Le fait nouveau de la rentrée sera venu du parti socialiste que l’on disait moribond sinon mortel ou sur le point de disparaître. Il a fallu un week-end parfaitement planifié par Martine Aubry à La Rochelle pour que le rose revienne aux joues des militants socialistes. La maire de Lille n’a pas fait dans la dentelle. A l’ouverture des journées d’études de La Rochelle, elle a accepté le principe des « primaires » réclamé par les quadras socialistes – de Montebourg à Valls-. Et, en clôture, elle a prononcé un discours mobilisateur bien ancré à gauche pour regonfler les troupes socialistes.
Le tout a été parfaitement préparé et exécuté part la petite « équipe » autour de Martine Aubry. Il reste maintenant à mettre en musique ces promesses de changements radicaux en matière de fonctionnement, d’alliances et de programme. Beaucoup s’y sont brûlé les doigts à commencer par Michel Rocard, l’homme de la « deuxième gauche », qui lui aussi avait proposé ans les années quatre-vingts dix, un bing bang qui ne fut en réalité qu’un pétard mouillé, faute de doigté et d’habileté politiques suffisants de sa part.
Un risque d’ « américanisation » du PS ?
Martine Aubry, elle vient de le démontrer, connaît bien la musique socialiste. Mais, la mutation qu’elle a accepté d’ouvrir comporte bien des embûches et des contradictions. Les « primaires » entre les candidats déclarés par exemple peuvent aussi bien amorcer un tournant décisif vers une « américanisation » de notre vie politique où c’est - le ou la meilleure - qui l’emporte pour appliquer une ligne politique non pas définie démocratiquement par les militants mais par des groupes de réflexion ( les fameux « think thanks ») qui cherchent le meilleur produit de marketing politique.
Pour que les « primaires » soient efficaces et démocratiques, il faudrait que la ligne politique du candidat de gauche soit définie à 80% par les instances démocratiques du PS et que les 20% restant soient laissés à la libre initiative de chaque candidat.
Les candidats aux primaires seront-ils entraînés dans des luttes personnelles et « fratricides » à l’exemple fameux– « lui, c’est lui et moi, c’est moi » de Laurent Fabius face au président Mitterrand – ou bien accepteront-ils de jouer le jeu collectif du parti et de son programme « New Deal » voulu par Martine Aubry même si certains d’entre eux habitent actuellement à des milliers de kilomètres de la métropole comme Dominique Strauss-Kahn ?
Le test du cumul des mandats
Ce qui est certain, en revanche, c’est la nécessité pour Martine Aubry de faire preuve de fermeté. Le premier test sera celui du cumul des mandats. On sait que les « barons » comme François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon ou François Hollande, député et président du conseil général de Corrèze n’entendent pas passer sous la toise du mandat unique. D’autres comme Ségolène Royal, la présidente de la région Poitou-Charentes ou Claudy Lebreton, président du conseil général des Côtes d’Armor (également président de la fédération national des élus socialistes et républicains) sont d’accord pour appliquer dès maintenant ou au fur à mesure des élections, le principe de ce non cumul.
Martine Aubry aurait tort de céder aux sirènes des « cumulards » jeunes ou vieux. Sur les 185 députés, 80 cumulent leur mandat avec un exécutif local et 43 le font également sur les 99 sénateurs socialistes. Elle joue là, la crédibilité de son projet de rénovation du PS. Il ne fait pas de doute que les militants sont favorables à l’application immédiate du principe du non cumul qui doit donner leurs chances aux jeunes et aussi aux représentants de la diversité.
Claudy Lebreton en présentant au cours d’une conférence de presse, le 1er septembre, le programme du congrès des départements de France (ADF) qui se tiendra les 22 et 23 septembre a même avancé l’idée que les élections en 2014 des conseillers territoriaux (qui remplaceront les conseillers généraux et régionaux) soient également ouvertes aux étrangers résidant sur notre sol.
La question des alliances avec les centristes du Modem pose aussi de sérieux problèmes. Le spectre de la dérive à l’italienne – il n’existe plus de partis de gauche en Italie - et de la déconfiture du SPD enlisé outre-Rhin, enlisés dans la grande coalition d’Angela Merkel – donnent à réfléchir aux socialistes sur le bien fondé de ces alliances « arc en ciel » allant du centre au PCF. Là encore, la formule d’une gauche moderne animée par le PS ne sera facile à trouver, d’autan que François Bayrou n’aliénera jamais la possibilité de se présenter à la présidentielle de 2012.
La « belle promesse » de rénovation du PS à La Rochelle peut s’arrêter net sur une déconfiture – peu probable cependant - des socialistes aux régionales ou se fortifier au point de recréer une dynamique que tout le monde attend à gauche depuis… 2002.
Nicolas Sarkozy bétonne la droite
Face à ce regain de l’opposition, Nicolas Sarkozy a tendance à bétonner… pour préparer l’avenir. Il est en train d’utiliser la méthode de son collègue italien, Silvio Berlusconi qui est parvenu à unifier la droite italienne au point de la rendre quasiment incontournable. L’entrée sans tambour ni trompette de Philippe de Villiers et des Chasseurs au sein de comité de liaison de la majorité va dans ce sens.
Mais pour le chef de l’Etat qui a terminé sa période d’intense activité, les dossiers sont particulièrement lourds. La crise économique et sociale qui pèse sur nos finances publiques et sur le moral des Français pèse d’un poids considérable.
C’est pourquoi, les engagements sur la moralisation du capitalisme pris en commun avec Angela Merkel pour briser les vieilles habitudes anglo-saxonnes qui ont tendance à perdurer même sous Barack Obama devront toutefois se concrétiser au prochain sommet du G 20 de Pittsburgh aux Etats-Unis, faute de décevoir grandement les opinions publiques surtout européennes.
Dans l’Hexagone, les coups de boutoirs promis – réforme de l’Etat, suppression de la taxe professionnelle, instauration d’une contribution énergie-climat – sont autant de promesses très complexes à réaliser techniquement. Jusqu’à présent, c’est l’Etat qui a mis la main à la poche Mais aujourd’hui, nos comptes publics déficitaires ne peuvent plus rien compenser. D’où les réductions probables d’investissements publics, programmés au niveau de l’Etat avec la diminution des fonctionnaires et que vont s’imposer les collectivités locales par manque de recettes (la durée moyenne d’endettement des départements est passée de trois à sept ans, selon le président de l’Association des Départements de France).
Du courage pour des grands travaux
Il va falloir une bonne dose de courage au premier ministre pour juguler les motifs de grogne qui ne vont pas manquer de se faire jour chez les parlementaires y compris dans la majorité comme cela vient d’être constaté sur le projet de la taxe carbone.
Derrière cette séquence des grands travaux de la rénovation du PS et de l’exécutif avec la réforme de l’Etat mais aussi le renforcement de la sécurité, la sauvegarde des systèmes sociaux, la recherche d’une croissance verte, la modernisation de l’enseignement et de la formation etc., le verdict des régionales pèsera lourd.
C’est à ce moment que l’on pourra constater si l’hirondelle de La Rochelle peut permettre d’entrevoir le printemps du renouveau socialiste à gauche et si les efforts du président de la République et son volontarisme politique sont toujours aussi primordiaux pour les succès électoraux de la droite unie.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|