La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 9 juin 2009


Les enseignements du scrutin
des élections européennes de juin 2009

- Un désintérêt croissant des électeurs européens
relativisent les résultats bruts


- Une victoire psychologique
pour le président Sarkozy et l’UMP,  
mais rien n’est joué


- Deux échecs cuisants pour le Modem et le PS

- L’irruption d’une force « verte » composite : 
« Europe-Ecologie »

Il convient de ne pas tirer des conclusions trop hâtives des élections européennes qui font apparaître une  nette victoire des conservateurs sur les sociaux démocrates (296 contre 182) dans le nouveau parlement de Strasbourg. Lorsque près de 60% des  388 millions d’électeurs ne se déplacent pas pour aller voter  les conclusions ne peuvent être que provisoires voire aléatoires compte tenu des circonstances politiques  et des modes de scrutin différents. .
Que peut signifier par exemple la victoire des sociaux-démocrates slovaques lorsque la participation atteint 19% …dans ce pays ? Quelle signification donner à la victoire en Belgique du libéral flamand Guy Verhofstadt grâce aux « voix préférentielles » sur l’ancien premier ministre chrétien-démocrate Jean-Luc Dehaene qui a obtenu plus de voix que lui ? Quel poids  peut-on accorder au plus mauvais score jamais réalisé par la Labour party (travailliste) de toute son histoire alors que le vote des européennes intervenait la semaine même où plusieurs membres du gouvernement de Gordon Brown étaient poussés à la démission pour corruption ? Quelle signification doit-on donner à la petite victoire d’un premier ministre italien dont la campagne a été éclaboussée par un scandale dans sa vie privée et la condamnation de son avocat britannique pour corruption ?
Et dans notre pays lui-même qui peut affirmer que la diffusion du film écologiste « Home » sur la sauvegarde de notre planète qui a atteint des records d’audience le 5 juin, à deux jours du scrutin n’a pas joué en faveur de la liste « Europe Ecologie » et  que le dérapage verbal de François Bayrou la veille sur la même chaine, a coûté in extremis très cher au Modem ?
Ces scrutins sans enjeux clairs aux niveaux européen et nationaux ont  favorisé globalement les partis conservateurs au pouvoir en Allemagne et en France notamment et fait payer très cher aux sociaux-démocrates en place les dures réalités économiques et sociales du moment : désastre économique en  Royaume-Uni et chômage-record en Espagne. Comme nous l’avions relevé ici même avant le scrutin le contexte de crise économique a favorisé la droite au pouvoir.

Une victoire probante mais pas décisive de l’UMP

L’effet crise a été marquant  chez nous avec une nette victoire du parti présidentiel. Une « première » car jamais depuis 1977 dans ce type d’élections européennes, le parti présidentiel n’était sorti vainqueur du scrutin.  La tendance a été tellement forte que Brice Hortefeux, le ministre du travail qui s’était placé prudemment en troisième position (et pensait être non éligible dans la massif central- centre)  est …élu contre son plein gré et contre toute attente. Il n’ira d’ailleurs pas siéger au parlement de Strasbourg contrairement aux promesses faites par le secrétaire général de l’UMP !
Cette victoire de l’UMP,  inattendue dans son ampleur,  donne un avantage psychologique certain au chef de l’Etat qui dans un contexte difficile échappe au vote-sanction. Nicolas Sarkozy qui a gagné ses galons de bon européen durant la présidence française saluée par tous comme particulièrement réactive et dynamique a désormais les mains libres pour poursuivre son action réformatrice dans l’hexagone. Xavier Bertrand s’est bien gardé de pavoiser mais il ne fait aucun doute que le Président de la République va s’appuyer sur ce bon score européen pour poursuivre son action réformatrice engagée depuis deux ans.
En face de lui la route est largement dégagée. Il va s’efforcer de marcher sur les deux « jambes » qui lui ont servi durant cette campagne européenne celles de l’ordre et du mouvement ou plutôt du pragmatisme. Mais attention : rien n’est acquis pour 2012 !  Car, l’UMP, unique parti présidentiel, ne réalise que 27,87%  des voix tout compris alors qu’en moyenne les partis de gouvernement majoritaires en Europe tournent  autour de 35%.

Le Modem isolé et amoindri…
L’échec le plus cuisant du scrutin du 7 juin est celui enregistré parle Modem de  François Bayrou  qui avait pris son bâton de pèlerin « anti-sarkozyste » dans ces élections européennes considérées comme un marche pied vers la présidentielle de 2012. Le leader du Modem – il l’a reconnu lui-même -  s’est pris les pieds dans le tapis. Avec  8,45%, il a perdu en partie son pouvoir d’attraction à la fois stratégique, (les écologistes et les PS font pratiquement le double de son score (respectivement 16,28% et 16,48%) et personnel car, catalogué comme un anti-sarkozyste « primaire », il  n’apparaît plus  à l’heure actuelle comme le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy pour 2012. Mais, s’il peut espérer  surmonter, dans une plus grande solitude encore qu’auparavant, ce coup d’arrêt François Bayrou aura du mal à recoller les pots cassés.
Le parti socialiste lui aussi est secoué par sa défaite cuisante même si ce n’est pas la première (à la fin de l’ère Mitterrand, Michel Rocard  avait réalisé un très mauvais score en 1994 (14%)  en grande partie à cause  de la montée en puissance de Bernard Tapie et des radicaux de gauche)/ Il  avait été contraint de démissionner de son poste de premier secrétaire du PS.  Cette fois-ci,  c’est l’irruption d’une nouvelle alliance Verts-associatifs d’Europe-Ecologie, symbolisée par le trio Cohn-Bendit- Eva Joly-José Bové,  qui a crée la sensation au détriment du Modem et du PS en faisant pratiquement jeu égal avec les socialistes puisqu’ils auront l’un et l’autre quatorze euro-députés à Strasbourg.  

