La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 2 octobre 2009


La voie est ouverte pour la rénovation du PS

- La moitié des militants socialistes a approuvé
les principes de la refondation voulue par Martine Aubry


- Les parlementaires et élus locaux socialistes
sont vent debout contre le budget  2009 « injuste »
et les atteintes « à la République des territoires »

La première secrétaire du PS, Martine Aubry a dû pousser un « ouf » de soulagement en prenant connaissance du taux de participation au référendum organisé auprès des militants socialistes, le 1er octobre. Un peu moins de 50% d’entre eux y ont participé et ont plébiscité les deux principales options soumises à cette « consultation militante » : l’organisation de « primaires ouvertes » pour la désignation du candidat ou de la candidate  à l’élection présidentielle de 2012 et le non cumul des mandats. Compte tenu du climat délétère et de  la non campagne prudente de la direction du PS, ce résultat est relativement satisfaisant pour Martine Aubry.
En réalité,  ce vote décisif tourne la page ouverte au sein du nouveau PS, il y a une quarantaine d’années par François Mitterrand au  fameux congrès d’Epinay de 1969. Depuis lors, la direction du PS était fondée essentiellement sur le rapport de forces internes entre les différents courants . Les batailles homériques des années soixante dix et quatre vingt  entre la « première » (mitterrandienne) et la « deuxième » gauche (rocardienne)  ont profondément marqué  la vie interne du PS avant la victoire de 1981. Mais, une fois aux commandes de l’Etat, les socialistes se sont engagés  dans des luttes de pouvoirs internes qui ont fini par prendre le pas sur les débats d’idées. L’heureuse surprise des législatives de 1997 et de la bonne tenue de la « dream team » gouvernementale  de Lionel Jospin en période de cohabitation n’ont pas changé ls mœurs internes du PS qui se sont au contraire exacerbées avec la défaire humiliante de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002 puis celle de Ségolène Royal en 2007.

La fin du vieux parti d’Epinay à bout de souffle
A travers ce vote du 1er octobre apparemment sans éclat,  c’est bien la fin du vieux parti socialiste d’Epinay qui est actée au profit d’un nouveau parti socialiste plus conforme aux principes de la Ve République et de la personnalisation du pouvoir puisque – contrairement à la douloureuse expérience des primaires internes de 2006  pour désigner le candidat à l’Elysée qui s’est terminée par  une victoire à la Pyrrhus de Ségolène Royal – ce sont des « primaires ouvertes » à tous les électeurs et associant les autres partis de gauche qui seront pratiquées pour désigner le (ou la) futur candidat à l’horizon 2012.
De même, le parti socialiste qui se revendique lui-même comme un « parti d’élus » agissant  pour « défendre les Français » ainsi que l’a affirmé Martine Aubry, le 1er octobre devant les parlementaires du PS réunis à Toulouse,  adopte le principe d’une limitation des mandats. A l’avenir, un parlementaire socialiste ne pourrait plus être simultanément maire ou présider un exécutif local. 
Voilà un changement majeur dans la vie interne du PS où fleurissent – comme à droite d’ailleurs – les « cumulards » ayant plusieurs casquettes d’élus locaux et de parlementaire… essentiellement pour assurer leurs fins de mois et leur avenir politique puisqu’il n’y a toujours pas de statut de l’élu accordant un salaire correct aux élus locaux. Un maire d’une ville de 30 000 habitants ne perçoit pour cette charge que 900 € par mois !  Il n’est pas étonnant que cette disposition nouvelle du non-cumul ait effrayé les grandes fédérations du PS  (effondrement de la participation à 25% à Paris et dans les fédérations des Bouches-du-Rhône et du Pas-de-Calais notamment).

