
Le 6 novembre, cela fera, tout juste, deux ans et demi que Nicolas Sarkozy aura remporté l’élection présidentielle de 2007. Aucun événement particulier n’est inscrit sur l’agenda présidentiel pour marquer cet évènement. C’est pourtant l’occasion de dresser un bilan de son action à la tête du pays à mi-mandat.
Un bilan mitigé car les promesses du Président ont été fortement obérées par la crise économique mondiale de 2008qui s’est poursuivie cette année. L’Agence France Presse qui fait le compte des réformes effectuées en prenant en compte des annonces de campagne souligne par exemple dans le domaine de l’emploi et des retraites que la plupart d’entre elles ont été réalisées : fusion ANPE-Assedic; fin de facto des 35 heures; réformes des régimes spéciaux; non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite … à l’exception – de taille – de l’objectif affiché du « plein emploi dans les cinq ans » qui est complètement inversé puisque le chômage pourrait atteindre les 10% en 2010 !
L’impression la plus souvent partagée dans l’opposition et au sein même de la majorité c’est l’activité quelque peu désordonnée du chef de l’Etat qui est présent dans tous les domaines au rythme de plusieurs discours chaque semaine. Ce qui donne le tournis à plus d’un y compris dans le gouvernement. Son prédécesseur à l’Elysée, Jacques Chirac qui sort en librairie, le 5 novembre, un ouvrage de mémoires intitulé « Chaque pas doit être un but » décrit ainsi sans complaisance le personnage à la tête de l’Etat « avec cette volonté qui, écrit-il, ne l’a pas quitté d’être toujours là, nerveux, empressé, avide d’agir et se distinguant par un sens indéniable de la communication ».
Il satisfait ceux qui veulent que la France bouge mais...
Des coups de pieds dans la fourmilière – ce que n’avait pas fait ni Jacques Chirac pendant douze ans, ni même le socialiste François Mitterrand au moins durant son dernier septennat – Nicolas Sarkozy ne cesse d’en donner, à la plus grande satisfaction de ceux qui veulent que « la France bouge ».
Le dernier en date porte sur la décision annoncée au début de l’année de la suppression de la taxe professionnelle qui se révèle aujourd’hui être d’une extrême complexité dans son application et provoque des remous voire des couacs dans la majorité présidentielle.
C’est ainsi que le président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire, a déclaré, le 3 novembre que la Haute Assemblée ne voterait pas la réforme de la taxe professionnelle « en l’état » après que l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ait fait paraître le 31 octobre une tribune dans la « Journal du Dimanche »,signée de vingt trois autres sénateurs UMP dans laquelle il jugeait l’actuelle proposition du gouvernement « ni claire, ni juste, ni conforme à nos convictions d’élus enracinés ».
Comment expliquer cette fronde partagée par deux autres anciens Premiers ministres, Alain Juppé et Edouard Balladur alors que comme le faisait remarquer le rapporteur du Conseil économique et social et environnemental (CESE) en présentant à la presse son avis le 3 novembre, de nombreux rapports ont été produits au sein même de la troisième Assemblée de France sur la « nouvelle contractualisation » mais aussi « sur la fiscalité et les finances publiques locales » par un spécialiste réputé des collectivités locales, Philippe Valletoux qui faisaient consensus.
Larcher et la fronde de Jean-Pierre Raffarin, Juppé et Balladur
Faute de directives claires – le Président mais aussi les conseillers de l’Elysée ont tendance à prendre le pas sur Matignon dans tous les domaines et à brouiller les cartes. Les parlementaires de la majorité ne savent jamais trop sur quel pied danser. Cela laisse une certaine marge de manœuvre aux sénateurs, habilement exploitée par Jean-Pierre Raffarin – « un parlementaire parmi les parlementaires » comme l’a qualifié méchamment son rival heureux au perchoir du Sénat sur « Europe 1 » le 3 novembre - sur la suppression de la taxe professionnelle.
Et comme la recette semble être bonne, les députés UMP de leur côté, en ont remis une couche en lançant un « appel des 63 » pour que… « le grand emprunt ne soit pas un petit emprunt » écrivent-ils dans une tribune libre publiée dans « Le Monde » du 3 novembre.
Il n’est un secret pour personne que l’un des conseillers de l’Elysée les plus en vue, Henri Guaino milite pour un « grand emprunt » approchant les cent milliards d’euros alors que les responsables de la commission sur l’emprunt co-présidée par Alain Juppé et Michel Rocard se sont positionnés sous la barre des 50 milliards d’euros.
