La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 8 septembre 2009


Le « big » bazar de la rentrée politique :

- Les « couacs » se multiplient au gouvernement
et avec l’Elysée avant le bouclage du budget 2010


- Avec son « offre publique de dialogue »,
François Bayrou relance le débat interne
sur les alliances à gauche

Cette rentrée politique  et sociale va être particulièrement délicate pour le président Nicolas Sarkozy qui risque une « giscardisation » de la deuxième moitié de son quinquennat.  Tous les ingrédients sont en place. La crise économique mondiale dont il n’est pas responsable a lourdement dévalué les promesses du candidat Sarkozy, tout comme la crise pétrolière de 1973 avait saboté le septennat économique et social de Valéry Giscard d’Estaing. Force est de constater que pratiquement tous les thèmes de campagne de Nicolas Sarkozy sont obsolètes à commencer par le fameux « travailler plus pour gagner plus ». Pire encore, le bilan en matière de sécurité, l’un des points forts sociétal du sarkozyisme, est  battu en brèche avec la montée des atteintes aux personnes.
La pratique de l’hyper-présidentialisation, acceptée voire théorisée par François Fillon se retourne contre son premier laudateur et concepteur qui en paie les frais. Peut-on envisager plus cruelle démenti que celui apporté par le chef de l’Etat aux affirmations de son premier ministre à propos de la taxe carbone. Qui plus est, ce désaveu patent élyséen a été confié et révélé par …la dirigeante des Verts, parti  qui se situe dans l’opposition. 
On comprend que Matignon en soit réduit à démentir des rumeurs d’une possible candidature de François Fillon à la présidence de la Commission européenne en cas d’échec de Juan Manuel Barroso  dans sa tentative d’investiture par le parlement européen.

Les réalités économiques et sociales
pèsent plus lourd que les promesses

A force de vouloir tout concentrer entre ses mains, le chef de l’Etat prend des risques  politiques personnels énormes au fur et à mesure que les arbitrages deviennent de plus en plus urgents et douloureux. La taxe carbone en est un exemple. Bien préparée et expliquée, cette mesure consensuelle et innovante aurait pu passer dans l’opinion.  Mal ficelée – à 14 € la tonne de CO2 elle est bradée et à 32 € elle se « rocardise » ou socialise ! – elle irrite une majorité de français et dresse contre elle aussi bien à gauche qu’à droite. Nicolas Sarkozy va devoir faire preuve de beaucoup de persuasion pour faire adopter ce changement radical dans la conception de notre fiscalité, car il est placé à contre-courant de l’opinion comme le fut en son temps le président Giscard d’Estaing.
De même, les coups de boutoirs financiers venus de l’Elysée avec  la suppression de la taxe professionnelle applicable dès 2010 alors que  les déficits du budget et les dépenses sociales deviennent colossaux  rendent la mise au point des budgets comparable à  la quadrature du cercle pour le ministre du budget,  Eric Woerth.
Si sur le premier sujet , seuls quelques spécialistes se hasardent à faire des pronostics, en revanche sur le second – le remède préconisé étant l’augmentation du forfaits hospitaliers et la baisse des remboursements de certains médicaments de grande consommation – donne lieu à des avis divers allant de l’aveu complet  du ministre du travail Xavier Darcos aux démentis timides cherchant à gagner du temps, sans cette fois-ci que l’hôte de Matignon donne sa version. Le tout sera réglé par le président lui-même avant le 30 septembre, date limite pour un examen serein du budget par le parlement à l’automne.
Bref, c’est le big bazar au gouvernement.  Ce qui est  compréhensible puisque les « conseillers » placés sou la férule du secrétaire général Claude Guéant en savent plus que les ministres eux-mêmes. Ce qui paraît être le cas d’Henri Guaino sur le futur emprunt national qui, aux dernières nouvelles données par la « plume » du Président au campus de l’UMP à Seignosse,  se déroulerait sur plusieurs années et en plusieurs tranches - avec un démarrage » de 20 à 30 milliards et non 90 - et pas forcément auprès des particuliers.  
Le bazar peut venir aussi entre l’Elysée et le groupe parlementaire UMP. Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé joue sa petite musique suer le thème de l’hyper parlement face à l’hyper-Président. Les applaudissements nourris qui ont accueilli le député-maire de Meaux aux journées UMP de Seignosse sonnaient comme un avertissement pour le secrétaire général de la formation présidentielle, Xavier Bertrand qui a eu du mal à cacher  son irritation. Ces deux-là, c’est notoire, rivalisent déjà  pour 2017.

Le risque de  « giscardisation » de Nicolas Sarkozy
Le président de la République ayant abandonné sous l’influence sa nouvelle épouse Carla Bruni, son costume  « bling bling » pour endosser le costume présidentiel plus classique et traditionnel se voit confronté à des dossiers épineux. Comme celui de l’affaire Clearstream où il apparaît comme le plaignant face à son ex-rival chiraquien, Dominique de Villepin. On  assiste à deux semaines du procès à un déballage quasi public entre » les deux principaux protagonistes
Durant son voyage au Brésil, le chef de l’Etat, partie civile au procès Clearstream veut débarrasser notre pays de toutes les « combines ». A cela l’ancien Premier ministre chiraquien fait répondre que si combine il y a « c’est une justice et une presse aux ordres du pouvoir ».
Il n’est pas certain que le moment soit propice au déballage de linge sale au plus haut sommet de l’Etat qui laisse toujours des traces. Valéry Giscard d’Estaing en a payé lourdement le prix en son temps en 1981 avec la vengeance froide des chiraquiens qui lui ont fait défaut pour sa réélection à l’Elysée.
Que ce soit en matière économique et sociale ou pour ses propres projets d’avenir, Nicolas Sarkozy  risque de manquer d’oxygène politique. Ce ne sont pas les ralliements de Philippe de Villiers et Frédéric Nihous au comité de liaison de la majorité présidentielle  qui lui en apporteront beaucoup.
La seule satisfaction que le camp de la droite peut avoir après ce week-end de positionnement politique tiendrait au fait, comme le dit le subtil ministre de la Relance, Patrick Devedjian que « François Bayrou est en train de mettre le bazar à gauche ». Ce qui  le non moins avisé, Jean-François Copé confirme : « la gauche va avoir Bayrou plein pot. Je leur souhaite bonne chance ! » a-t-il dit.

