Fermeté : le programme de modernisation de la France engagé depuis 2007 sera maintenu tel quel jusqu’au bout du quinquennat ; ouverture sur les idées défendues par les écologistes à travers le slogan de la « croissance durable » et de l’« écologie populaire »; souci de rassembler et de mobiliser toutes les composantes de la majorité présidentielle contre le PS et le FN pour le rendez-vous « national » des régionales : tels sont les mots d’ordre qui ont été martelé par le Premier ministre d’abord puis par le chef de l’Etat devant les membres du Conseil national de l’UMP réunis le 28 novembre à Aubervilliers (Seine Saint-Denis) pour ratifier définitivement la liste des candidats (dont huit ministres) aux élections régionales des 14 et 21 mars 2010.
Le président de la République, véritable chef de la campagne de la majorité pour les régionales – il se rendra à la mi-décembre en Corse, l’une des deux régions détenues par la droite avec l’Alsace - a été très clair sur ce point en prenant des engagements fermes et définitifs. « Tant que je serai président de la République, a-t-il martelé, on n’augmentera pas les impôts des Français parce que la compétitivité de la France ne le supporterait pas ». Au passage il a insisté sur le fait que « le bouclier fiscal » était devenu « une ligne rouge » à ne pas franchir. Histoire de calmer les ardeurs frondeuses de certains membres de l’UMP qui estimaient nécessaire de l’amodier.
De même, évoquant la proposition faite par la première secrétaire du PS, Martine Aubry d’une « large régularisation » des sans papiers « sur des critères »clairs et précis, le chef de l’Etat a affirmé avec conviction : « tant que je serai président de la République, il n’y aura pas de régularisation générale » parce que cela serait contraire aux engagements européens pris par la France ». Il s’est prononcé en revanche en faveur d’une politique « humaine » de régularisation « au cas par cas ». Histoire de ne pas prêter le flanc à un Front national que l’on dit en pleine renaissance.
Les thèmes de l’« écologie populaire »
et du « zéro impôt régional »
Enfin, comme on s’y attendait, le chef de l’Etat a insisté sur une éventuelle nouvelle phase de l’ouverture vers les « thèmes » écologistes et non plus comme cela é été pratiqué dans la première phase du quinquennat sur des « personnes ». « Ce n’est pas une lubie, un truc, un positionnement : c’est une, conviction, a insisté le chef de l’Etat. Nous sommes la dernière génération à pouvoir agir » contre le changement climatique.
Le président de la République n’a pas hésité à critiquer ouvertement les Verts qui mettent en avant le thème de la décroissance. Evoquant à ce sujet sa récente rencontre avec le premier ministre indien lors du sommet du Commonwealth à Trinidad et Tobago, il a affirmé en faisant allusion au prochain sommet de Copenhague : « je ne vais pas avoir le ridicule de dire à un pays d’un milliard d’habitants dont plusieurs centaines de millions vient dans la pauvreté qu’il ne doit pas faire le choix de la croissance » ! ».
Par ailleurs en mettant en avant les thèmes généraux de l’écologie populaire, de l’immigration et l’insécurité, de la taxe carbone et de la réforme territoriale, Nicolas Sarkozy peut espérer faire apparaître des nuances voire des désaccords entre les partenaires de la gauche, les Verts et le Modem qui sont parfois en désaccord sur les réponses à apporter.
Le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand a ajouté à ces thèmes présidentiels « diviseurs », un codicille régional « rassembleur »: les présidents de région de droite s’engageront à ne pas augmenter les impôts locaux d’ici à 2014 ». Décidemment, le chef de l’Etat, le premier ministre et les dirigeants de la majorité présidentielle font flèche de tout bois pour faire face à une conjoncture qui leur est défavorable du point de vue de la croissance économique et de la lutte contre le chômage, principales préoccupations des Français !
Un pari risqué en contradiction
avec son engagement pré-présidentiel de 2007
Avec cette montée en première ligne pour le lancement de la campagne des régionales de la majorité présidentielle, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à rompre avec la pratique plus précautionneuse de ses prédécesseurs. La plupart du temps, les présidents de la République prenaient soin de ne pas s’impliquer personnellement dans les élections locales intermédiaires quitte à en tenir compte en changeant en cas de revers électoraux de chef de gouvernement pour ouvrir une nouvelle phase de leur mandat en cours. Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy a mis cartes sur table. C’est sa politique de réformes et de modernisation de la France qui doit être défendue. C’est elle qui sera poursuivie, annonce-t-il, quoi qu’il arrive... « La France change, ma région doit changer », tel est d’ailleurs le leitmotiv de la campagne de la majorité présidentielle pour les régionales de 2010.
Le chef de l’Etat prend ainsi un risque politique certain. Certes, la moindre victoire dans une ou plusieurs régions -de la majorité - elle ne dirige que de deux régions sur vingt deux en métropole) et elle a espéré trois gains (Pays-de-la-Loire, Champagne-Ardenne et Basse- Normandie) – sera considérée comme un premier pas sur le chemin du redressement et un encouragement à poursuivre sur la « bonne voie » vers la sortie de la crise.
En revanche, une nouvelle défaite et pire encore, un recul dans les deux derniers bastions de la droite, ou un grand chelem pour la gauche en métropole, ouvrirait sans nul doute, une période de turbulences dans la majorité présidentielle. D’autant plus que l’UMP n’est plus créditée que de 27% des voix au premier tour des régionales dans un sondage IFOP du 23 novembre. Un score totalement insuffisant pour permettre à la droite de l’emporter… en 2012.
C’est donc un pari risqué que joue Nicolas Sarkozy à travers ces élections régionales politisées nationalement. En tout état de cause, il se place en totale rupture avec son engagement pris à la veille de l’élection présidentielle de mai 2007 lorsqu’il affirmait que « le président de la République devait être l’homme de la nation et non celui d’un parti »…

Le directeur de la Lettre Horizons
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