La première édition du « Baromètre de la confiance politique », lancé par le CEVIPOF (Centre de recherche politiques de Sciences Po) en partenariat avec l’agence Edelman et l’Institut Pierre Mendes France a de quoi faire réfléchir nos gouvernants et les politiques de tous bords. L’enquête réalisée par la Sofres du 9 au 19 décembre 2009 auprès d’un échantillon de 1 500 personnes et rendue publique le 11 janvier fait apparaître en effet une rechute de la crédibilité des politiques après la parenthèse de l’élection présidentielle de 2007. En 2010 tout comme en 2006 (où Jacques Chirac alors à l’Elysée atteignait des bas fonds de l’impopularité), le niveau de défiance des Français à l’égard des politiques est extrêmement élevé : 78% d’entre eux estiment que les responsables politiques se préoccupent peu (44%) ou pas du tout (34%) de ce qu’ils pensent !
Les plus mal lotis dans l’ordre de la confiance sont respectivement les partis politiques (23%) et les médias (25%), le gouvernement (31%) – avec néanmoins une prime pour le premier ministre actuel François Fillon qui inspire davantage confiance (40%) que l’ensemble de son gouvernement - et le président de la République (35%). En revanche, les élus de proximité comme le maire (69%) le conseiller général (62%) et le conseiller régional (59%) voire même le député de la circonscription (58%) échappent à ce discrédit. Tout comme dans une moindre mesure – et c’est une nouveauté – le député européen négatif à 44% mais inspirant désormais plus de confiance que les deux principaux membres de l’exécutif actuel…
Voilà un enseignement à retenir pour ceux qui nous gouvernent au moment où les élus locaux de tous bords s’inquiètent du sort que leur réserve la réforme territoriale qui commencera à être examinée au Sénat, le 18 janvier et surtout l’avenir de leur autonomie financière remise en cause à terme avec la suppression de la taxe professionnelle entrée en vigueur le 1er janvier. Le président de la République et le gouvernement auraient tout intérêt à ne pas se mettre à dos des élus locaux, les seuls à être plébiscités au niveau de la confiance par la population.
La gauche doute: une opportunité pour les écologistes aux régionales ?
Dans l’ordre de la confiance pour les partis politiques – ou plutôt de la défiance pourrait-on dire plus précisément –c’est le « ni droite ni gauche » qui l’emporte largement. 67% de nos compatriotes n’ont confiance « ni dans la droite ni dans la gauche » pour gouverner le pays.
La droite s’en tire relativement mieux avec 16% de taux de confiance que la gauche, 14%. Et surtout l’actuelle majorité suscite sensiblement moins de défiance dans son camp que l’opposition dans le sien. La gauche ne recueille « la confiance pour gouverner » que d’un de ses électeurs sur trois (49% des électeurs du PS) alors que la droite obtient la confiance de 51% des électeurs qui se disent proches d’elle (66% des électeurs de l’UMP).
Il apparaît que la gauche n’a pas pu palier le déficit de confiance qu’elle traîne depuis 2002. Deux conclusions peuvent être tirées de ces constatations. La première c’est que le moral des troupes tout compte fait est supérieur à droite qu’à gauche. La seconde est que si les socialistes ne se bougent pas, ils laisseront un boulevard aux Ecologistes qui pourraient bénéficier aux élections régionales du rejet des politiques de droite comme de gauche. Il sera intéressant de voir si ces indications se confirment dans les urnes lors des régionales des 14 et 21 mars. D’ores et déjà, les socialistes redoutent une percée des Ecologistes en Ile-de-France et en Rhône-Alpes et la droite peut perdre l’un des deux régions qu’elle détient en Alsace au profit des Verts. Si cela devrait être le cas, l’explication de ces défaites à droite comme à gauche serait toute trouvée : un phénomène de rejet des électeurs à l’égard des partis dominants mais les plus souvent autistes ou éloignés de leurs préoccupations.
