La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 3 décembre 2009

A quatre mois des élections régionales 
et alors que l’exécutif traverse une mauvaise passe :

- Critiques sévères dans la majorité sur les thèmes
de la campagne nationale des régionales
et la réforme territoriale


- Jean-François Copé et François Baroin rejettent
le mode de scrutin « à un tour » pour 2014
pourtant confirmé par Nicolas Sarkozy
 

Le chef de l’Etat a beau vanter son action économique et sociale et assuré qu’il ne veut pas se laisser « frapper par la fatalité du mi-mandat », les faits sont têtus. Nicolas Sarkozy et François Fillon traverse une mauvaise passe et enregistrant pour la première fois depuis le début du quinquennat, un score inédit de 36% seulement de satisfaits dans le dernier sondage « Figaro-Magazine ».  C’est donc contraint et forcé  que Nicolas Sarkozy a décidé de prendre la tête de la campagne « nationale » qu’il a décidé de mener à l’occasion des élections régionales des 14 et 21 mars 2010. 
D’abord parce que la tactique uniquement locale menée en 2004 par l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait abouti a un fiasco quasi général – la droite n’avait conservé que deux régions Alsace et Corse. Ensuite parce que les résultats des prochaines  élections régionales seront interprétées de manière globale et donc nationale même si, comme il l’a précisé récemment devant le conseil national de l’UMP, le président de la République sera toujours là après les régionales !
Il n’empêche, l’atmosphère au sein de la majorité présidentielle est plutôt morose à la veille de la trêve de Noël. L’ancien ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, François Baroin, député-maire de Troyes qui était l’invité du « Forum de la presse parlementaire », le 2 décembre, n’était guère optimiste voire même critique sur la conduite de  cette campagne des régionales. Il est vrai qu’il a lui-même refusé de conduire la bataille de la majorité présidentielle  dans sa région de Champagne -Ardenne – « je préfère être maire de Troyes qui président de région «  a-t-il confié  - même s’il affirme vouloir prendre une part active et « combative » à la campagne des régionales. 
Car, sa région Champagne-Ardenne était considérée il y a quelques mois encore, comme gagnable par la majorité. Il semble que cet espoir ce soit envolé comme pour d’autres régions comme en PACA par exemple avec la remontée prévisible du score du Front national qui conduirait  là comme ailleurs à des « triangulaires » fatales à la majorité présidentielle au second tour.

Le débat sur l’identité nationale risque de se retourner contre la majorité

Le choix de créer un grand débat national qui sera conclu en février prochain sur l’« identité nationale » s’avère être  la première erreur stratégique reprochée par François Baroin à Nicolas Sarkozy et au nouvel homme fort de l’UMP, Eric Besson, ministre de l’immigration et de l’identité nationale. «Si on parle de l’identité nationale cela revient à l’immigration. C’est objectivement une faute. C’est de l’agit-prop, on se regarde le nombril  » a scandé ce chiraquien « pur sucre » qui n’a pas masqué son désaccord sur cette initiative intempestive  qui, selon lui, relève du « rétro-pédalage » et ne peut profiter qu’au Front national avec toutes les conséquences déjà éprouvées par la droite dans les trop nombreuses « triangulaires » des  régionales de 2004.
Tout comme Anne-Marie Montchamp l’ancienne secrétaire d’Etat aux personnes handicapées de Jacques Chirac - la députée UMP du Val-de-Marne rayée de la carte électorale par le redécoupage gouvernemental  des circonscriptions en région parisienne a annoncé le 2 décembre sa décision de rejoindre le conseil d’administration de l’association « Club politique » de Dominique de Villepin – François Baroin  ne se sent pas à l’aise dans la majorité présidentielle actuelle. Il est vrai que Nicolas Sarkozy ne lui a pas fait de cadeau  en lâchant cette petite phrase sur son passage rapide place Beauvau : «  deux mois à l’Intérieur et cinq ans…  à l’extérieur ! ».  Le député-maire UMP de Troyes en garde un mauvais souvenir et ne cache pas sa crainte de voir une partie de l’électorat de cadres moyens de l’UMP attirée par les listes écologistes tandis qu’une autre partie « populaire » de son électorat pourrait effectuer un retour au bercail « national » du FN.
 
La petite musique « UDF » du Nouveau Centre

La campagne de la majorité présidentielle risque d’être délicate à conduire par le chef de l’Etat et le Premier ministre car les centristes du Nouveau Centre d’Hervé Morin qui conduisent deux listes de la majorité présidentielle dans le Nord-Pas-de-Calais et en Bourgogne vont chercher à tirer leur épingle du jeu. C’est ainsi que François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale et tête de liste des régionales en Bourgogne qui rêve de reprendre l’étiquette de l’ancienne UDF giscardienne a précisé que contrairement ce qu’affirment l’UMP, les élections régionales ne devaient « pas être qu’un débat national » mais aussi « un débat territorial », région par région.
Déjà, André Santini, ancien secrétaire d’Etat appartenant Nouveau Centre et  remercié au dernier remaniement avait fait singulièrement  monter les enchères pour ne pas présenter dans  région Ile-de-France une liste concurrente à celle de l’UMP menée par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse. Le député-maire d’Issy-les-Moulineaux a obtenu d’être la  tête de liste dans les Hauts-de- Seine… département sarkozyste s’il en est.
Les centristes de la majorité  estiment ne pas avoir été suffisamment écoutés au Palais Bourbon. Ils comptent prendre leur revanche au Sénat où leur appui est indispensable au gouvernement puisque l’UMP ne dispose plus de la majorité absolue à elle seule dans la Chambre haute. Le président de la commission des finances du Sénat, Jean Arthuis très allant-  il compte mener une liste centriste autonome dans la région des Pays de la Loire -  vient ainsi de faire adopter le 2 décembre  plusieurs articles additionnels à la loi de finances 2010 sur les compensations à la suppression de la taxe professionnelle.

