Pour les femmes et les hommes nés après la seconde guerre mondiale, le chute du Mur de Berlin (1) le 9 novembre 1989 reste l’une des dates les plus cruciales, un point de repère dans cette marche du monde imprévisible parce que « l’avenir est fait par des hommes » comme le disait Simone Veil dans l’avion qui la conduisait le surlendemain de ce jour là à Berlin devant ce Mur où Mstislav Rostropovitch, le célèbre violoncelliste jouait à Check Point Charlie, le point symbolique de passage de l’Est à l’Ouest, « Les suites pour violoncelle de Bach » que cet homme profondément spirituel avait toujours associé à Dieu…
Les symboles ne manquent pas pour tenter d’appréhender la signification de ce jour du 9 novembre 1989 où « l’Histoire est sortie de ses gonds » à la plus grande surprise de tous les dirigeants de la planète qui ne s’attendaient pas à ce que le porte-parole du gouvernement de la RDA lâche soudain devant les journalistes occidentaux que la voie entre Berlin Est et Ouest, fermée depuis 1961, était libre et ouverte, sans délai, tout de suite !
1989 : Berlin mais aussi Kaboul et le FIS
Il fallut deux heures pour annoncer la nouvelle que « le Mur était tombé » au chancelier Kohl qui effectuait un voyage en Pologne mais quelques semaines seulement pour le chancelier allemand, soutenu par le président George Bush père, présente un plan de réunification de l’Allemagne tandis que les régimes communistes en Tchécoslovaquie, Bulgarie et dans une moindre mesure en Roumanie s’effondraient comme autant de châteaux de cartes dans le calme et sans effusion de sang.
Mais à côté de cet événement majeur qui allaient bouleverser le cours de l’histoire européenne avec la stabilisation des frontières sur la, ligne Oder-Neisse et les prémices de la future monnaie européenne de l’euro, des évènements tout aussi symboliques se produisaient ailleurs dans le monde en cette année 1989 avec le retrait des troupes russes d’Afghanistan ce qui allait permettre la naissance d’Al Qaïda ou bien encore la fondation du Front islamique du salut (FIS) en Algérie autant de données nouvelles qui deviendront des éléments majeurs dans le nouveau défi lancées aux valeurs démocratiques occidentales.
Quand les Länder de l’Est rejoindront le PIB du Schleswig-Holstein
Les analyses et les commentaires ne manqueront pas en cette journée anniversaire des vingt ans de la Chute du Mur de Berlin qui va être célébrée, le 9 novembre par tous les moyens audiovisuels et écrits en France et en Allemagne. Le 9 novembre 1989, rédacteur en chef adjoint de l’Agence centrale de presse (ACP), j’avais eu l’honneur d’être choisi pour écrire le commentaire politique de cet évènement imprévu. Et je me souviens d’avoir souligné à l’époque que si le Mur politique s’était effondré en revanche le Mur de l’argent, celui de l’économie entre les deux Allemagnes demeurerait longtemps encore.
« Horizons politiques » étant consacré principalement au fonctionnement administratif interne de notre pays – « tout sur la décentralisation » - je ne peux que confirmer l’analyse faite à l’époque. Le Mur de Berlin ne sera vraiment tombé et l’Allemagne unifiée qu’en… 2019, si tout va bien. Dans un entretien aux « Echos », Wolfang Tiefensee, ministre en charge des Länder de l’Est dans la grande coalition CDU-SPD, affirme que le but de l’Allemagne est « d’arriver en 2019, quand se terminera le pacte de solidarité actuel, à ce que le produit intérieur brut moyen des Länder de l’Est ait rattrapé le PIB du Land de l’Ouest, le plus faible, actuellement le Schleswig-Holstein dont le PIB représente 85% de la moyenne nationale ( le moyenne de l’Est étant aujourd’hui à 75% de la moyenne nationale).
L’Allemagne ne sera vraiment unifiée et non pas réunifiée- elle n’a jamais existé en deux entités autonomes avant la période communiste soviétique et « stalinienne » qui a duré 1945 à 1989 - que lorsque l’Est de l’Allemagne, la Prusse aura rejoint le niveau de vie de l’Allemagne de l’Ouest, rhénane. La longue route entamée avec la décision courageuse du chancelier Kohl d’assurer l’égalité de valeur entre le Deutsch mark ouest allemand et celui de l’est, si tout va bien, aura duré trente ans.
Les deux points « noirs » chômage et dénatalité
Que de chemin déjà parcouru même s’il est parfois de bon ton de fustiger le « boulet » de l’Est dans les milieux économiques ouest- allemands ou de pleurer sur la médiocre sécurité de l’emploi pour des nostalgiques de l’Öst ! En vingt ans, il a fallu aux gouvernements allemands successifs : rénover les écoles, les hôpitaux, les routes, les voies ferrées ; construire des réseaux numériques, améliorer l’environnement des complexes industriels de la partie est allemande où tout était à refaire y compris pour l’administration des villes confiée aux autorités …politiques du parti communiste de l’époque ! En dépit d’un effort colossal qui n’est pas encore terminé, il reste deux points noirs : le chômage qui encore deux fois plus élevé notamment celui de longue durée et le défi démographique. L’Allemagne de l’Est autrefois « poumon » de la natalité se vide de ses jeunes qui quittent les zones rurales et les petites villes pour aller vers l’Ouest du pays voire l’Europe de l’Ouest.
La partie orientale de l’Allemagne a aussi une vocation particulière : celle de servir de tête de pont avec les ex-pays de l’est européens, les Etats membres des derniers élargissements de l’Union européenne.
Depuis la chute du Mur de Berlin, l’Europe s’est déplacée vers l’est. La capitale de l’Allemagne est envahie par les slaves et les russes. Elle n’a pas d’argent mais elle est reconnue la capitale de la liberté artistique, un exemple de ce que pourrait être cette Europe du XXIe siècle, celle de l’Atlantique à l’Oural, esquissée autrefois par le général De Gaulle, et à laquelle les jeunes allemands qui n’ont pas connu le Mur adhèrent de façon naturelle.
C’est une autre Europe que celle des marchés financiers de Francfort qui est en train de se construire et qui mérite toute notre attention et le soutien constant de l’Union européenne, toute entière.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
(1) De nombreux ouvrages consacrés à la « Chute du Mur de Berlin" en voici une liste non exhaustive :
- "Berlin 1989" de Georges Marion Seuil, 246 pages, 19 €
- "Histoire secrète de la chute du mur de Berlin" de Michel Meyer, Odile Jacob,
346 pages 21 €
- "1989- l’année où le monde a basculé" de Pierre Grosser, Perrin,
606 pages, 25,50 €
- "Berlin : 9 novembre 1989 : la Chute" d’Alexandre Adler, XO éditions,
192 pages, 17,90 €
A noter aussi :
« 1989 à l’Est de l’Europe :
une mémoire controversée »
de Jérôme Heurtaux
et Cédric Pellen
qui tend à « relativiser » l’«évènement 1989 »
dont la signification est loin,
selon les auteurs, de faire consensus à l’Est.
Éditions de l’aube,
336 pages, 28 €.
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