La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 14 décembre 2009

A trois mois des élections régionales
des 14 et 21 mars 2010

Le double « Yes we can » de Martine Aubry :

- Réaliser le grand chelem du PS en métropole
en gagnant notamment l'Alsace

- Enclencher le processus de « départ »
de Nicolas Sarkozy pour 2012
 

La phrase de conclusion du discours de Martine Aubry, le 12 décembre à Tours devant la convention nationale de son parti pour les élections régionales résume à elle seule le double enjeu poursuivi  par la première secrétaire du PS  lors des scrutins des 14 et 21 mars 2010 : remporter le grand chelem des 22 régions en métropole et pousser Nicolas Sarkozy vers la sortie de l’Elysée en 2012 en ancrant les contre-pouvoirs locaux de l’opposition.
Vaste et ambitieux objectif qui, s’il réussit, placerait  la maire de Lille sur orbite présidentielle. « Le départ de Nicolas Sarkozy commence aux régionales. Nous devons gagner toutes les régions, nous pouvons toutes les gagner ! » a-t-elle conclu dans un élan « unitaire »  retrouvé  comme savent le faire les socialistes à la veille de grandes batailles électorales. 

Le PS en ordre de marche

Dans les couloirs, il y a bien eu quelques bémols sur la « mollesse » de la direction du PS à l’égard de Georges Frêche, le leader socialiste de Languedoc-Roussillon, exclu du PS en 2007,  dont la candidature voulue par les militants socialistes locaux a été « ratifiée ». Grand chelem oblige…
Ou bien encore les déceptions exprimées de la part de certains représentants de la diversité remerciés ou parachutés avec plus ou moins de bonheur. C’est ainsi la candidature du secrétaire national Razzy Hammadi proche de Benoît Hamon a fait un tour de France en vingt quatre heures du Val-de-Marne au Nord en passant par la Bretagne avant d’échouer finalement dans le Calvados… alors que l’intéressé souhaitait le Var. Mais au total,  l’objectif de 15% de places éligibles avec 80 élus possibles pour les représentants de la diversité est  pratiquement atteint.  
Les socialistes  – signe de l’ancrage à gauche  - ont placé sur leurs listes des personnalités issus du mouvement social comme l’ancienne président de « Sauvons la recherche »  qui figurera en Ile-de-France et des anciens secrétaires de comités d’entreprises à Ford Aquitaine ou Molex.
Dans l’ensemble, tout s’est bien passé. Les socialistes – en dépit de l’absence de Ségolène Royal retenue dans sa région Poitou-Charentes - se sont mis « en ordre de bataille ». François Hollande que Martine Aubry a associé à sa propre campagne pour les régionales  a estimé  lui-même que les deux régions encore  droite l’Alsace et la Corse étaient « gagnables ».

Régionaliser le débat national

La ligne de force de la campagne des socialistes et du « contrat socialiste pour nos régions »  consistera, selon l’expression de Martine Aubry, de « régionaliser le débat national » et de répondre, selon elle, aux promesses  non tenues au niveau national par Nicolas Sarkozy par les réalisations et le bilan globalement positif des présidents de conseils régionaux en place dans vint régions sur vingt deux en métropole depuis 2004. Ainsi, la première secrétaire du PS a-t-elle affirmé qu’aux « 3 I – identité, immigration, insécurité- nous répondrons par les 3 E – emploi, éducation, environnement ! ».
 Martine Aubry a placé en exergue la « social-écologie » comme l’un des thèmes majeurs de la campagne. La conférence planétaire de Copenhague et la poussée électorale des Verts aux européennes  ont conduit la direction du PS à impulser ce thème de la « social-écologie » mal exploité au sein même du PS jusqu’à présent.
S’appuyant sur un bilan globalement positif dans les régions, la première secrétaire du PS s’est engagée à faire des régions socialistes « les éco-régions  les plus performantes d’Europe. Le programme du PS  prévoit  : une réduction de 20% de gaz à effet de serre d’ici à 2016 ; 20% d’agriculture biologique d’ici à 2020 ; une augmentation de plus de 50% des déplacements en TER (trains express régionaux) avec un crédit de 15 milliards d’euros pour changer 30% des rames ( 4,8 milliards ont été dépensés  sur ce poste entre 2004 et 2010) ; une généralisation de l’éco-bâtiment et  de l’EEDD (éducation à l’environnement et au développement durable) dans les lycées et les centres de formation etc.

