La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 21 décembre 2009

Triste Noël : les leçons de l’échec du sommet de Copenhague

- Nicolas Sarkozy en voie de perdre
sa « roue de secours » écologiste


- La gouvernance mondiale « ONUsienne » est un leurre !
De Gaulle l’avait  déjà dit, il y a plus de quarante ans...


Martine Aubry n’a pas tort d’affirmer que l’échec du sommet de Copenhague ne peut qu’ « éroder profondément la confiance des peuples dans leurs représentants ».  La mobilisation médiatique, politique et associative a été immense à travers le monde. Conclure le sommet sur une déclaration rédigée par une vingtaine d’Etats seulement qui affirme vouloir contenir à 2 ° le réchauffement d’ici à 2050 et sans dire comment, ne peut être considéré comme un résultat : « c’était le point de départ du sommet ! » relève avec justesse la première secrétaire du PS dans un communiqué publié le 19 décembre.
De son côté, Nicolas Hulot, le « pape » de l’écologie en France estime que les « nous avons bradé l’avenir de nos enfants et compromis celui de millions de citoyens des pays du Sud ». D’ailleurs, le G 77 rassemblant les pays en développement à Copenhague ont qualifié la déclaration finale  de « pire accord de l’Histoire ».
Pas de quoi pavoiser même si les dirigeants français  cherchent à positiver. Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie estime que Copenhague restera « une étape importante » car l’accord conclu rassemble au total 28 Etats soit 90% des émissions de gaz à effet de serre de la planète».
Jean-Louis Borloo qui s’était beaucoup déplacé à travers le monde pour préparer cette conférence se déclare « déçu par le fonctionnement de l’ONU » et annonce que le président de la République prendra prochainement des initiatives diplomatiques « dans les six à hui semaines qui viennent » avec les Africains.

Nicolas Sarkozy n’a pas pesé lourd à Copenhague

Il n’en reste pas moins vrai que Nicolas Sarkozy s’était pleinement engagé dans la préparation du sommet et jouant tantôt sur sa proximité avec le président brésilien Lula, puis sur des pays africains et enfin le britannique Gordon Brown. Il avait personnellement convaincu Barack Obama de se rendre à Copenhague pour les deux dernières journées considérées par lui comme décisives pour l’issue positive de la conférence. Le chef de l’Etat avait aussi lui-même tiré dès son arrivée à Copenhague la sonnette  d’alarme et sonné le tocsin, le 17 décembre,  pour tenter un ultime sursaut. Mais rien n’y a fait. Ses admonestations sont restées sans échos.
C’est pourquoi, Nicolas Sarkozy a disparu rapidement de la scène médiatique danoise « comme une petite souris » alors qu’il avait fait semblant d’être « l’organisateur de ces grandes manifestations » a relevé avec une ironie mordante le 21 décembre, Jean-Marie Le Pen, le leader du Front national,  sur i-Télé.
Bref, les retombées électorales  attendues à l’UMP sur les reports écologistes au deuxième tour des élections régionales,   voulues et espérées par Nicolas Sarkozy risquent d’être maigres.
Certes, avec Angela Merkel, le chef de l’Etat va tenter de réparer les pots cassés d’ici une prochaine réunion sur le climat prévue en juin à Bonn pour préparer la prochaine conférence climatique de Mexico fin 2010. On peut lui faire confiance pour assurer qu’il faut « une nouvelle gouvernance mondiale pour permettre une gestion commune des problèmes » mais le charme est rompu.
D’autant qu’une fois encore,  l’Europe a été en grande partie absente de la discussion et sans aucune influence. Pire : le président de la commission de Bruxelles, José-Manuel Barroso a même bradé en pure perte, les engagements européens (réduction de 30% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020)  sans rien obtenir en contrepartie des deux « Grands » Etats-Unis d’un côté, Chine et Inde de l’autre.

L’appariation du « G2 » prend le pas sur le « G 20 »

Ce maigre bilan de la conférence de Copenhague souligne aussi l’échec de la volonté  - caressée en son temps par Nicolas Sarkozy - de changer les règles de production et de partage des richesses à travers le monde.
Le chef de l’Etat français s’était placé en pointe au moment de la crise financière mondiale en obtenant de George Bush la création d’un G20 chargé de réguler une économie de plus en plus libérale et fondée uniquement sur la recherche du profit maximum.  Or, la manière dont s’est déroulée la conférence de Copenhague démontre que les deux « Grands » : Etats-Unis et Chine avec l’Inde  ne veulent pas d’une régulation contrôlée.
Les Etats-Unis qui demeurent la plus grande puissance économique du monde sont les moins aptes à se plier à des règles mondialisées, comme le dit avec juste raison le sociologue Marcel Gauchet. Car les Etats-Unis centrés sur eux-mêmes sont sûrs et certains que leurs dogmes libéraux sont les plus performants en économie.
De leur côté, la Chine et l’Inde (qui dans trente ans aura dépassé le milliard et demi de Chinois) n’ont aucune envie de réguler des économies prospères et voraces en énergie. Le premier ministre François Fillon qui effectue depuis le 20 décembre un voyage de trois jours à Pékin sait fort bien que l’ancien « empire du Milieu » dispose de la plus grande réserve  de dollars au monde et qu’il sera bientôt en mesure avec la « nouvelle économie chinoise » de rivaliser avec les grands groupes mondiaux américains, allemands et français dans les secteurs clés comme les télécoms, automobile, énergies renouvelables et le pétrole. Ce n’est pas la nouvelle directive chinoise dite de « l’innovation indigène »  - qui oblige pratiquement les entreprises étrangères qui veulent faire commerce avec la Chine à transférer leurs marques et leurs droits de propriété intellectuelle  - qui arrangera les choses.

En cas de crise, il n’y a plus que la nation qui compte » : De Gaulle (1962)

Ce nouveau« G 2» – Etats-Unis-Chine- interdit-il  tout espoir de gouvernance mondiale ?  La démonstration vient d’en être faite  à Copenhague.  Une fois encore, il faut se rappeler ce que le général De Gaulle, en visionnaire, avait dit à propos de l’ONU qu’il a qualifié sans ménagement de « machin ».
En 1962, en pleine crise de Cuba, le général De Gaulle affirmait en conseil des ministres, « le sentiment national chaque fois qu’il arrive quelque chose de grave est la base de tout. Dans les périodes calmes, on l’oublie. Dans les cas de danger pressant, on ne peut pas faire prendre des vessies pour des lanternes. Il n’y a plus que la nation qui compte ». Et, le général De Gaulle d’ajouter en la circonstance : « une fois de plus les institutions internationales ont manifesté leur nullité ».
Si l’on remplace  la crise de Cuba des années soixante par la crise économique et financière que nous connaissons depuis  les années  2008-2009, le commentaire du général De Gaulle reste d’une brûlante actualité. La crise économique étouffe – pour combien de temps ? - les velléités de réformer le capitalisme « sauvage » et de restreindre notre consommation débridée dans les pays développés ou en voie de développement pour préserver… ceux qui vont mourir comme le petit archipel de Tuvalu dans le Pacifique sud directement menacé par la montée des eaux liée au réchauffement de la planète.
Triste Noël !


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 

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