Un calendrier de refondation délicat à mettre au point
Les principes de cette refondation étant adoptés, la direction du PS va devoir  maintenant les appliquer. Cela constitue une épreuve interne majeure pour Martine Aubry presque une gageure. Car, il est évident que les prétendants plus ou moins déclarés comme François Hollande et Ségolène Royal voire même Manuel Valls, seul candidat officiel à la candidature pour l’instant, souhaiteront développer leur propre démarche  et attendront  le plus tard possible pour se lancer dans ces « primaires ouvertes ». Sans parler du candidat « potentiel », Dominique Strauss-Kahn qui est en principe à la tête du FMI jusqu’en 2014.
De même, les élus « cumulards » comme le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb ou son collègue de Dijon, François Rebsamen ne sont pas prêts à se faire hara-kiri électoral en se soumettant à un non-cumul des mandats. Il est vrai que les « locomotives » parlementaires sont souvent utiles pour permettre aux collectivités locales de se faire entendre auprès des pouvoirs publics. Par ailleurs  - curieux retournement de situation – c’est un ex-rocardien, Bernard Poignant, maire de Quimper,  qui s’oppose aux « primaires ouvertes » dans la mesure où, affirme-t-il, « c’est demander aux adhérents eux-mêmes de se déposséder d’un de leurs pouvoirs essentiel, sorte de hara-kiri électoral ! ».  
Là encore, Martine Aubry devra trancher pour savoir si le PS s’appliquera ce principe du non-cumul à lui-même quitte à se couper des ailes « électorales » ou bien si les groupes parlementaires déposeront  une proposition de loi pour faire appliquer ce principe du non-cumul à tous les autres partis politiques. Le président du groupe PS au Sénat, Jean-Pierre Bel, a mis en avant  le principe de réalité dans une interview au « Figaro » en faisant valoir qu’« il ya une opportunité pour la gauche de conquérir le Sénat en 2011 et que les sénateurs trouvent leur légitimité dans l’exercice des mandats …locaux !».

Un  coup de barre à gauche après l’exemple allemand

La refondation du PS, si elle doit intervenir,  prendra du temps mais le premier pas a été fait. Et c’est une bonne nouvelle pour Martine Aubry. Cette rénovation interne doit s’accompagner – ou être précédée, disent certains -  par une remise à plat du corpus idéologique.
Le PS français comme toute la social-démocratie européenne en perte de vitesse, est confrontée au même dilemme. Soit elle se rapproche du centre pour l’emporter – « c’est la dérive droitière » dénoncée  par les courants de  gauche internes au PS  qui ne veulent pas entendre parler d’un accord avec le Modem – ;  soit elle durcit ses positions de  gauche comme le préconisent le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, le PCF de Marie-George Buffet  et le NPA d’Oliver Besancenot avec le  risque de se laisser marginaliser dans des contre-pouvoirs et sans jamais remporter des victoires décisives aux législatives ou à la présidentielle. Voire à laisser le champ libre à des écologistes Verts qui à l’heure actuelle talonnent le PS (17% contre 21% des intentions de vote)  dans la perspective des élections régionales de mars 2010,  selon le sondage exclusif CSA pour LCP-Assemblée nationale, du 2 octobre.  
Les résultats des élections en Allemagne démontrent en tout état de cause que la cohabitation du SPD avec le CDU au sein d’une grande coalition gouvernementale  a profité essentiellement à la chancelière conservatrice Angela Merkel qui a su habilement dépouiller  à son profit l’influence  sociale-démocrate du SPD. Les sociaux-démocrates  allemands ont réalisé le plus mauvais score de leur histoire et ne peuvent plus espérer gouverner qu’en s’alliant avec la force montante « die Linke » (la gauche)  dirigée par un ancien ministre des finances  de Gerhard Schröder, Oskar Lafontaine et les ex-communistes. 
 
Des élus socialistes particulièrement combattifs contre le projet de budget …
Face à toutes ces interrogations sur le fond de la politique – le coup de barre à gauche est-il inévitable  après l’exemple allemand ? - et les préparatifs délicats des candidatures de 2012 dans un parti socialiste que l’on dit moribond,  Martine Aubry  doit se rappeler sans doute  que la meilleure défense, c’est l’attaque. C’est pourquoi, elle a tenu un discours tonique et offensif devant les parlementaires socialistes, le 1 er octobre à Toulouse. Les députés et sénateurs socialistes estiment que c’est maintenant qu’il convient d’ « être particulièrement combattifs » contre le projet de budget du gouvernement comme l’a affirmé l’ancien ministre du budget, Michel Sapin. 
Les socialistes sont d’autant plus incités à le faire que ce budget est marqué par la suppression de la taxe professionnelle qui représentait la principale ressource des collectivités locales qu’ils dirigent en majorité.  En ce qui concerne la réforme territoriale et la suppression de la taxe professionnelle promises par le gouvernement d’ici à la fin de l’année, Martine Aubry a mis la barre très haute. « Si Nicolas Sarkozy veut s’attaquer à la République des territoires, il trouvera les territoires sur son chemin et nous serons à l’avant-garde de ce combat » a-t-elle dit.