Des « éco-régions » économiques et sociales

L’autre priorité porte sur le volet social. Les régions socialistes se sont engagées à financer : 200 000 contrats de formation professionnelle d’une durée d’un an avec complément de revenu pour les salariés ayant perdu leur emploi ; 300 000 contrats aidés à destination des jeunes sortant du système scolaire sans qualification. Ils veulent mettre en œuvre un « pacte d’autonomie des jeunes » afin de réduire les obstacles d’accès au logement, à l’affiliation d’une mutuelle ou au permis de conduire ; sans oublier le « pass contraception » qui sera distribué dans les lycées par les infirmières scolaires comme l’a déjà proposé Ségolène Royal.
Dans le domaine économique les régions socialistes ont décidé de faire rembourser les aides accordées en cas de non respect des engagements négociés avec les régions comme cela se pratique déjà en PACA, Nord-Pas-de-Calais, Rhône-Alpes et Poitou-Charentes. De même, des fonds régionaux d’investissements avec prise de participation dans le capital de certaines PME sont prévus tout comme l’augmentation de 50% des budgets de la recherche et innovation. Enfin, en matière de santé, les régions socialistes favoriseront les contrats entre professionnels de santé et municipalités visant à installer des centres de soins dans les localités menacées de devenir des « déserts médicaux ». 
Il faut remarquer toutefois que si Martine Aubry peut s’appuyer sur un bilan globalement positif des régions de gauche dirigées avec les Verts et le PCF, elle n’a pas pris aucun engagement sur un point important : celui  l’augmentation ou non des impôts locaux, thème  mis en avant par la droite puisque l’UMP a pris comme slogan durant la campagne des régionales, le « zéro impôts locaux jusqu’en 2014 ! »

Corse et Alsace d’un côté, Ile-de-France et Languedoc-Roussillon de l’autre

L’objectif du grand chelem caressé par Martine Aubry n’est pas impossible à réaliser mais il reste aléatoire. Pour la Corse par exemple, il faut se souvenir que la gauche avait été majoritaire en voix en 2004 mais que ses composantes n’ont pas su faire l’union au second tour. Cette fois-ci encore, les radicaux de gauche joueront un rôle sans doute décisif d’où les tentatives élyséennes de faire venir au gouvernement l’homme fort, le député radical de gauche de Haute Corse, Paul Giacobbi.
En Alsace, la disparition d’Adrien Zeller, un grand régionaliste, partisan de compromis politiques aussi bien apprécié à gauche qu’à droite a bouleversé la donne. Si le sénateur centriste du Bas-Rhin, Philippe Richert se présente comme  « le fils spirituel de Zeller », le candidat socialiste Jacques Bigot, président de la communauté urbaine de Strasbourg (CUS) prône lui aussi  la plus large ouverture possible – y compris en direction de l’ancien ministre centriste Daniel Hoeffel -. Il pourrait créer la surprise surtout si le Front national dépasse la barre des 10% au premier tour et se maintient au second. Il faudra tenir compte aussi de la liste du Modem conduite par Yann Werhling, un ancien  leader des Verts passé chez François Bayrou. La situation est donc très ouverte car les Verts aux dernières élections européennes ont réalisé 16,8% des voix contre 14,6% au PS en Alsace. 
En règle générale, le grand chelem serait d’autant plus atteignable pour le PS que le Front national sera en position de se maintenir au second tour ce qui favorise incontestablement la gauche. Deux inconnues demeurent : les scores du Modem et des Verts. Par exemple, si au deuxième tour, la majorité du Modem bascule à gauche, cela se révélerait symbolique et sans doute décisif en Alsace. De même, les Verts peuvent être en mesure de jouer les trouble-fêtes en Ile-de-France et en Languedoc-Roussillon.

Les « épines vertes franciliennes

Si la poussée « verte » amorcée aux élections européennes  – aidée sans doute en sous main par l’UMP – se confirme cela pourrait modifier fortement la donne en Languedoc-Roussillon et en Ile de France. Les Verts ont annoncé par la voix de Cécile Duflot, leur secrétaire nationale,  qu’ils ne se désisteront pas au deuxième tour en Languedoc-Roussillon pour le président sortant ex-PS, Georges Frêche, « quitte à faire passer la droite ? » comme le leur rappelle le secrétaire national du PS, Claude Bartolone.  
Plus significatif encore, en Ile-de-France, la tête de liste des Verts, Cécile Duflot, s’est fixé comme objectif d’arriver  en tête de la gauche au premier tour devant Jean-Paul Huchon qui brigue un troisième mandat.  Le PS perdrait alors son pari de grand chelem et la plus grande région de France.  Nul doute que l’issue politique  de la bataille des régionales se jouera en grande partie dans la région Ile-de-France ! 
Ce n’est pas un hasard si le 12 décembre à la tribune de la convention nationale du PS à Tours, le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, était placé, en ligne de mire des caméras de télévision  juste derrière Martine Aubry. L’un et l’autre  joueront en grande partie leur avenir politique les 14 et 21 mars 2010.
La fin de sa carrière politique pour l’ancien directeur de cabinet de Michel Rocard ;  la place de favorite pour la candidature du PS et de la gauche en 2012 pour la première secrétaire du PS.


 
bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 

© Horizons Politiques

Retour
au fait politique du jour