…le PS doit  changer son comportement  et ses structures
La « gifle » infligée par les électeurs au PS est cinglante. Elle  atteint par exemple de plein fouet l’un des plus talentueux représentants de la nouvelle génération, Benoît Hamon, son porte-parole, la plus grande  déception et « tristesse » de Martine Aubry qui lui avait préféré Harlem Désir comme tête de liste.en Ile-de-France.  Tout comme elle avait choisi l’un des ses proches , Gilles Pargneaux, pour conduire la liste socialiste dans le Nord-Ouest au détriment de Vincent Peillon envoyé dans le Sud-est, ce qui avait troublé les militants.
Outre ces désignations contestées de « têtes de listes », des erreurs ont été manifestes dans la conduite de la campagne : manque d’ambition au départ : « il aurait fallu revendiquer d’être le premier parti de France ». dit-on chez les royalistes.  Mauvais tempo : il fallait d’abord parler de l’Europe avant de s’attaquer à Nicolas Sarkozy, relève Vincent Peillon et Pierre Moscovici.
Enfin et surtout, c’est le fonctionnement du PS et son absence de programme qui est reproché à l’équipe de Martine Aubry. Sa place de la maire de Lille n’est pas en jeu – sauf surprise – car, comme le dit avec juste raison la première secrétaire du PS, « cette place  n’est pas très enviable actuellement ».
C’est tout  l’ensemble de la « machine » socialiste qui dont être revue de fond en comble. Manuel Valls estime que « le PS parle une langue morte » et Ségolène Royal, grande absente de cette campagne à l’exception du meeting commun de Rezé avec Martine Aubry  et de la soirée électorale du 7 juin  – continue de rester sur sa réserve.  Elle  en attend d’avoir une  juste place dans la direction du PS  (elle se verrait bien confier la présidence de la fédération des élus socialistes et républicains, la FNSER dirigée actuellement par Claudy Lebreton, également président socialiste de l’Assemblée des départements de France (ADF).  Martine Aubry sera-t-elle capable avec les jeunes « loups » du PS comme Montebourg, Peillon, Juanico  et Valls par exemple,  de réaliser  le « bing bang » du PS,  là où Michel Rocard s’était cassé les dents ?
L’avenir le dira mais force es de constater que le psychodrame du 7 juin rend cette mutation indispensable. La première secrétaire du PS va devoir tout à la fois préparer un programme crédible (le coup d’envoi sera lancé le 7 juillet), travailler sur la « primaire » pour désigner le ou la future candidat (e) du PS tout en cherchant à éviter le probable appel  à Dominique Strauss-Kahn. Un vrai programme à la  Sisyphe !

Le  test  pour « Europe-Ecologie » de la non reconduction de Barroso
Reste à, connaître l’avenir du dernier-né en politique « Europe-Ecologie » et ses 16% qui s’imposent comme un partenaire  naturel pour le PS. Encore faut-il comme le souhaitait le 8 juin le député vert, Noël Mamère qu’il acquiert son autonomie ce qui n’avait pas été le cas les Verts durant l’époque de la gauche plurielle avec Lionel Jospin. « Europe-Ecologie » va devoir digérer sa victoire, mettre en place des structures  et tenter de s’imposer au niveau européen. « Europe Ecologie » devra élire une direction nationale alliant les Verts habitués aux débats et aux fractures internes avec des représentants de mouvements associatifs tout aussi remuants. Le résultat ayant pour objectif de constituer un parti stable et cohérent présentant des candidats aux régionales de 2010 n’est pas assuré d’avance.
Le premier test important pour « Europe-Ecologie » (les écologistes ont 48 membres dans le nouveau parlement de Strasbourg) se jouera lors de la réélection du président de la Commission José-Manuel Barroso dont ils ne veulent pas entendre parler. La  non investiture de l’ancien premier ministre portugais par le parlement de Strasbourg constituerait un coup de tonnerre et la preuve de l’émancipation des eurodéputés vis à vis des gouvernements conservateurs et socialistes dont la plupart ont prévu la réélection du président de la Commission de Bruxelles sortant. Daniel Cohn-Bendit qui a été la révélation de cette campagne européenne quarante ans après mai 68 fera-t-il ce miracle ? C’est a priori peu probable.
Finalement, la seule véritable satisfaction de ce scrutin européen porte sur la poussée relativement faible  des partis populistes  ou  populaires qui auraient pu connaitre un essor  beaucoup plus important  en cette période de crise économique comme ce fut le cas dans les années trente à travers l’Europe. C’est un signe positif de constater par exemple que la liste antisioniste de Dieudonné n’a fait que 1,3% en Ile-de-France et que ses frais ne seront pas remboursés (il faut obtenir 3% des voix).
Comme quoi, même si nos  concitoyens européens ne votent pas plus que nous, l’idée européenne d’une communauté de destin économique et social progresse pour la plus grande satisfaction des démocrates. Dommage que 81% des jeunes chez nous ne se soient pas déplacés le 7 juin pour participer à cette grande consultation qui permet aux Européens de façonner en partie leur propre avenir. « Ce n’est qu’un début continuons le combat… » comme le disait en 1968 « Dany-le-Rouge » qui revient aujourd’hui en "Dany le Vert" sur le devant de la scène politique en Européen convaincu, plein d’espoir et d'allant !


 
bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques


 

 

 
 

 

© Horizons Politiques

Retour
au fait politique du jour