La mise en place du gouvernement Fillon IV à forte dominante UMP aura entrainé une série de couacs inattendus au cours de ces deux journées d'installation. Alors que les milieux bien informés par l’Elysée parlaient d'un simple réaménagement technique, c’est un véritable remaniement (huit entrants et huit sortants) qui a été annoncé par le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, dès le 23 mars au soir alors qu’il avait été annoncé que le nouveau gouvernement serait seulement connu… le 24 au matin.
Cette accélération est en partie la conséquence de la bévue du nouveau titulaire du ministère de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui contrairement à tous les usages républicains avait annoncé depuis Rome, sa nomination à la place de Valois. Avec la franchise qui fait une partie de son charme, le neveu de l’ancien président de la République a regretté lors de la passation de pouvoirs avec la ministre sortante Christine Albanel « la discourtoisie que cela représentait vis-à-vis d’elle » mais en ajoutant qu’il « ne fallait pas en faire tout un plat ». Mais il s’agit bel et bien d’une entorse « à un usage républicain" comme il l’a reconnu lui-même.
Changement ou réajustement du gouvernement …
Autre « couac » plus politique celui-là, c’est produit au cours la séance des questions d’actualité du 24 juin à laquelle participaient pour la première fois, les nouveaux membres du gouvernement. Interrogé par le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault (réélu la veille à l’unanimité à la tête de son groupe par les députés socialistes) qui lui demandait de présenter devant le parlement une déclaration de politique générale et d’engager la responsabilité du nouveau gouvernement remanié, François Fillon, en voulant citer Lionel Jospin a fait un lapsus significatif. Alors que l’opposition (de droite à l’époque) lui avait posé la même question en 2002, Lionel Jospin avait répondu : « il y a un changement de gouvernement… » et constatant rapidement son erreur dans la démonstration, le Premier ministre s’est vite repris au grand dam des députés d’opposition : « il n’y a pas de changement de gouvernement mais un changement dans le gouvernement !... »
De fait, il est difficile encore de savoir précisément si le gouvernement Fillon IV auquel le président de la République a demandé de faire preuve « d’audace réformatrice » lors de sa première réunion à l’Elysée le 24 juin est bien le gouvernement qui va conduire la nouvelle phase politique du quinquennat jusqu’en 2012 ou s’il s’agit d’un réaménagement en attendant le test des élections régionales de 2010 qui fixera les données politiques réelles à deux ans de l’échéance présidentielle.
A priori, et en dépit des données chiffrées – huit sortants et huit entrants –il s’agit plutôt d’un réajustement qui a pris de l’ampleur en raison de l’exfiltration du ministère de l’Intérieur, voulue par le chef de l’Etat, de, Michèle Alliot-Marie. Cette dernière devient ministre d’Etat avec Jean-Louis Borloo, « numéro deux »). La poste ministériel de la place Beauvau qui se voit confié à Brice Hortefeux, l’ami de « trente trois ans », qui devrait jouer être auprès de l’actuel chef de l’Etat le rôle que tinrent avant lui Michel Poniatowski auprès de Valéry Giscard d’Estaing et Charles Pasqua au premier temps de la présidence de Jacques Chirac.
Hortefeux à l’Intérieur et les « Bercy » restent en place
Il convient de souligner que les ministres de Bercy, ceux qui détiennent le cordon de la Bourse, restent en place avec en tète le duo Christine Lagarde (Economie, Industrie et Emploi) et Eric Woerth (Budget, comptes publics, Fonction publique et Réforme de l’Etat). Vient s’ajouter à eux, Christian Estrosi qui a la surprise générale obtient un maroquin plein à l’Industrie alors qu’il rêvait de l’Intérieur.
Xavier Darcos qui souhaitait quitter le ministère de l’Education nationale reçoit un portefeuille à nouveau très délicat celui du travail et des relations sociales, Famille et Solidarité où son prédécesseur, Brice Hortefeux n’avait pas convaincu même s’il avait lancé, ces dernières semaines quelques brûlots comme la retraite à 67 ans.
Deux promotions de « quadras » méritent de retenir l’attention. Luc Chatel devient ministre de l’Education tout en conservant ses fonctions de porte-parole du gouvernement et Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin s’installe rue de varenne au ministère de l’Alimentation, de l’agriculture et de la pêche.
