale.
A l’heure actuelle, un sondage lui donnerait une cote de 8% des voix ce qui ne constitue pas un danger immédiat pour le chef de l’Etat. Toutefois, même avec 5% des voix, Dominique de Villepin représenterait un sérieux problème pour un éventuel deuxième quinquennat de Nicolas Sarkozy. Invité du « Grand Journal » de Canal +, Jean-Pierre Raffarin ne s’y est pas trompé. Il a souhaité que les deux hommes qui se sont heurtés durement « tournent la page ». Prenant l’exemple de l’opposition dans les années 1980 entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, l’ancien Premier ministre a rappelé qu’il n’y avait pas de place dans le camp présidentiel pour un candidat contre le président sortant. Paraphrasant l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Pierre Raffarin a prévenu : « qui sème la division récolte…le socialisme ».
Il a donc émis le vœu pieux d’une « entente politique possible, selon lui, entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin ». Vœu pieux car beaucoup pensent que l’ancien Premier ministre qui s’est entretenu à nouveau avec son mentor, Jacques Chirac, va beaucoup embêter le président de la République et son parti l’UMP. Nicolas Sarkozy lui a montré qu’il n’entendait pas se laisser faire et à décider de porter le fer dès maintenant pour contrer une éventuelle montée en puissance de Dominique de Villepin.
Le PS refuse la « diabolisation » des collectivités locales
en matière de déficits

Et pourtant, à l’heure actuelle Nicolas Sarkozy a bien d’autres préoccupations notamment celles des déficits publics abyssaux qui ont atteint dans notre pays, 8,2% du PIB – alors que le traité de Maastricht n’autorise que 3% - et une dette atteignant 83,2% du PIB du jamais vu dans notre pays, financièrement exsangue comme il l’a indiqué en ouvrant, le 28 janvier, la conférence sur les déficits à l’Elysée. Cette réunion avait pour but de trouver entre partenaires de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités locales, un « diagnostic partagé ». Un consensus impossible à trouver, à moins de deux mois des élections régionales, et alors même que l’UMP ne cesse de vouloir faire reporter sur les régions et départements, dirigés en majorité par des socialistes, la responsabilité principale de notre déficit public.
Les socialistes ont décidé de boycotter cette réunion pour protester contre « une opération de désinformation à visée purement électoraliste », selon eux. Nicolas Sarkozy a regretté cette absence en critiquant l’attitude s des présidents de régions et départements socialistes : « il est difficile de trouver des accords entre les uns et les autres si certains refusent de s’asseoir à la table pour discuter » a-t-il regretté. Le chef de l’Etat n’en a pas moins annoncé que la prochaine réunion de la conférence en avril, après les élections régionales serait amenée à prendre « des décisions extrêmement importantes pour que la spirale des déficits ne porte pas atteinte à la crédibilité de notre pays ».
L’ancien ministre de l’économie socialiste, Michel Sapin et Elisabeth Guigou chargée du dossier de la décentralisation au PS, ont dénoncé, le 28 janvier au cours d’une conférence de presse organisée ai siège du PS à Paris, parallèlement à la rencontre de l’Elysée, le « tour de passe-passe » du chef de l’Etat et du gouvernement qui prétendent que les collectivités locales ont une responsabilité dans le « gouffre » financier actuel alors qu’elles n’ont pas le droit de financer leurs dépenses de fonctionnement par l’emprunt » ont-ils précisé. Elisabeth Guigou a même indiqué que les collectivités locales qui fournissent 73% des investissements publics dégageaient « vingt cinq milliards d’euros d’excédents » et que le déficit de leurs emprunts – 9 milliards € - ne représentaient qu’ « un dixième » des emprunts contractés par l’Etat. Ils ont reproché au gouvernement de rechercher à travers les collectivités locales des « boucs-émissaires » et de vouloir leur enlever « toute autonomie fiscale et financière ». Ils y voient une volonté de « recentralisation » dans le souci des pouvoirs publics de faire en sorte que les régions dépendent uniquement pour leurs budgets des transferts de l’Etat.
D’un point de vue plus général, Michel Sapin a contesté les engagements pris par le chef de l’Etat et le gouvernement de revenir en 2014 à un déficit de 3% du PIB - celui prévu par les accords de Maastricht – par le seul recours à la croissance économique sans toucher aux impôts. « Cela impliquerait une croissance à la chinoise de 6% environ - or, si on arrive à 2,5% on sera heureux, a-t-il précisé - et une réduction des dépenses qui aboutirait « à un massacre généralisé des services publics ». De son côté, Mme Guigou a évoqué « une menace réelle sur les hôpitaux publics » à propos du tour de vis prévisible des dépenses de l’assurance-maladie.
