Ceux qui aiment les combats politiques singuliers seront comblés par cet ouvrage, « Copé, l’homme pressé » (1) écrit par deux journalistes politiques, Solenn de Royer (La Croix) et Frédéric Dumoulin (Agence France Presse) qui retracent la montée en puissance de Jean-François Copé, celui qui appartient désormais « au trio de tête, au sommet de l’Etat » avec Nicolas Sarkozy et François Fillon. De fait, bien installé à la présidence du groupe UMP de l’Assemblée nationale, « l’exécutif ne peut rien sans lui » comme l’affirment les auteurs de cette biographie politique.
Ce qui, on s’en doute, ne plaît guère au chef de l’Etat qui n’a jamais aimé voir dépasser les têtes de rivaux potentiels – Dominique de Villepin en sait quelque chose –. Donc, entre Copé et Sarkozy le courant ne passe pas. D’ailleurs, il n’est jamais passé, selon les auteurs, parce que « Nicolas sait que Jean-François est capable de faire ce qu’il a fait ! ». Tous les deux ont eu un même rêve d’enfant – l’Elysée - et sont l’un comme l’autre « affamés de pouvoir ». Ils affichent la même énergie et la même détermination. A se combattre ?
Du courriel de Meaux à la franche détestation
Les amateurs de rivalités féroces apprendront que le chef de l’Etat et le « patron » des députés UMP ont un réel casus belli, révélé par les deux journalistes : le courriel de Meaux. En effet, un courriel, - « une blague de potache » d’un membre sur service de communication de la mairie de Meaux dirigée par Jean-François Copé – daté du 26 mai 2005 à 16 h11 reproduisant un article du quotidien genevois, « Le Matin » sur la séparation du couple Sarkozy et la demande en divorce de Cécilia a mis le feu aux poudres. Nicolas Sarkozy en pleine préparation de sa campagne présidentielle y voit une manipulation de Jean-François Copé alors porte-parole du gouvernement voire un mauvais coup de tout le camp chiraquien à son endroit. Cela ne s’oublie pas même si le maire de Meaux affirmera qu’il n’est pour rien dans cette affaire, ce qui est avéré.
Les confidences rapportées du chef de l’Etat sur « JFC » et celles du député-maire de Meaux à l’égard de l’hôte de l’Elysée sont éloquentes sur la méfiance réciproque qui s’est muée entre les deux hommes en franche détestation. Après un avertissement sans frais du président du groupe UMP sur la difficulté pour les députés UMP de voter le projet de loi de réforme constitutionnelle voulu par Nicolas Sarkozy, ce dernier ulcéré, après avoir convoqué l’impétrant pour le sermonner à l’Elysée affirmera à ses proches: « je ne connais aucun président de groupe qui soit devenu quelqu’un après ». Car, bravache, le chef de l’Etat traite ouvertement par le dédain le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Mais, la réponse du berger à la bergère est venue du directeur de cabinet de « JFC », Jérôme Lavrilleux, susurrera aux deux journalistes en marge des journées parlementaires UMP d’Antibes le 1er octobre 2008: « quand on sera à l’Elysée en 2017, on ne fera pas la même connerie : mettre un gars comme Copé à la tète du groupe ! »….
En fait, l’un des intérêts de cet ouvrage tient à la somme de révélations, confidences et autres « petites phrases » recueillis par les auteurs qui ont rencontré plus de deux cent cinquante témoins pour décrire la méthodique ascension politique de Jean-François Copé.
Un techno austère qui se lâche
Au fil de ce récit, ils révèlent ainsi sa judéité non pratiquante parfois mal assumée, l’épopée de sa famille entre l’Algérie, la Roumanie et la France, la dette contractée par sa famille envers les « Justes » qui ont sauvé ses grands parents etc. Son enfance heureuse et choyée à Boulogne-Billancourt et dans le VIIe arrondissement de Paris où il sera élève au lycée Victor-Duruy avant de faire Sciences Po dont il gardera un bon souvenir puis un moins bon à l’ENA. Peut-être parce qu’il en sortira au 35 ème rang de sa promotion et se verra offrir un débouché peu glorieux ... à la Caisse des Dépôts alors que son condisciple Dupont-Aignan sera l’une des vedettes de cette promotion. Pendant longtemps, Jean-François Copé traînera une réputation de « techno » formaté. C’est ainsi qu’en 2005, bombardé ministre du budget, il défend lui-même au débotté le projet de loi de finances. Bon technicien et bon politique, il revendique à Bercy d’être à l’origine de la fameuse « RGPP » à travers la politique d’audits des ministères qu’il avait lancée.
