La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 11 décembre 2009

L’économie sociale,
une voie pour sortir de la crise de confiance
envers l’économie de marché ?,  
thème d’un colloque organisé par la « Documentation française »

- Michel Rocard dénonce
le « complot mensonger de la sortie de crise »
et lance un appel aux coopérateurs : 
« Dépêchez-vous, l’avenir est à vous ! »


- Les responsables de l’économie sociale
critiquent une approche gouvernementale « stupide »
visant à donner la priorité au social
laissant de côté l’économique
 

Michel Rocard, chacun le sait n’a pas été un partisan des « nationalisations » dans les années 70-80 et encore moins un  adepte du capitalisme « pur et dur » qui fait actuellement les ravages que l’on sait. Invité vedette d’un colloque organisé, le 9 décembre au siège de la Documentation française, quai Voltaire à Paris, sur le thème de « l’économie sociale : une solution pour sortir de la crise ? » à l’occasion de la sortie en librairie d’un  ouvrage de Thierry Jeantet consacré à l’économie sociale dans la série « Etudes » de la Documentation française (*), l’ancien Premier ministre de François Mitterrand a lancé à cette occasion un vibrant plaidoyer «en direction des « coopérateurs » de toutes obédiences en leur disant : «  Dépêchez-vous,  Messieurs les coopérateurs : l’avenir est à vous ! »
L’ancien Premier ministre socialiste  a longuement mis en cause les tenants du libéralisme à tous crins et les nouveaux actionnaires de hedges funds (fonds de pensions) qui ont pris les rênes du capitalisme pour  seul objectif de faire du profit avec comme  consigne donnée aux chefs d’entreprises : « débarrassez- vous de votre main d’œuvre excédentaire »… « Les actionnaires veulent du pognon.  Ils n’ont aucune relation avec les travailleurs » a-t-il souligné. « La source de la diminution du pouvoir d’achat et de la croissance, c’est cela et pas autre chose !» a-t-il scandé. 

La vraie crise c’est le chômage induit par le capitalisme financier

Pour l’ancien Premier ministre socialiste, c’est là où le bat blesse : « la réponse est dans le changement de statut de l’entreprise » a-t-il affirmé en plaidant pour l’économie sociale.  Selon Michel Rocard, « personne ne veut ouvrir le débat dans la sphère économique, car ce serait, précise-t-il « dénoncer l’imbécilisation de 14 prix Nobel et des 300 000 professeurs d’économie dans le monde entier qui ont été choisi sur les critères de l’économie selon Milton Friedman (ndlr : théoricien du capitalisme libéral du début de XXe siècle). C’est pour cela que les économies sont restées à l’identique » a-t-il ajouté. Une remise en cause drastique du système capitaliste actuel obligerait  « les gouvernements américain, anglais, japonais à mettre en cause tous leurs conseillers économiques» a ajouté Michel Rocard en dénonçant « le complot mensonger qui consiste à dire que l’on est sorti de la crise ce qui est une manière, selon lui, d’encourager   le système bancaire d’aller comme avant et de ne pas parler du reste ».
Faisant allusion aux intentions exprimées à Londres et à Paris d’avoir recours à une taxation exceptionnelle des bonus en 2009, l’ancien dirigeant socialiste a estimé que ce prétendu retour à la moralité permettait en fait « de ne pas réformer un système » qui produit « des chômeurs, des pauvres, des exclus du marché du travail et des précaires ». Entre autres avantages  l’économie sociale, affirme Michel Rocard, « engendre  beaucoup moins de chômeurs ».
De fait, selon un responsable de la délégation interministérielle à l’économie sociale qui est intervenu dans le débat, l’économie sociale représente plus de deux millions de salariés (avec des emplois hexagonaux non dé localisables) à travers les diverses coopératives, mutuelles, associations et autres fondations soit 10% de l’emploi dans notre pays.

Sauvegarder et développer « l’entreprenariat  social »

L’un des handicaps de l’économie sociale tient à sa « mauvaise répartition géographique  dans l’Hexagone : elle dispose de zones fortes dans certaines régions comme le Grand Ouest, la Bretagne, le Nord et Languedoc-Roussillon (13,5%) alors qu’elle ne représente plus que 6% du tissu économique et social dans d’autres régions.
Les responsables de l’économie sociale s’inquiètent de la suppression envisagée de la délégation interministérielle à l’économie sociale – sort partagé avec d’autres délégations interministérielles – et surtout de son rattachement au  Haut Commissariat aux solidarités actives qui la cantonnerait - de façon « stupide » disent-ils -  dans le secteur social alors que ses partisans souhaiteraient être rattachée plutôt à Bercy quant à faire afin de développer ses potentialités économiques. Quoi qu’il en soit, le Premier ministre ; François Fillon a confié une mission au député du Nord (Nouveau centre), François Vercamer pour « faire progresser la part de l’économie sociale dans l’activité du pays ».
Les représentants de l’économie sociale ont le souci de faire du « lobbying » pour faire connaître et valoriser la notion d’ «entreprenariat social » fondé notamment sur une juste répartition des profits et l’association des consommateurs et des usagers à la gouvernance des entreprises de l’économie sociale. Une tendance qui se développe en Europe puisque l’Espagne par exemple prépare une loi sur l’économie sociale.
Bref, face à la voracité d’un système économique et financier  mu par l’unique appât du gain, certains comme  Michel Rocard qui se présente volontiers comme « un socialiste scandinave »  mettent en avant un renouveau de l’économie sociale. Une raison supplémentaire pour lire l’ouvrage de Thierry Jeantet qui dresse un panorama détaillé de cette réalité qui affirme comme valeurs « la suprématie de l’homme sur le profit, la solidarité et la démocratie dans son fonctionnement ». Il y a là matière à réflexion voire à refondation  d’un projet économique et social  pour le XXIe siècle pour sortir de la crise et de la décroissance annoncées.


 
bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

(*)« Economie sociale : la solidarité au défi de l’efficacité » par Thierry Jeantet (nouvelle édition)
la documentation Française, 198 pages 14,50 €

 

 

 

© Horizons Politiques

Retour
au fait politique du jour