Opposés au « discours idéologique qui considère que les dépenses des services publics sont mauvaises », les deux représentants du PS ont souhaité une consultation de nos concitoyens pour savoir « à quel niveau doivent se situer les services publics en France ». Ils ont demandé par ailleurs, l’abrogation de la suppression de la taxe professionnelle et de l’allégement de la TVA sur la restauration ce qui représenterait selon eux, 15 milliards d’euros d’économies. Enfin, ils estiment que les allégements fiscaux consentis depuis plusieurs dizaines d’années, les « fameuses « niches » fiscales et sociales, représentent environ les cinquante milliards d’euros que le gouvernement recherche.
« S’interroger uniquement sur les dépenses, c’est mener une politique d’austérité, un massacre à tronçonneuse pour compenser les cadeaux faits aux uns et aux autres ! » a conclu l’ancien ministre Michel Sapin.
Le PS regagne une certaine crédibilité,
mais s’oppose à Frêche en Languedoc-Roussillon
Les dirigeants socialistes comptent « rétablir la vérité » au cours de la campagne des élections régionales qui va précéder le scrutin des 14 et 21 mars. Ils estiment avoir le vent en poupe et bénéficier du vent de contestation qui touche aussi le Modem. Ils sont rassurés par les sondages qui semblent indiquer que les listes Europe écologie et Verts ne sont pas en mesure de prendre le pas sur celles dirigées par le PS. Le 27 janvier, devant la presse parlementaire, Daniel Cohn-Bendit avait implicitement reconnu que les écologistes ne seraient pas en mesure de devancer le PS notamment en Ile-de-France. « C’est plus qu’improbable. Le socle électoral du PS est beaucoup plus important que le nôtre » précisait le député européen. Le lendemain, en marge de sa conférence de presse, l’ancien ministre Michel Sapin confiait ainsi en aparté. « Le mécontentement se porte sur les socialistes qui sont davantage crédibles ».
C’est pour ne pas casser cet élan mobilisateur que les dirigeants socialistes ont décidé dès le 28 janvier de lâcher Georges Frêche, président sortant de la région Languedoc-Roussillon qui vient d’effectuer un nouveau « dérapage inadmissible » dont cette fois-ci, l’ancien premier ministre socialiste Laurent Fabius a été la victime. « Il n’a pas une tronche très catholique celui-là » avait dit le président du conseil régional de Languedoc-Roussillon à l’hebdomadaire « L’Express ». Ces propos aux relents antisémites ont fait déborder le vase socialiste. La direction a décidé de monter une liste concurrent avec à sa tête la maire socialiste de Montpellier, Hélène Mandroux. Mais, la situation reste indécise car d’une part, les verts refusent de faire liste commune avec le PS et d’autre part, les socialistes locaux demeurent encore fidèles à leur leader historique. Qui se dit victime d’un « chasse aux sorcières »… « nje suis le Villpein de Martine » a-t-il dit. Comprenne qui pourra !
L’UMP sur la défensive fait profil bas
A l’UMP, outre les soubresauts de l’affaire Clerstream, le moral n’est pas au beau fixe sur l’issue du scrutin de régionales. Le parti de Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand fait profil bas. Il a transformé la grande messe prévue pour le 30 janvier à la porte de Versailles à Paris en une simple réunion d’un congrès statuaire qui se déroulera dans une salle plus confidentielle hors la présence des partenaires de la majorité présidentielle proches du Nouveau Centre de Philippe de Villiers, Eric Besson et autres Jean-Marie Bockel.
Nicolas Sarkozy qui avait l’intention à l’automne de mener une campagne nationale a changé de tactique. Il a décidé de ne plus se mettre en avant comme il l’a indiqué le 25 janvier à TF1 en précisant que « ce n’était pas la place d’un président de la République » d’aller faire campagne pour les régionales. C’est au Premier ministre, François Fillon à qui reviendra cette tâche délicate.
Les candidats tètes de liste aux régionales qui siègent au gouvernement comme Alain Joyandet qui aurait des chances en Franche-Comté ou bien encore Hervé Novelli dans la région Centre n’ont d’ailleurs pas réclamé la présence du chef de l’Etat durant leur campagne. Un signe supplémentaire de la perte de confiance de la majorité à l’égard d’un Président de la République qui enregistre depuis l’automne dernier et avec ce nouveau dérapage dans l’affaire Clearstream, déconvenue sur déconvenue.

Le directeur de la Lettre Horizons
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