…et la défense de l’Etat-providence
En fait, tout comme certains économistes, les socialistes estiment que ce budget 2010, très « politique ». Il  aurait  pour objectif de « s’attaquer à l’Etat providence » selon l’expression utilisée par le  chroniqueur de « France-Inter »  Bernard Maris, le 2 octobre.  Concrètement, l’Etat étant endetté comme jamais il ne le fut – 140 milliards d’euros de déficit cette année – il laisserait filer le déficit, -  encore aggravé par le lancement de l’emprunt en début 2010 -   pour rendre incontournable  « une réforme structurelle » de l’Etat et des collectivités locales. D’autres auraient parlé d’un « dégraissage d’un Mammouth étatique et local», au profit des entreprises et des banques puisque le credo de Nicolas Sarkozy, répété à longueur de journées par le très médiatique ministre du budget, Eric Woerth, consiste à favoriser l’offre plutôt que la demande (contrairement aux socialistes).  Avec cet impératif absolu de  ne pas augmenter les impôts ni revenir sur les avantages fiscaux consentis avec les niches fiscales et le « paquet fiscal » du Tepa. Pourtant, force est de constater, comme l’a fait l’ancien leader socialiste, François Hollande, le 1 er octobre sur la chaîne parlementaire Public Sénat  que « les emprunts d’aujourd’hui ( pour combler le déficit et préparer les objectifs d’avenir) sont les impôts de demain ».
L’Etat qui se pare des vertus de l’efficacité – les prêts de l’Etat aux banques ont été une « bonne affaire pour la France puisque les banques vont bien, le crédit repart et en même temps on gagne de l’argent » a assuré ainsi Eric Woerth, le 2 octobre sur France-Inter ,  veut imposer sa méthode de RGPP (révision générale des politiques publiques) aux collectivités locales dirigées en majorité par des socialistes.  Ces deniers estiment que mettre à la diète financière les collectivités territoriales  et leur couper les ailes de l’autonomie financière en  revenant sur les clauses de compétence générale qui permet aux collectivités locales d’aider les projets, est totalement contre-productif.
Ces collectivités locales représentent en effet les trois quarts des investissements publics et distribuent les aides sociales comme le RSA particulièrement utiles en cette période de chômage intensif  mais aussi aux entreprises en difficulté et  voire même à  certaines catégories comme les producteurs de lait. C’est cet « Etat providence » à travers les collectivités locales bientôt exsangues qui risque de disparaître, affirment les socialistes.

Un terrain commun du NPA au PS sur le statut de la Poste
Leur engagement dans la  défense des services publics se révèle efficace y compris politiquement pour eux  puisque  la votation populaire sur le statut de la Poste  dont le point d’orgue est fixé au 3 octobre  rassemble actuellement l’ensemble de la gauche du NPA au PS sur un terrain de lutte commun.
Une session parlementaire particulièrement vive, une grande campagne à venir pour la défense des services publics et  de l’Etat-providence, un parti socialistes qui a mis le doigt dans une démarche de rénovation indispensable : le PS n’a pas dit son dernier mot,  ni rendu son dernier souffle dans une  vie politique toujours mouvante et alors que Nicolas Sarkozy et François Fillon continuent à présenter des cotes de popularité négatives : 57% pour le chef de l’Etat et 55% pour le premier ministre au dernier baromètre mensuel TNS Sofres/ Logica pour le « Figaro Magazine ».


 
bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques


Le blog du congrès :
http://www.congres-adf-2009.fr/
 
 

 

© Horizons Politiques

Retour
au fait politique du jour