Tout a été dit sur les raisons de la défaite cuisante du PS aux élections européennes du 7 juin. D’abord la perte de crédibilité de la social-démocratie européenne face à la crise qui s’est traduite notamment par le plus mauvais score jamais enregistré par le parti travailliste anglais de toute son histoire (15,3%). Tous les partis socialistes et sociaux démocrates européens ont été touchés à l’exception de la Grèce, la Slovaquie et… Malte.
Les principales victimes se trouvent en Allemagne avec un score historiquement bas du SPD à trois mois des prochaines élections législatives (20,8%) soit presque la moitié du score de la CDU-CSU d’Angela Merkel (37,9%) ; en Espagne où le premier ministre José Luiz Rodriguez Zapatero (38,5%) est devancé par le parti populaire de droite qui a obtenu 42,2% des voix ou encore en Italie. Silvio Berlusconi, pourtant affaibli par ses frasques personnelles qui ont tourné au scandale a rassemblé 35,3% contre seulement 26,1% au Parti démocrate.
Face à la crise économique brutale qui fait payer un lourd tribut à la classe ouvrière, les recettes traditionnelles de la social-démocratie avec la recherche constante de compromis entre le capital et le travail à travers la mise en œuvre d’une économie sociale de marché ne sont plus reconnues comme efficaces. La mondialisation contribue à dévaluer les valeurs et les acquis dans les domaines tels que protection sociale ou l’intéressement aux bénéfices des entreprises.
Bref, les recettes du « Manifesto », premier programme commun des vingt-sept partis socialistes et sociaux-démocrates européens, préconisant la mise en place progressive de salaires minimum et le lancement d’un grand emprunt de 100 milliards d’euros, n’ont pas convaincu les électeurs européens. L’ancienne querelle entre « révolutionnaires » et « réformistes » est dépassée. Il faut construire une « social-écologie » comme le propose le secrétaire national du PS, Guillaume Bachelay, proche de Laurent Fabius dans un article publié dans Le Monde daté du 12 juin.
Le contexte européen pour le PS français n’était pas porteur. Les socialistes n’ont réalisé que 16,48% des voix laissant filer une partie de leurs troupes vers le conglomérat vert, « Europe-Ecologie » dirigé de main de maître par Daniel Cohn-Bendit qui a recueilli 16,2% et obtenu le même nombre – 14 – d’eurodéputés. Le constat est d’autant plus sévère que près de 80% des jeunes électeurs ne se sont pas déplacés pour aller voter et que les électeurs provenant de la classe ouvrière ont également traîné les pieds.
Martine Aubry est placée le dos au mur
Inutile de rappeler que la campagne du PS de Martine Aubry a été tout à fait morne voire calamiteuse. Avec une entame contre José Manuel Barroso, le président sortant de la Commission de Bruxelles que personne ou presque ne connaît ! Une mise en route « nationale » fondée sur un anti-sarkozysme jugé « primaire ». Une absence de propositions concrètes sur l’Europe sauf celles classiques de la social-démocratie contenues dans le « Manifesto » du PS européen (que personne n’a eu le temps ou l’envie de lire) alors que les droites européennes se sont montrées réactives et ont fait des politiques aux apparences de gauche face à la crise !
A cela il faut ajouter, l’absence manifeste - à une exception près celle du meeting de Rézé avec martine Aubry en Loire-Atlantique - de Ségolène Royal ainsi que de nombre de parlementaires et d’élus socialistes qui ont jugé avoir été mis à l’écart de la conduite de cette campagne monopolisée, affirment certains, par le petit clan des proches de Martine Aubry. Tout cela a abouti à ce que de nombreux électeurs socialistes s’abstiennent ou votent « vert ».
Certes, le score du PS en 2009 n’est apparemment pas aussi calamiteux que celui de Michel Rocard en 1994 (14,49% mais c’est uniquement, comme le relève le journal « Le Monde » daté du 11 juin grâce à… l’abstention. Car avec le même nombre de votants qu’en 1994, le PS aurait obtenu 13,8% des voix. Et au final, il dispose d’un eurodéputé de moins qu’il y a quinze ans dans la nouvelle Assemblée de Strasbourg (14 au lieu de 15) ! Il y a donc péril en la demeure.
« C’est notre dernière station d’essence avant le désert » (Arnaud Montebourg) « le PS peut très bien disparaître » renchérit Aurélie Filippeti ; « le PS parle une langue morte » s’exclame encore Manuel Valls : les ultimes avertissements pleuvent de toutes part notamment chez les quadras du PS contre une disparition pure et simple du PS.
De fait, depuis la déroute de 2002 et l’élimination de Lionel Jospin du deuxième tour de l’élection présidentielle remportée par Jacques Chirac, toutes les occasions de rénover le parti socialiste ont été manquées. Le débat sur l’Europe en 2005 a brouillé le message du PS.
