La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 25 novembre 2009

Un an après sa désignation laborieuse
comme Première secrétaire du PS :

Martine Aubry… et tous les autres derrière pour 2012
 

Voici  un  an  jour pour jour, après le  congrès infructueux de Reims  - pire que le calamiteux congrès de Rennes de 1990 -  Martine Aubry était désignée par le Conseil national du PS (le parlement du parti) comme Première secrétaire avec 102 voix d’écart sur Ségolène Royal. Dix jours auparavant les militants socialistes désemparés avaient constaté l’échec de tout accord de synthèse sur les motions en présence et le choix d’un premier secrétaire potentiel entre Ségolène Royal qui prônait une ouverture vers le centre et Martine Aubry et Benoît Hamon, plus ancrés à gauche.
Une année plus tard même si elle est souvent brocardée par les médias ou sous-estimée par la majorité présidentielle, force est de constater que la maire de Lille s’est imposée comme la « patronne » du PS et qu’elle tient un discours  rare mais fédérateur et efficace. En ne prenant pas la parole à tout bout de champ mais en ciblant bien ses interventions, elle se place volontairement au dessus de la mêlée dans son propre parti mais aussi dans l’opinion publique où elle a acquis une image « carrée » celle d’un homme d’Etat. En clair au PS, même si la Première secrétaire du PS se garde bien de toute indication à ce sujet, il y a actuellement pour la candidature présidentielle en 2012, Martine et… tous les autres.

Elle prend positon sur des questions de fond  comme les sans-papiers

Concrètement, en vue des « primaires » dont le principe a été acté à une large majorité en octobre dernier par un vote des militants,  deux anciens ministres de la « dream team » de Lionel Jospin  sont fait déjà en piste : Manuel Valls, député-maire d’Evry et Pierre Moscovici, député du Doubs et ancien ministre des affaires européennes. Tous deux s’affichent comme des « rénovateurs » même si les hésitations multiples de  Pierre Moscovici au moment du choix du Premier secrétaire en 2008, poste auquel il fut candidat et le « lâchage » peu élégant par Manuel Valls du leader socialiste de l’Essonne,  Julien Dray en proie à des difficultés judiciaires,  prouvent qu’ils ont gardé de vieux  réflexes de «éléphanteaux » à l’intérieur du PS.
Le point  faible de Martine Aubry, après l’effacement de Benoît Hamon dû à son échec aux élections européennes et sa prise de position hâtive dans l’affaire Frédéric Mitterrand  tient au fait qu’elle ne dispose pas de relais visibles et influents pour relayer ses propositions à l’extérieur. C’est ainsi que ses propositions sur une large régularisation des sans papiers sur des critères clairs et transparents adoptées le 23 novembre par le bureau politique du PS n’ont pas été repris par aucune de personnalités marquantes du PS. Martine Aubry  devient alors  avec une Ségolène Royal très dévaluée,  la cible privilégiée de la majorité présidentielle.
Ce qui apparaît comme une  faiblesse de la Première  secrétaire du PS peut devenir sa  force. Elle suit en quelque sorte  le parcours - la même stratégie ? – que celle adoptée par  François Mitterrand entre 1974 et 1981 en donnant du temps au temps et en n’intervenant que sur des thèmes clivant qui marquent l’opinion.   
En face, force est de reconnaître que l’image brillante de Ségolène Royal a beaucoup pâlie. Un ancien ministre socialiste confiait ainsi dans les couloirs du Sénat, le 23 novembre,  que « les socialistes ont mis trois ans à s’apercevoir que Ségolène Royal ne pouvait pas gagner ».  C’est le sentiment exprimé publiquement, le 21 novembre par l’un de ses ex - « lieutenants », Vincent Peillon.  Avec le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, l’euro-député  veut prendre la tête du courant « Espoir à gauche » initialement créé pour défendre Ségolène Royal qui s’était  auto positionnée pour l’élection présidentielle de 2012 dans une vidéo devenue célèbre, le 26 novembre 2008, au lendemain même de la désignation de Martine Aubry à la tête du PS.  Mais tout cela est bien loin déjà.

L’éternel retour d’une Ségolène Royal en perte de vitesse

Selon un sondage LH2 pour Nouvelobs.com publié le 23 novembre, seul un Français sur cinq considère que Ségolène Royal a des chances d’être la candidate socialiste pour 2012 (12% « oui plutôt » et 8% « « oui tout à fait »).  De plus, chez les sympathisants du PS, la présidente  de Poitou-Charentes ne recueille plus qu’un score faible : 30%. Les catégories de la population qui la soutiennent le plus figurent  parmi les plus précaires : jeunes (27%)  individus ayant un niveau d’études inférieur au bac (25%), ouvriers (32%). Par ailleurs, elle n’est jugée présidentiable que par 25% de Verts et 19% du Modem.
A l’évidence, c’est une équation politique tout à fait différente que présenteraient l’éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international proposé à ce poste par Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre des finances de Lionel Jospin recueille plus d’opinions positives chez  les cadres (66%) que chez les jeunes (53%) et – fait significatif – plus de soutien à l’UMP (64,7% qu’au…parti socialiste 62,2% !
Le directeur du FMI, le plus haut  salaire de Washington,  arrive dans le baromètre Viavoice sur l’opinion des Français  vis-à-vis des personnalités publiée dans « Libération » du 25 novembre  derrière le maire de Paris, Bertrand Delanoë – ce dernier a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne serait pas candidat à la candidature du PS pour 2012 – mais toujours devant Martine Aubry, François Hollande ou Ségolène Royal.

L’ultime recours d’un DSK toujours indécis

Le problème avec DSK est toujours le même : a-t-il vraiment envie d’être un jour président de la République ? Le patron du FMI entretient son image – il est l’invité du « Grand Journal » de Canal + le 25 novembre -  mais serait-il prêt à lâcher la proie du FMI pour l’ombre de l’Elysée en  se déclarant candidat à l’investiture aux  primaires du PS dès 2011 alors que son mandat à Washington va au-delà de 2012 ? Rien n’est moins sûr.
Il reste encore parmi les présidentiables les plus crédibles,  François Hollande  bien qu’il soit handicapé par un  bilan mitigé de dix années à la tête d’un PS qu’il a abandonné dans un mauvais  état  et Laurent Fabius.  Comme le prétend  l’un  de ses partisans, il peut faire valoir son image d’ « homme d’Etat » alors que  pour la première fois depuis 2007,  un sondage vient de montrer que Nicolas Sarkozy pouvait être battu, « non pas par un homme providentiel, en l’occurrence par Dominique Strauss-Kahn, mais  pourquoi pas par un ancien premier ministre socialiste dont la cote remonte  offrant une image anti bling, bling»…
L’avenir n’st jamais écrit d’avance. Mais, il ne convient pas de mésestimer le potentiel de la maire socialiste de Lille, surtout si elle parvenait à effacer avec un grand chelem possible aux élections régionales de mars prochain, le trou d’air électoral du PS aux dernières élections européennes.


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 

 

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