Avec l’hommage officiel rendu à Philippe Séguin, le 11 janvier aux Invalides en présence de Nicolas Sarkozy et quelques jours plus tard, le 14 janvier, la diffusion sur « France 2 » du premier volet d’un documentaire consacré à Lionel Jospin qui accompagne la sortie d’un livre -bilan sur l’ensemble de sa carrière politique, l’actualité met un coup de projecteur sur deux personnalités de premier plan qui ont marqué la vie politique au cours de ces quarante dernières années … sans jamais parvenir à accéder à la plus haute marche du pouvoir à laquelle ils pouvaient prétendre.
Ils ont rejoint ainsi la liste de personnalités politiques qui comme Jacques Delors ou Michel Rocard à gauche, Raymond Barre ou Michel Debré à droite, ont défendu bec et ongle une ligne politique originale - un socialisme gestionnaire et régulateur celui de la « deuxième gauche » pour les premiers ; une politique libérale mais fortement imprégnée de préoccupations humanistes relevant peu ou prou du « gaullisme social » pour les autres.
Tous les deux Philippe Séguin comme Lionel Jospin ont été considérés comme des « hommes d’Etat » qui n’ont pas eu le destin auquel ils pouvaient logiquement prétendre. Mais, leurs disparitions, l’une de ce monde, l’autre de la vie politique, représentent sans doute des manques pertes peut-être irréparables des occasions manquées pour concrétiser des projets politiques qui ne ressortaient pas des jeux politiciens habituels comme surent les exploiter avec habileté avant eux, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy par exemple mis de la volonté de faire triompher les idéaux que l’un et l’autre avaient forgé pour l’avenir du pays et de notre République.
Le gaullisme « populaire » et « l’union de la gauche »
Pour Philippe Séguin il s’agissait d’agir en priorité pour « les gens qui prennent métro à six heures du soir » comme l’avait dit André Malraux lors de la création du RPF par le général de Gaulle au lendemain de la Libération. Homme de droite, intransigeant faisant passer – ce qui est rare - ses convictions avant son « plan de carrière », l’ancien président de l’Assemblée nationale incarnait la passion de la République qui l’avait pris sous son aile comme pupille de la Nation. Eurosceptique, il était le dernier représentant du gaullisme à la fois national et social et fut l’artisan, mal récompensé de la victoire de Jacques Chirac en 1995 qui, une fois élu à l’Elysée, abandonna le thème porteur de la lutte contre « la fracture sociale » qu’il lui avait recommandé de suivre.
Avec Lionel Jospin, les sociaux-démocrates français avaient trouvé un chef d’équipe convaincant et méticuleux. Un artisan particulièrement efficace aux côtés de François Mitterrand dans la conquête du pouvoir – « le 8 mai 1981 reste mon meilleur souvenir » confiait-il le 7 janvier à « France-Inter » - et un premier ministre de cohabitation soucieux de faire vivre à la tête de sa « dream team » un gouvernement d’union de la gauche plurielle » nouvelle mouture de l’union de la gauche première manière avec l’entrée des écologistes.
Force est de constater que ces imprégnations « gaulliste » et « d’union de la gauche » paraissent bien passées de mode. Et pourtant n’est-ce pas vers elles qu’il faut se tourner si l’on veut obtenir une régulation de notre monde alimenté uniquement par les appétits économiques et bancaires du gain à court terme soumis aux règles humainement absurdes du profit maximum à court terme ?
Des « hommes d’Etat » désintéressés attachés à la défense des idées
L’un et l’autre ont donné l’exemple d’hommes d’Etat désintéressés plaçant leurs idées au dessus de leurs intérêts.
Philippe Séguin a changé cent fois de positions et de fonctions au sein du RPR naviguant des « rénovateurs » en 1989 à la direction du parti chiraquien qu’il abandonna dix ans plus tard. IL conduisit même par devoir la campagne désastreuse de l’UMP pour la mairie de Paris sans espoir de la gagner…
Lionel Jospin, après son deuxième échec en 2002 a préféré tiré immédiatement les conséquences de sa défaite plutôt que de rester dans le jeu pour un « troisième tour » comme l’avaient fait avant lui François Mitterrand et Jacques Chirac.
Ces deux là, Philippe Séguin et Lionel Jospin avaient une haute idée de la fonction suprême de chef de l’Etat dans notre pays. Des « prédateurs » plus malins qu’eux ont profité de leurs passions irraisonnées pour la République (Séguin) et de « l’union du peuple de gauche » (Jospin) pour les écarter. Ils manqueront tous les deux à la vie politique française.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|