La défaite de Ségolène Royal en 2007 a exacerbé une guerre des courants pour le pouvoir et le congrès de Reims a accordé une victoire par défaut à Martine Aubry. Jusqu’à présent, les « royalistes » et les partisans de Martine Aubry se regardaient en chiens de faïence. Le désastre du 7 juin oblige les uns et les autres à faire des gestes significatifs.
Une refondation profonde du PS en six mois
Le jour même de la réunion du Conseil national du PS, Martine Aubry a effectué une démarche symbolique pour aller rencontrer Ségolène Royal dans ses locaux du boulevard Raspail à Paris au cours d’un « tête à tête ». La présidente de la région Poitou-Charentes a dit qu’elle serait présente auprès de Martine Aubry « quand il le faudra » et en retour elle a obtenu de représenter le PS français au poste de vice-présidente de l’Internationale socialiste.
Le soir même Martine Aubry développait devant le conseil national du PS plusieurs propositions pour une « refondation profonde » du PS. Un séminaire de la direction renouvelée et resserrée, le 7 juillet, lancera la réflexion sur le projet de 2012. Qui se poursuivra dans uen tournée d’été à la rencontre des français. Par ailleurs, des assistes de la gauche seront organisées pour « bâtir la maison, commune » de la gauche. « Nous avons six mois pour changer de cap » a affirmé Martine Aubry.
Ces propositions encore relativement floues n’ont pas satisfaits des personnalités de premier plan comme Manuel Valls. D’autres attendent de connaître les propositions plus précisément. D’ores et déjà, un point de clivage se cristallise autour de la priorité à donner dans ce changement de cap au « projet » ou aux « primaires ouvertes ».
Le choix entre deux priorités : le projet et les « primaires »
Certains donnent la priorité au « projet ». Guillaume Bachelay, secrétaire national du PS proche de Laurent Fabius plaide par dans « Le Monde » du 12 juin pour une « sociale-écologie » avec l’objectif d’une « fédération des gauches »préconisant « une mutation verte de l’appareil de production et des modes de consommations « , ces options étant communes, selon lui, aux projets du PS, d’Europe Ecologie, du Front de gauche e voire du NPA de Besancenot. Il s’agit en somme de reprendre la méthode mitterrandienne de la FGDS qui précéda la victoire de 1981. L’identité du PS serait alors sauvegardée.
Les partisans de Ségolène Royal au contraire préconisent d’organiser au plus vite des « primaires ouvertes » aux militants de tous les partis de gauche pour désigner leur candidat. Il s’agit de la méthode préconisée par l’ancienne candidate l’élection présidentielle de 2007. Une méthode qui a été expérimentée notamment en Italie avec la participation de quatre millions d’électeurs de gauche pour désigner Romano Prodi. Cette démarche à terme signifie la disparition du PS dans sa forme actuelle et la naissance d’un nouveau mouvement plus large et plus ouvert.
Les socialistes devront choisir entre ces deux priorités. Les « sages » préférant la première, les quadras la seconde. Ils vont devoir le faire rapidement sous peine de retomber dans les débats de clans et de personnes qu’ils veulent éviter et qui ont été une des causes de leur échec aux élections européennes de 2009.
Le « piège » de l’ouverture ne doit pas être sous-estimé
Nicolas Sarkozy ne va pas manquer d’attiser encore les dissensions internes en poursuivant sa politique d’ouverture. Dans le futur remaniement, il cherchera à faire venir au gouvernement des socialistes en rupture de ban comme ce fut le cas avec Eric Besson et Jean-Marie Bockel ou bien encore des alliés « historiques » du PS comme des personnalités de la gauche radicale.
L’ouverture ne cesse de répéter les partisans du chef de l’Etat est un atout essentiel dans les mains de Nicolas Sarkozy. Delphine Batho, députée socialiste des Deux-Sèvres, proche de Ségolène Royal l’a dit clairement le 11 juin sur France-Inter « le mal que nous a fait l’ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy a été sous-estimée. Cela donne l’impression d’un parti socialiste moralement usé qui aurait des responsables prêts à tout pour l’exercice du pouvoir et donc ne seraient pas porteurs de conviction à gauche ». Le PS n’entend pas tomber dans « la République des potes » pour reprendre l’expression du politologue Denys Pouillard et retrouver une crédibilité de gauche.
La tâche risque de durer, contrairement à ce que prétend Martine Aubry, plus de six mois ; car, le Ps est actuellement « nu ». Il n’a pas de leader pas de projet et après l’éclatement de la gauche extrême et l’effondrement du Modem, peu d’alliés possibles…même si sur le papier le total des voix de gauche aux élections européennes PS-Front de gauche et Europe Ecologie (39%) devance celui de la droite réduite à 34% avec l’UMP et Philippe de Villiers.
Le chemin de la refondation du PS apparaît extrêmement délicat à mener. D'autant plus qu'il doit rebondir vite s'il veut espérer faire gagner le camp de la gauche en 2012.

Le directeur de la Lettre Horizons
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