La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 27 novembre 2009

A quatre mois des élections régionales 
et à mi mandat présidentiel :

- Le chef de l’Etat  lance la double campagne de la majorité 
sur la sécurité et l’écologie


- Les socialistes rêvent de réaliser le grand chelem
dans les régions
 

Une fois encore, au grand dam des socialistes qui estiment que ce n’est pas le rôle d’un Président de la République, Nicolas Sarkozy va lancer officiellement le 28 novembre devant le conseil national de l’UMP réuni à Aubervilliers en Seine Saint-Denis  la campagne des régionales de la majorité présidentielle.  
Une campagne qui, il y a quelques mois, s’annonçait bénéfique pour l’UMP – les socialistes détiennent depuis 2004 vingt régions sur vingt-deux en métropole à l’exception de l’Alsace et de la Corse – mais qui s’avère beaucoup plus délicate compte tenu de la situation économique et sociale et de l’ambiance morose qui règne dans la majorité, au vu du bilan mitigé du chef de l’Etat, qui vient de dépasser la moitié de son mandat prévu jusqu’en 2012.
Fait significatif, l’Elysée a dû batailler ferme pour obtenir que les ministres montent au front. Certains ont résisté comme Roselyne Bachelot, d’autres y sont allés contraints et forcés comme Hubert Falco qui ne conduira pas la majorité présidentielle en PACA mais simplement dans son département du Var. Enfin des membres du gouvernement ont imposé leurs conditions comme Chantal Jouanno à Paris ou bien Rama Yade en seconde position dans les Hauts-de-Seine et non pas dans le Val d’Oise où on voulait l’envoyer.
Au total, comme en 2004, une vingtaine de membres du gouvernement sur un total de 39, se présenteront dont au moins seize en position éligibles dont huit têtes de listes.

Les deux axes prioritaires de campagne de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy se considérant  comme le seul maître à bord dans la conduite de la campagne de l’UMP a fixé deux objectifs majeurs de reconquête : la sécurité et l’environnement. Il a lui-même lancé la campagne de la sécurité en se rendant le 24 novembre en Seine Saint-Denis pour parler de la vidéo-surveillance. Il rentrera pour son intervention devant le conseil national de l’UMP, d’un déplacement préparatoire au sommet de Copenhague du 17 décembre qui l’a conduit à Manaus au Brésil le 26 novembre puis le lendemain au sommet du Commonwealth à Trinidad-et-Tobago. Nul doute que le président de la République évoquera au cours de son intervention prévue devant le conseil national de l’UMP, le 28 novembre, son souci de réussir la grande conférence sur le changement climatique de Copenhague.
Les deux axes majeurs de la campagne outre leur intérêt indéniable sur le plan national et international répondent  aussi à  deux soucis électoraux majeurs pour la majorité présidentielle : contrecarrer une remontée du Front national et amadouer les écologistes qui ont le vent en poupe depuis les dernières élections européennes.
 
Contrer une remontée possible du FN

La tentative de remobilisation de  l’électorat de droite sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration – aujourd’hui de l’ « identité nationale » – n’est pas nouvelle. Elle a permis la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Elle n’est pas inutile au moment où l’on enregistre dans les sondages – examinés de près à l’Elysée -  une remontée possible  du FN. Certes, il n’est pas question que le FN retrouve son score de 14% des régionales de 2004. Mais dans certaines régions, il pourrait approcher  les 10% score nécessaire pour se maintenir au deuxième tour et faire procéder à des « triangulaires » favorables à la gauche. Ce serait le cas à l’heure actuelle en PACA où Jean-Marie Le Pen effectuera sa dernière campagne comme président du FN  (12%) et en Rhône-Alpes avec Bruno Gollnisch, l’éternel « numéro deux » du FN.  Il se dit que le FN serait en mesure de se maintenir dans huit régions dont certaines peuvent être reprises par la majorité UMP comme Champagne-Ardenne, Picardie voire Ile-de-France.
Le second axe de la campagne de Nicolas Sarkozy et de l’UMP  consiste en une opération séduction vers l’électorat écologiste. Il va être beaucoup question de l’avenir de notre planète et du réchauffement climatique d’ici au 17 décembre, date de la conclusion de la réunion de Copenhague auquel soixante cinq dirigeants du monde doivent participer. Nicolas Sarkozy y compris en critiquant à demi-mots le président américain Barack Obama, compte se porter aux avant-postes de la lutte contre le réchauffement climatique. « Nous n’accepteront pas un accord au rabais » insiste le chef de l’Etat qui compte ainsi décrocher de la gauche des électeurs de sensibilité écologique qui risquent de faire la différence au deuxième tour des régionales.

Le « livre noir » des « folies fiscales » socialistes

A ces deux axes majeurs, le président de la République en a ajouté un troisième qui sera développé allégrement dans les vingt régions présidées par les socialistes en métropole : celui de la « folie fiscale » des dirigeants socialistes.
L’argumentaire a été rodé par l’UMP qui vient de publier la quatrième édition de son « livre noir » des régions socialistes. « Au total ce sont 6,5 milliards d’euros d’impôts régionaux supplémentaires qui sont prélevés chaque année sur les contribuables ce qui représente 101 € supplémentaire par Français ». Plus encore, l’ancien ministre UMP, Roger Karoutchi dénonce les choix faits par les présidents de région socialistes entre 2004 et 2009 d’augmenter les frais de personnels (+410 %) et de privilégier ainsi les dépenses de fonctionnement qui ont explosé, selon lui, de 85% alors que dans la même période, les investissements ne progressaient que de 32%.  
La réquisitoire est impressionnant et n’épargne aucun  président socialiste sortant. C’est ainsi que la région Auvergne – celle où se présente le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux - se voit décernée  le titre de « championne du matraquage fiscal avec près de 71% d’augmentation des impôts régionaux et que celle de Bourgogne se voit reprochée un endettement excessif. 
 
La bataille indécise de l’Ile-de-France

Contrairement aux élections européennes remportées par l’UMP  arrivée en tête dans le tour de scrutin unique, les élections régionales de la mi-mars se jouent en deux tours. La gauche apparaît plus que jamais  divisée  au premier tour. La « primaire » sera rude entre les ex-partenaires des dirigeants régionaux socialistes.
Les écologistes qui iront à la bataille seuls chercheront à capitaliser leurs succès récents. Tout comme le « front de gauche » avec les communistes qui dans la majorité des cas ont choisi de ne pas faire alliance avec les socialistes au premier tour. Mais comme chaque fois les forces de gauche devraient se réunir au second tour surtout si la majorité présidentielle apparaît en position de l’emporter. Ce pourrait être le cas en particulier dans la région Ile-de-France où une victoire de l’alliance UMP-Nouveau Centre derrière Valérie Pécresse et André Santini pourrait en cas de victoire  redorer le blason d’une majorité présidentielle en mauvaise posture.
Car, de fait, si l’on s’en tient au climat politique général, la majorité présidentielle ne peut guère espérer  « gagner   un  nombre significatif de régions » comme croyait pouvoir le pronostiquer le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand. D’où la nécessité pour Nicolas Sarkozy de monter au front pour la dernière grande consultation électorale générale avant le verdict de la présidentielle de 2007.


 
bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 

© Horizons Politiques

Retour
au fait politique du jour