Personne, pas même à gauche, ne pourra contester les choix stratégiques d’investissements d’avenir que le président de la République a présenté et commenté dans la conférence de presse tenue à l’Elysée le 14 décembre devant les journalistes économiques, la première depuis le 8 janvier 2008.
L’enseignement supérieur ainsi que la recherche qui se taillent la part du lion – « 25 milliards au total » assurait Valérie Pécresse le 15 décembre sur France-Inter– dans les 35 milliards d’euros consacrés aux investissements d’avenir mais aussi l’industrie et les PME (avion et voiture du « futur »), le développement du nucléaire (la « quatrième génération » des centrales nucléaires mais aussi les énergies renouvelables), le saut vers le « numérique » et le haut débit. Tout cela figurait parmi les priorités qui avaient été dégagées par Alain Juppé et Michel Rocard dans le rapport qu’ils lui avaient présenté, le 19 novembre dernier.
Plus pour l’Industrie
et moins pour le développement durable de Jean-Louis Borloo

On remarquera simplement qu’une « priorité » a sauté : « la ville de demain » qui consistait à développer les transports pour consommer moins d’énergie et la rénovation thermique des logements sociaux. Le volet le plus social, celui de la ville représentait pourtant 4,5 milliards dans le projet de la commission Juppé-Rocard. En fait, en dépit de la négociation de Copenhague sur les enjeux climatiques et énergétiques à laquelle le chef de l’Etat participera activement à la fin de la semaine à partir du 17 décembre, c’est le secteur du développement durable qui est le moins bien doté. Les budgets prévus ont fondu de trois milliards d’euros sur les 4,5 milliards, il n’en reste que 1,5 milliard d’euros.
Le ministère d’Etat de l’écologie et des technologies vertes a été victime, semble-t-il, de l’offensive de son collègue de l’Industrie qui aurait obtenu au total « 17 à 18 milliards » soit plus que ne le proposait la commission Juppé Rocard.
Mais qu’importe : pour l’essentiel les choix d’avenir pour se doter par exemple « des meilleures universités du monde », les débouchés scientifiques d’avenir biotechnologies et nanotechnologies et le renforcement de notre potentiel nucléaire et d’énergies renouvelables à parité, y compris avec la coopération de notre partenaire allemand, sont incontestables et incontestés.
Un tour de vis prévisible
pour payer les intérêts du Grand Emprunt ?
En revanche, la contestation de l’opposition sur le Grand Emprunt porte sur deux points ; l’opportunité de lancer un Grand Emprunt – aggravation de notre endettement qui bat déjà tous les records - et les conséquences budgétaires et sociales dans le sens de la rigueur qui seront définies lors d’une conférence sur le déficit de la France qui se tiendra en janvier à laquelle participeront les représentants de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale.
De fait, même si le « Méga-Emprunt de 100 milliards » souhaité par le conseiller de l’Elysée Henri Guaino et soutenu dans une tribune libre du « Monde » par une soixantaine de parlementaires UMP n’a pas été retenu, l’Etat va creuser encore son déficit public d’un endettement net de 22 milliards d’euros sur les marchés. « Au moment où la France est sans doute le pays qui voit se dégrader le plus ses finances publiques, nous lançons un emprunt de plus ce qu’aucun pays d’Euripe n’a fait » a ainsi souligné le socialiste François Hollande.
A cette objection de fond sur le creusement de notre déficit public, Nicolas Sarkozy a répondu d’avance en laissant entendre qu’il ferait procéder à un tour de vis supplémentaire en janvier avec la conférence sur les déficits de la France qui regroupera l’Etat, la sécurité sociale et les élus locaux. Les intérêts des 22 milliards empruntés par l’Etat seront compensés par des économies correspondantes sur le train de vie de l’Etat et des collectivités locales et de la Sécurité sociale .Ce n’est pas le tournant de la rigueur qui est annoncé mais cela y ressemble. Car Nicolas Sarkozy a mis en cause, une nouvelle fois les créations d’emplois dans la fonction publique territoriale (36 000 de plus sans aucun transfert de charges alors que l’Etat a supprimé plus de 35 000 fonctionnaires). Idem pour la sécurité sociale avec les décisions attendues en 2010 sur les retraites et pour les dépenses de santé.
Le PS s’ne prend à nouveau au "bouclier fiscal"
Le président de la République a eu beau s’appuyer sur les exemples allemand et espagnol à propos des « nouvelles règles du jeu avec les collectivités locales » ou bien encore souligner à de nombreuses reprises la similitude des politiques menées entre la France et l’Allemagne y compris pour la baisse de la TVA dans la restauration, il ne peut se soustraire à l’objection avancée par les socialistes selon laquelle « le grand emprunt d’aujourd’hui sont les impôts de demain ». Il faudra bien régler d’une façon ou d’une autre la facture de ce Grand Emprunt. S’il est vrai, comme le président de la République a lui-même reconnu que le retour de ces « investissements du futur » ne rapporteront rien dans l’immédiat mais « à long terme ».
Est-il donc opportun de raboter un peu plus encore sur les dépenses publiques pour ces investissements d’avenir alors que les Français se plaignent de la stagnation de leur pouvoir d’achat et de l’augmentation du chômage ? L’opposition reproche une nouvelle fois au président de la République de ne pas taper à la bonne porte. Il prend dans les caisses publiques déjà grevées de 250 milliards d’euros empruntés en 2009 alors qu’il aurait pu avoir des recettes en revenant sur « le bouclier fiscal, réduction d’impôts sur les droits de succession, la réduction d’impôts des entreprises et les modalités de sortie des aides aux banques ». Didier Migaud, président socialiste de la commission des finances de l’Assemblée nationale affirme que « sans ces choix, l’emprunt n’aurait pas été nécessaire ».
La stratégie d’augmentation des impôts
est «impossible» pour le chef de l’Etat
Nicolas Sarkozy reste sur sa ligne de crête : « la stratégie d’augmentation des impôts est impossible non par idéologie mais par compétitivité ». « Nous sommes en Europe « a insisté le chef de l’Etat en soulignant que notre pays est déjà le champion des prélèvements obligatoires puisqu’il vient de passer devant la Suède, champion européen incontesté en la matière. Le président de la République maintient son refus de l’augmentation des impôts sur les riches entreprises préconisé par les socialistes - « les socialistes espagnols ont supprimé l’ISF », explique-t-il – et entend rester au diapason de nos partenaires européens en notamment de l’Allemagne. Et si les socialistes insistent trop, il leur répond qu’ils ne pouvaient pas demander un plan de relance plus important il y a quelques mois et trouver que l’Etat en fait trop aujourd’hui !
Bref, le Grand Emprunt dont les objectifs sont partagés par tous, à droite comme à gauche, va être un objet de polémique dans la campagne des élections régionales. Nicolas Sarkozy maintient le cap et il n’en changera pas… même s’il risque la chute en 2012 pour en avoir trop fait.

Le directeur de la Lettre Horizons
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