François Bayrou confirme son « OPA » sur le PS
De fait, avec sa proposition d’ « offre publique de dialogue » notamment avec la gauche faite le 6 septembre, le président du Modem se remet en selle en lançant une véritable OPA sur le PS. Certains ont déjà donné leur accord à son idée de « parlement » de l’alternance qui pourrait réunir les partis de gauche mais aussi les syndicats et les associations pour discuter et faire apparaître les points de convergences et les divergences entre ceux qui veulent le changement et refusent au pouvoir actuel de durer dix ans .Jean-Pierre Chevènement au nom de son positionnement de 2002 « ni droite ni gauche » est d’accord. Daniel Cohn-Bendit pour Europe Ecologie aussi,  tout comme les radicaux de gauche ou bien encore Manuel Valls, député-maire socialiste d’Evry, lui-même candidat à la primaire socialiste pour 2012 qui s’est déclaré d’accord pour dialoguer  avec le Modem afin de « bâtir un contrat présidentiel de quinquennat ». Vincent Peillon qui avait invité, il y a peu de temps, la « numéro deux » du Modem à Marseille  à dialoguer avec Robert Hue souhaite également ce rassemblement de tous les hommes et femmes de gauche, du centre et autres républicains.
Les « caciques » du PS sur la ligne de Martine Aubry sont plus prudents et ne se satisfont pas de l’anti-sarkoyisme de François Bayrou. Ils lui demandent de concrétiser son changement de cap. « C’est à lui de faire son choix »,  disent-ils.
Les socialistes n’ont pas trop d’illusion à se faire. Il est hors de question que François Bayrou renonce à se présenter en 2012  et il refuse de prendre l’engagement de ne pas se présenter au premier tour de la prochaine élection présidentielle  « si cela pouvait permettre de faire battre Sarkozy en 2012 ». De même, le Modem présentera des listes au premier tour partout aux régionales. Mais il est probable que les consignes nationales du Modem  – contrairement à ce qui s’était produit aux dernières élections municipales – seront clairement orientées cerfs les listes d’opposition et non plus « tous azimuts » comme ce fut cas au cours des derniers scrutins. Position qui a été mal comprise, selon l’aveu du président du Modem lui-même.
Pour espérer peser sur le futur rassemblement d’alternance, François Bayrou doit d’abord démonter le poids électoral du Modem, cet objet politique mal identifié selon le porte-parole du PS, Benoît Hamon. Dans un premier temps, aux régionales, le parti de François Bayrou devra donc prendre l’engagement de se désister au second tour des régionales pour la formation de gauche la mieux placée. Il n’est pas certains que  les électeurs du Modem accepteront cette mise sous tutelle électorale du PS alors que leurs anciens amis du Nouveau centre, restés fidèles à la droite, revendiquent le droit  de reprendre à leur compte le sigle désormais désuet de l’UDF.

La gauche divisée sur l’attitude à adopter vis-à-vis du Modem
Les socialistes eux-mêmes  sont en pleine réflexion pour rebondir. Les annonces de Martine Aubry sur l’organisation de primaires et le non cumul des mandats qui seront soumises le 1er octobre aux militants socialistes ne sont pas de nature à le faire sortir de la nasse où il est prisonnier depuis l’échec de Lionel  Jospin en 2002.
Les « primaires » ne s’appliqueront pas aux partenaires de gauche – Verts, Communistes et Front de gauche, NPA de Besancenot – qui veulent tous présenter leurs options au premier tour de la présidentielle. Quant au non cumul des mandats, il s’appliquerait au mieux au fur et à mesure des élections comme le souhaite à titre personnel, le président de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains (FNSER), Claudy Lebreton.
Les socialistes comme les autres partenaires de l’alternance possible allant du Centre progressiste de François Bayrou au Front de gauche de Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon voire aux extrêmes du Nouveau parti anti-capitaliste de Besancenot ne peuvent espérer l’emporter que s’ils parviennent à présenter aux français des propositions crédibles. Ils ont un an pour le faire mais le clivage va se marquer  entre ceux qui veulent dialogue avec le Modem et ceux qui ne le veulent pas, la gauche sociale libérale et la gauche anti-capitaliste.
C’est pourquoi, cette rentrée politique est  incertaine. Comme la situation économique et sociale, voire les risques de pandémie de la grippe H1 N1,  elle est mouvante, un rien chaotique voire imprévisible.  Ne vient-on pas d’apprendre que la réforme « urgente » des collectivités locales qui devait intervenir cette année pour réduire de moitié les élus départementaux et régionaux ne serait pas examinée avant les régionales de l’an prochain. Nicolas Sarkozy en avait  fait l’un des axes essentiels de la réforme de l’Etat. Il avait pris l’engagement de la faire dès cette année. Il y renonce. Entre Giscardisation ou  Chiraquisation ? c’est selon... mais ce n’est pas très probant pour Nicolas Sarkozy et sa majorité présidentielle après deux ans de pouvoir sans partage et d’hyper présidentialisation.


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques


 

 
 

 

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