Contre l’avis de Nicolas Sarkozy : Copé, Baroin et d’autres…

La campagne  des élections régionales risque d’être aussi très perturbée par l’examen au parlement de la réforme territoriale inutilement précédée de la très impopulaire suppression de la taxe professionnel auprès des élus locaux de tous bords. Un nouveau point de fixation au sein de la majorité présidentielle porte sur le choix du futur mode de scrutin pour l’élection des conseillers territoriaux qui vont être créés en remplacement des conseillers généraux et régionaux actuels. François Baroin a été très clair devant le « Forum de la presse parlementaire », le 2 décembre : il rejette catégoriquement le projet du futur mode de scrutin (un tour au scrutin uninominal (80% de sièges) et 20% à la proportionnelle pour les partis qui n’auront pas d’élus). L’ancien ministre de l’Intérieur UMP explicite son hostilité  sur ces deux points. D’une part, le scrutin à un seul tour  « une solution qui ne comporte que des handicaps même, ajoute-t- il,  si l’on voit bien l’avantage que l’UMP peut en tirer dans l’immédiat ». Et d’autre part, il demeure totalement hostile à l’instillation de la proportionnelle qui, selon lui, est un « venin » même si, précise-t-il « la dose est minime».
Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé s’est déclaré de son côté le 1er décembre « très réservé sur le mode de scrutin à un tour » -  c’est celui arrivé en tête qui est élu - car il permettrait d’être élu avec « moins de 50% des voix ». Le député-maire UMP de Meaux  s’est prononcé pour un scrutin majoritaire à deux tours  mais ne gardant au second tour que les deux candidats arrivés en tête afin d’éviter les « triangulaires ».
François Baroin comme Jean-François Copé estiment que le gouvernement n’a pas encore fait connaître sa décision. Ils laissent entendre que si le gouvernement ne modifie pas son projet un certain nombre de députés UMP ne le voteront pas cette réforme du mode de scrutin qui pose par ailleurs un problème pour la parité hommes-femmes. La députée « villepiniste » Marie-Anne Montchamp précisait, le 2 décembre dans les couloirs du Palais Bourbon que « 127 députés UMP – sur 317- seraient capables « ponctuellement » de ne pas apporter leur soutien au gouvernement. Et cela alors même que la veille, le président de la République en recevant  une trentaine de députés UMP membres du club de « La Boussole » leur avait indiqué qu’à l’avenir le mode de scrutin à un tour pour les futurs conseillers territoriaux était « souhaitable » et… le « mieux adapté » à l’UMP.

La question encore pendante du scrutin à « un » ou « deux tours » pour 2014

Que nenni, rétorque François Baroin, en rappelant que Nicolas Sarkozy lui-même avait exprimé en 2002  des réticences tout comme Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Debré et lui-même  au moment de la création de l’UMP. «Je suis contre la pensée unique et le parti unique » a conclu sur ce point François Baroin  en demandant que  le gouvernement revienne à un mode de scrutin « à deux tours sans proportionnelle » pour 2014.  Le député-maire de Troyes partage l’opinion  de l’ancien Premier ministre socialiste, Pierre Mauroy qui en s’adressant quelques heures plus tard, au secrétaire d’Etat aux collectivités locales auditionné par les sénateurs  vilipendait ouvertement le chef de l’Etat de vouloir imposer un scrutin « si contraire à l’esprit français et à l’esprit …du Sénat ! ». Ce qui ne laisse augurer rien de bon pour le gouvernement lors de la discussion sur la réforme territoriale qui interviendra sur cette question au début de l’année prochaine.
Décidemment, dans une situation économique et sociale délicate avec la crise que l’on connait, fallait-il pour Nicolas Sarkozy et la majorité présidentielle s’encombrer d’un débat suranné sur l’identité nationale ou se lancer dans un bing bang territorial avec la suppression de la  taxe professionnelle sans oublier la mise en place d’une taxe carbone « verte » ? Les Français comme beaucoup désormais au sein même de la majorité présidentielle digèrent mal ces réformes incessantes et parfois incroyablement mal préparées ou expliquées.
La réponse électorale sera donnée les 14 et 21 mars au niveau national. Aux dernières nouvelles, la majorité pourrait encore espérer enlever deux régions la Basse-Normandie et l’Ile-de-France. Cette dernière reconquête, si cela devait arriver, sauverait incontestablement les mises du chef de l’Etat et de son Premier ministre bien défaites à l'heure actuelle. A suivre.


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 

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