Frédéric Mitterrand, une « bonne prise » médiatique mais pas politique
Il convient de mettre à part, la « bonne prise » que constitue pour le chef de l’Etat – il se dit que c’est son épouse Carla Bruni-Sarkozy qui le lui a soufflé – l’entrée de Frédéric Mitterrand, le neveu d l’ancien président de la République, socialiste, au ministère de la Culture. « Captation sémantique » pour l’ancien ministre socialiste, Pierre Moscovici, l’entrée de l’écrivain, cinéaste et homme de télévision. C’est un homme de paillettes, amateur de grands évènements – le nouveau Jack Lang de droite ? - qui succède à la trop effacée Christine Albanel.
Le beau-frère de l’ancien président, Roger Hanin approuve ce choix courageux de la part de Frédéric Mitterrand. « Je ne vois pas en quoi cela peut être déshonorant d’être ministre de la Culture de Sarkozy, moi je vote pour lui et je suis communiste en plus. Jack Lang était un grande ministre de la Culture, ajoute le "Navarro" national, il aurait pu l’être à nouveau, mais je crois que Frédéric va devenir un grand ministre de la Culture. Il va innover, il va vouloir laisser une trace. Vous verrez, il fera des choses, très, très belles », a confié Roger Hanin, le 24 juin sur RTL.
Les socialistes se sont empressés à la suite de Martine Aubry de rappeler que Frédéric Mitterrand « n’a jamais été socialiste ». De fait, il s’est inscrit aux radicaux de gauche avant de voter pour Jacques Chirac en 1995. Est- ce davantage l’homme de médias qui a intéressé Nicolas Sarkozy plutôt que la symbolique du nom de Mitterrand » s’interroge Dominique Bertinotti, mandataire des écrits élyséens de François Mitterrand ? Sans doute les deux. Car, à la séance des questions d’actualité, le secrétaire d’Etat au commerce, Hervé Novelli qui répondait à une question a fait allusion à « M. Mitterrand »… l’ancien président, a-t-il précisé, soulevant les rires parmi les députés. Bref, si Frédéric Mitterrand séduit les artistes, le plus souvent considéré de gauche mais en froid avec le PS depuis la loi Hadopi, le neveu de l’ancien président socialiste pourrait faire mal à la gauche.
Chatel et Le Maire promus et l’arrivée d’un jeune loup
Deux promotions de « quadras » méritent de retenir l’attention. Luc Chatel devient ministre de l’Education tout en conservant ses fonctions de porte-parole du gouvernement et Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin s’installe rue de Varenne au ministère de l’Alimentation, de l’agriculture et de la pêche.
A noter aussi l’entrée au poste de secrétaire d’Etat au Logement et à l’Urbanisme, d’un jeune loup actif et ambitieux, âgé de trente neuf ans, Benoist Apparu, élu député en 2007 dans la circonscription de son mentor, Bruno Bourg Broc qui a été repéré par la président du groupe Jean-François Copé qui l’a propulsé rapporteur de l’un des premières lois emblématiques du quinquennat, celle sur l’autonomie des universités. Son entée au gouvernement libère sa place à Bruno Bourg Broc maire de Châlons-en-Champagne qui retrouvera un siège à l’Assemblée nationale où il a été &élu pour la première fois en 1982.
Deux sénateurs aguerris entrent au gouvernement : une « première »
Deux présidents de groupe du Sénat font leur entrée au gouvernement, une « première « dont s’est félicité le président de la Haute Chambre, Gérard Larcher,
Michel Mercier, président du groupe de l’Union centriste - dont l’appui avait permis le vote de la réforme constitutionnelle en 2008 - un ami de longue date de François Bayrou nommé ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire s’est immédiatement mis en congé de parti et a donné sa démission de son poste de trésorier du Modem. Le président du conseil général du Rhône a avait pris es distances avec le président du Modem depuis les municipales de 2008 où il avait souhaité appeler à faire voter à droite alors que François Bayrou avait donné son accord à une liste autonome du Modem.
Henri de Raincourt, président du groupe UMP du Sénat qui devient ministre chargé auprès du premier ministre, des relations avec le parlement fait partie d’une famille qui a fait élire des représentants au Sénat depuis quatre générations. Ancien président du conseil général de l’Yonne, il connait fort bien les données administratives locales et sera particulièrement utile au moment du vote de la loi sur la réforme territoriale à l’automne dont le Sénat se saisira en premier lieu.