Longtemps perçu comme trop sérieux, voire ennuyeux et prétentieux – « il faut prendre un escabeau pour lui parler dans les yeux » commente le député ex-communiste Jean-Pierre Brard tandis qu’Eric Besson le trouve « insupportable, prétentieux et vaniteux » - Jean-François Copé a appris à se « lâcher ».En petit comité il, aime à imiter le président de la République. Il joue aussi sur l’orgue électrique des bossa nova et des morceaux jazzy au restaurant « le Bouquet du Nord » dans le quartier des gares à Paris. A Meaux où il passe ses week-ends, il rencontre les représentants de cet électorat populaire, celui qu’il cherche désormais à conquérir.
« Génération France » pour conquérir l’électorat populaire
C’est pourquoi, il se réserve les sujets les plus chauds aussi bien au groupe UMP que dans les clubs « Génération France », club qu’il a créé en 2006 et qui compte aujourd’hui soixante dix sept antennes locales pour rattraper son retard sur les questions de société. S’il veut une loi sur la burqua, s’il tient si fort à élargir le débat sur l’identité nationale (une idée qu’il avait soufflé le 2 mars 2007 à Nicolas Sarkozy dans l’avion de retour de Bordeaux durant la campagne présidentielle) c’est par ce qu’il veut mordre désormais sur l’électorat populaire. Il insiste sur la parité hommes-femmes dans les conseils d’administration, recommande l’apprentissage de l’arabe à l’école, demande l’ouverture d’un débat sur le service civique malgré le refus du premier ministre, François Fillon.
Son leitmotiv, son placard qu’il a transformé en char d’assaut, c’est la présidence du groupe UMP avec ses thèmes de prédilection : la « co-production législative » et son corollaire, « l’hyper-parlement » transformés en autant de contre-pouvoirs élyséens.
Les cinq années passées comme porte-parole du gouvernement sous la présidence de Jacques Chirac lui ont permis de miser à plein sur la communication même s’il continue à tout préparer Dans son expression et ses discours, « JFC » s’est forgé des formules bien à lui comme par exemple : « c’est un truc de ouf », « là, je vous mets à l’aise », « je vous ai reçu cinq sur cinq », « détendez-vous »…autant de repères populaires fabriqués par cet enfant de la télévision.
Pour autant personne n’est encore capable de dire : Copé quel projet ? Quelle rupture ? Le député-maire UMP de Meaux est très libéral mais dans un pays colbertiste et soucieux de maintenir l’Etat-providence. « JFC » se montre très sécuritaire sur les questions de société et revendique volontiers le triptyque « Travail-Famille-Patrie » comme faisant parties des « valeurs de la République ». En revanche, il s’est opposé à tout accord avec le Front national dans les élections locales voire nationales contrairement à Edouard Balladur.
Il ne représente pas encore une alternative à droite car il n’a pas créé - pas encore ? - un courant de pensée ni ouvert un combat orignal. « De toute façon, assure-t-il, je suis le meilleur de ma génération ». Il lui reste encore deux ans ou plus probablement sept pour le prouver et éventuellement gagner le job. Mais « JFC » avance rapidement. La preuve ? Dans son « duel » avec un autre prétendant déclaré à l’Elysée, le socialiste François Hollande, le 11 janvier sur France 2, l’ancien premier secrétaire du PS a fait cette remarque à propos de l’instauration du service civique voulue par le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale : « Copé veut le faire à la place de Sarkozy ? après tout il en a le droit ! »… A suivre avec ce bon livre en mains.

Le directeur de la Lettre Horizons
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(1) « Copé l’homme pressé » Enquête sur celui qui veut la place de Sarkozy par Solenn de Royer- Frédéric Dumoulin, 352 pages, 19,95 €, éditions l’Archipel |