Jean Léonetti, vice-président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, l’un des signataires de cet « appel » a justifié sa position le 3 novembre en affirmant que notre pays n’allait pas connaître « une petite crise » mais serait confronté à « une mutation profonde de la société ». Pour lui, il ne convient pas de jouer petit bras et de tomber sous la critique des socialistes (qui s’inquiètent déjà de l’alourdissement des dettes qui devront être payées par les futures générations) mais d’ « isoler » le grand emprunt sur les dépenses essentielles pour l’avenir de notre pays comme l’économie verte, le Grand Paris, le renouvellement des centrales nucléaires, les véhicules propres, la recherche sur les biotechnologies etc.
Les débats sur le grand emprunt mais aussi sur le droit à l’image des champions
Le débat n’est pas tranché entre les tenants de ce « grand emprunt » populaire et ceux qui, au sien même du groupe UMP de l’Assemblée nationale - c’est le cas de son président Jean-François Copé qui l’a dit le 3 novembre - se montrent beaucoup plus circonspects et attendent de connaître les priorités retenues et d’avoir réfléchi aux meilleurs moyens pour les financer.
Les sujets de débats se multiplient allant des plus importants comme l’avenir de l’emprunt national ou la réforme des finances locales jusqu’aux microcosmiques sur le droit à l’image des champions qui a opposé publiquement des ministres entre eux, d’un côté Roselyne Bachelot et Eric Woerth, partisans de supprimer cette « niche fiscale » et de l’autre, Rama Yade, secrétaire d’Etat aux sports et le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand qui souhaitaient la maintenir. Le Premier ministre a du arbitrer en donnant raison sur le fond à Roselyne Bachelot mais en repoussant à juillet 2010 l’application de cette disposition.
Il ne fait pas doute que la « coproduction » législative entre les parlementaires de l’UMP et le gouvernement ne serait pas aussi fertile en rebondissements si le président de la République ne traversait actuellement pas une mauvaise passe. L’Elysée cherche à s’en sortir en prenant de la hauteur.
Le grand débat obligatoire sur l’identité nationale
C’est le cas avec le grand débat lancé par Eric Besson sur l’identité nationale. Une idée que l’ex dirigeant socialiste devenu secrétaire général a dit de l’UMP a su vendre au sein de l’exécutif. Lundi 2 novembre au siège de l’UMP comme le lendemain à la réunion du groupe UMP de l’Assemblée nationale, tout le monde de l’UMP s’est mobilisé autour de ce grand débat qui doit durer jusqu’au printemps prochain.
Ce sont les préfectures qui vont les organiser mais aussi les députés UMP dans leurs circonscriptions respectives. « La France est notre bien commun. Nous avons tous le devoir de chercher en permanence, les voies et les moyens de mieux nous rassembler et de mieux servir notre pays » a déclaré le 3 novembre, François Fillon qui avait été interrogé par le président du groupe UMP, Jean-François Copé à cet effet. Faisant allusion au refus de la plupart des dirigeants de gauche, le Premier ministre a poursuivi : « refuser comme certains le font ou stigmatiser le fait que notre peuple puisse avoir une identité singulière, c’est en réalité donner des arguments à ceux qui contestent l’autorité de la République.» Le tout est joué, ceux qui ne croient à l’utilité d’un grand débat sur l’identité nationale sont de mauvais Français !
Face aux tracas causés par la gestion des réformes au quotidien, Nicolas Sarkozy cherche à rassembler sur des grands projets : l’emprunt national pour accélérer le chemin de la reprise économique ; le grand débat sur l’identité nationale pour tenter de convaincre ceux que l’on appelait autrefois « les républicains de progrès ».
Mais cette agitation perpétuelle ne pourra effacer le manque d’habileté et de liant dans la conduite des réformes dont a fait preuve jusqu’ici le chef de l’Etat et ses conseillers élyséens vis-à-vis de ses propres partisans et au-delà.
Le rapporteur du CESE, Claude Roulleau qui présentait son rapport sur la réforme des collectivités locales au nom du Conseil économique social et environnemental, le 3 novembre nous a confié qu’ »il irait le porter personnellement… à l’Elysée.
Aucun membre du gouvernement notamment pas le ministre de l’Intérieur chargé de la réforme n’a daigné prendre le temps d’assister aux débats publics autour de cet avis. C’est le « Château » qui en sera le principal destinataire. Cherchez l’erreur !

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|