Parmi les changements de structures, on notera la disparition de deux secrétariats d’Etat : celui des Droits de l’Homme de Rama Yade, promue aux sports – « c’est l’un des plus beaux portefeuilles en prise directe avec 65 millions de Français et avec un budget autonome de 300 millions d’euros » a confié l’intéressée sur Europe1 et – signe des temps – celui de la Fonction publique, ce secteur revenant au ministre… du budget, Eric Woerth. A noter que si André Santini souhaite retrouver son fauteuil de député, son suppléant, le très médiatique et controversé Frédéric Lefebvre qui lui a succédé, devrait en principe lui laisser sa place.
Quelle signification faut-il donner à remaniement : la prolongation d’une équipe remaniée qui devra laisser la place y compris celle du premier ministre en 2010 après les élections régionales – c’est la thèse défendue par l’ancien premier ministre, Dominique de Villepin devant la journalistes parlementaires, le 24 juin – ou bien une équipe de choc recentrée sur l’UMP, susceptible de rester jusqu’au bout si la situation économique s’améliore et parvient à remporter aux élections régionales de l’an prochain une victoire aussi inattendue que delle des européennes ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Le premier ministre a précisé au lendemain de ‘annonce du nouveau gouvernement Fillon IV qu’il n’entendait pas « changer de politique » en période de crise. Il s’agit pour lui, en fonction de la feuille de route présidentielle définie le 22 juin à Versailles par le chef de l'Etat d’amplifier l’effort de relance ; de mettre en ouvre intégralement le « Grenelle de l’environnement » et une nouvelle croissance verte ; de poursuivre les réformes »s de structures avec l’organisation territoriale et la réforme de la fiscalité locale et de lutter contre les déficits publics.
Dominique de Villepin dubitatif sur l’emprunt « plébiscitaire »
C’est sur ce thème que, quelques heures plus tôt, son prédécesseur à Matignon, Dominique de Villepin avait choisi de mettre l’accent en critiquant implicitement l’action du chef de l’Etat e de son premier ministre. Dominique de Villepin a confié aux journalistes parlementaires qu’il aurait souhaité que Nicolas Sarkozy accélère le changement qui interviendra, selon lui après les élections régionales y compris pour l’hôte actuel de Matignon. Il attendait un « acte II, un deuxième souffle « qui n’est pas apparue. Plus encore, l’ancien premier ministre, s’appuyant sur les déclarations faites la veille par le président de la Cour des Comptes, Philippe Séguin, a émis des doutes sur la pertinence du grand emprunt annoncé le 22 juin par Nicolas Sarkozy à la tribune du congrès de Versailles. «Il faut en apprécier les avantages et les inconvénients » a-t-il dit en reconnaissant de façon quelque peu perfide que la méthode de l’emprunt national peut être utilisé par le pouvoir comme « un électro-choc » et même avoir une « vocation plébiscitaire » !
Pour l’ancien premier ministre qui s’est félicité de voir Nicolas Sarkozy venir sur le thème qui lui est cher, celui du « modèle social français » dont j’ai toujours été partisan, a-t-il souligné , il convient de faire régulièrement des bilans , des « rapports d’étape trimestriels » pour savoir où nous en sommes car, selon lui, la situation au regard de la dette place notre pays en dessous de la moyenne de nos partenaires européens et nous donner des « marges de manœuvres » y compris par l’augmentation des prélèvements obligatoires. En clair, au lendemain du discours programme de Nicolas Sarkozy et de la nomination du nouveau gouvernement, Dominique de Villepin reste plus que jamais critique en jouant l’ « alternance » au sein de la majorité actuelle.
Le PS constate la fin de l’ouverture
Face à cette charge au sabre, les protestations socialistes apparaissent relativement ternes. Plusieurs communiqués du PS critiquent « l’absence de toute référence aux personnes en situation de handicap dans le nouveau gouvernement » ou bien encore s’interroge sur le fait que le ministère de la Culture – va être « ratiboisé » et que le nouveau ministre de la Culture « doit d’urgence revenir sur ces décisions sous peine de n’être qu’un ministre virtuel, sans administration et sans moyens pour réagir".
Mis à part Michel Sapin, membre de la direction du PS pour qui « l’ouverture, c’est fini, même si on essaie de jouer sur les noms de famille », allusion au patronyme de Frédéric Mitterrand, une fois encore, la riposte des socialistes ne paraît pas à la hauteur.
Ce qu’en privé – et c’est un comble –, Dominique de Villepin regrettait car il se trouve un peu seul dans ses critiques et souhaiterait, comme l’ensemble des porte-parole de la majorité présidentielle, que les socialistes jouent vraiment leur rôle d’opposants. Peut-être prochainement avec le dépôt d’une motion de censure. A voir.

Le directeur de la Lettre Horizons
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