Martine Aubry veut un nouveau modèle du PS en 2010
Martine Aubry avait-elle bien entendu ce message du « baromètre de confiance » Cevipof- Edelman-Institut Pierre Mendès France, lorsqu’elle a présenté, le 12 janvier ses vœux à la presse ? Comme d’habitude, elle fustigé l’ « échec » du sarkozysme « sur la scène internationale comme au plan intérieur ». Reprochant au chef de l’Etat et à son gouvernement de faire « une politique des années 2 000 libérale et nationale », là où il aurait fallu, selon elle, « une politique sociale et européenne ». De même, la première secrétaire du PS a affirmé tout de go qu’avec le recul on peut dire que « les choses iraient moins mal si le gouvernement avait écouté un peu plus son opposition !...». Et de citer l’autre plan de relance « plus puissant sur le pouvoir d’achat » proposé par le PS ; la demande des socialises de faire entrer l’Etat dans le capital des banques ou sa dénonciation de la taxe carbone et « son refus du débat sur l’identité nationale conçu par Nicolas Sarkozy comme un dérivatif, a-t-elle dit, pour ne pas parler de son bilan économique et social ».
Tout cela, les journalistes l’ont entendu cent fois. En revanche, elle a été plus crédible lorsqu’elle a défini les quelques priorités du « contrat socialiste » pour les régionales et la nécessité d’inventer en prenant son temps « un nouveau modèle de développement économique et social et écologique » : « capital, travail, natur, les compromis qui fondent le contrat social doivent désormais faire la synthèse de ces trois facteurs » a-t-elle assurée en présentant son objectif d'"alternative au sarkozysme".
De fait, il serait grand temps que les socialistes français donnent une vision rénovée de leur politique « social-démocrate européenne » pour se sortir du bal des présidentiables qui vient de s’ouvrir à nouveau avec l’annonce de la candidature potentielle de François Hollande.
Les « clubs » de Jean-François Copé et Dominique de Villepin s’installent
Si les socialistes sont invités en 2010 à préparer l’avenir, l’UMP qui s’attend, si l’on en croit l’ancien ministre de l’Education Luc Ferry, à subir un échec cinglant aux régionales s’enfonce dans les démêlés internes dont le dernier exemple est celui de la burqua.
Faut-il une loi ou pas ? Jean-François Copé, le président du groupe UMP répond par l’affirmative estimant qu’une résolution (affirmant des principes) sans une loi (chargée de les faire appliquer concrètement) ne sert à rien. Les ministres et responsables sarkozystes de l’UMP le mettent en garde, et lui demandent de ne pas jouer « perso ». Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer lui-même se prononce contre « une mesure générale » d’interdiction, dans la matinée du 12 janvier.
Et puis, voilà que François Fillon tranche pour une résolution suffisamment ferme pour fixer les principes ainsi que « des textes législatifs et des décisions réglementaires pour appliquer ces principes ». Tout le monde est content car les députés UMP de base n’auront pas à s’opposer aux consignes venues d’en haut et l’ardeur créatrice de Jean-François Copé est contenue voire ralentie.
Si, l’on ajoute à ce tour de chauffe entre le parti et le président du groupe parlementaire UMP, l’initiative des « Amis » de Dominique de Villepin (dont le sort judiciaire et suspendu au délibéré du procès Clearstream prévu le 28 janvier) visant à préparer le terrain présidentiel pour leur mentor avec l’annonce de la création d’un club politique « ClubVillepin » à l’image de celui de Jean-François Copé « Génération France » : force est de constater là encore qu’il n’y a guère de nouveauté dans le petit monde politique de droite comme dans celui de gauche.
Bref, il va falloir de grands efforts d’imagination aux dirigeants des partis politiques pour remonter dans l’estime des Français et regagner la confiance désormais perdue pour les uns dans l’après 2007 et en déshérence pour les autres depuis 2002.

Le directeur de la Lettre Horizons
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