La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 4 juin 2009


Les principaux enjeux des élections européennes
du 7 juin 2009 :

- La social-démocratie européenne ne profite pas
de la crise au niveau européen


- La majorité présidentielle sortira
« minoritaire » des urnes du 7 juin


- « Le PS aurait dû revendiquer la place
de premier parti de France »,
estime le « royaliste » Jean-Jack Queyranne

Il faut le regretter : plus le parlement européen conquiert de pouvoirs réels (une bonne moitié de notre propre législation dépend de votes à l’Assemblée de Strasbourg), moins nos compatriotes ont tendance à aller voter pour les élections européennes. Tous les partis ont constaté un manque d’intérêt des militants et des électeurs pour des élections européennes dont ils  ne comprennent pas bien les enjeux  européens et, pire encore, dont ils ne comprennent pas le mode de fonctionnement complexe. Trop souvent les formations politiques et les gouvernements ont choisi la facilité en renvoyant la faute... à Bruxelles alors que les têtes de listes aux européennes ne cessent de le dire avec juste raison : « l’Europe c’est nous ! » Il est fort possible que le record d’absentions –autour de 60%– soit battu le 7 juin. Triste bilan d’une  campagne européenne amorphe et sans relief.
Mais d’un autre côté –et de cela il faut se réjouir– pour la première fois depuis 1979, c'est-à-dire depuis que les élections européennes se déroulent au suffrage universel (dans des scrutins organisés simultanément par les Etats membres dans un cadre national ou régional), les électeurs français qui se rendront aux urnes le 7 juin voteront d’abord en se référant  davantage aux problèmes européens plutôt qu’en fonction de la situation intérieure.

51% des votants se prononceront sur l’Europe, un quart pour un « vote-sanction »
Au cours de toutes les élections précédentes –2004 (36%), 1994 (29%) ,1984 (34%)–, les préoccupations purement européennes avaient été largement laissées de côté. Lors de la dernière édition de 2004 alors que Jacques Chirac siégeait à l’Elysée, le parti présidentiel, l’UMP, avait été largement sanctionné avec 16,6% des voix seulement alors que le PS dans la foulée des élections cantonales et régionales réalisait son meilleur score avec 28,9% grâce à un « vote-sanction » manifeste sur la politique intérieure.
Or, cette fois-ci, si l’on en croit les sondages,  une majorité de Français (51%) vont  voter en fonction des problèmes européens (BVA « L’Express ») et pas du gouvernement : le « vote-sanction » (24%) devançant de peu dans les intentions le « vote soutien » (20%). Nos compatriotes qui ressentent les effets de la crise économique mondiale ont compris que l’Union européenne avait un rôle à jouer dans cette affaire. Il faut reconnaître que l’activisme dont a fait preuve le président français, Nicolas Sarkozy pendant le second semestre de l’année 2008  en assurant avec conviction et vigueur la  présidence de l’Union européenne a marqué les esprits. Même si sous la présidence tchèque « eurosceptique » qui a suivi durant ce  premier semestre 2009,  les effets de cette relance politique de l’Union européenne ne se sont guère concrétisés. 

En Europe, la crise profite davantage à la droite

L’enjeu « européen » des élections du 7 juin peut se décliner de la manière suivante : la droite libérale veut une Europe plus efficace «qui protège,  qui innove et qui dynamise »  comme viennent de l’affirmer en commun Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dans une tribune publiée par le « Journal du Dimanche » du 31 mai où la chancelière allemande et le président français se prononcent aussi pour « de nouvelles règles financières, économiques et sociales ».
Force est de constater contrairement à ce que l’on aurait pu penser au moment où l’Europe libérale est touchée comme les Etats-Unis de plein fouet par la crise que les sociaux-démocrates ont du mal à tirer leur épingle du jeu. En dépit, de leur « Manifeste » commun,  les 27 partis socialistes et sociaux-démocrates ne semblent pas en mesure de faire basculer la majorité dans leur camp. Le parlement sortant comprend 288 conservateurs du PPE-DE (parti populaire européen et Démocrates européens et cent libéraux de l’ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) contre 217 socialistes (Parti socialiste européen), 43 Verts et 41 GUE (Gauche unitaire européenne).
La crise semble profiter davantage aux gouvernements de droite actuellement au pouvoir comme en Allemagne, Italie ou France qu’aux  socialistes en mauvaise posture en Grande-Bretagne ou en Espagne. La droite gère de façon programmatique alors que la gauche européenne ne parvient pas à afficher un modèle unique partagé. Des divergences demeurent au sein de la gauche, les Anglais et les Espagnols acceptant par exemple dès maintenant de reconduire le libéral Juan-Manuel Barroso à la tête de la Commission de Bruxelles alors que les socialistes français ne veulent pas en entendre parler.
La première lecture des élections du 7 juin  - au niveau européen – accorde un avantage contre nature à la droite qui a géré au Conseil comme à la Commission une Europe considérée souvent comme un bastion du libéralisme voire une passoire ouverte à tous vents. Il n’est pas dit cependant que les alliés proches des socialistes – Verts et de la gauche « unitaire » - ne donnent du fil à retordre à la future Commission lorsqu’elle devra demander son investiture au nouveau parlement européen élu le 7 juin au soir.

Des conséquences  à prévoir aussi bien à l’UMP qu’au PS

Il existe évidemment une deuxième grille de lecture, « nationale » celle-là, de ces résultats des élections européennes du 7 juin. Là encore, elle sera délicate à interpréter.  Ce sera pour la majorité présidentielle, la bouteille d’eau à moitié pleine et à moitié vide. Pleine car l’UMP devrait arriver en tête entre 25 et 27% des voix soit quatre ou cinq points devant le PS alors qu’en 2004, elle avait réalisé un piètre 16,6% des suffrages contre 28,9% au PS.
Les porte-paroles de la majorité ont tous insisté sur leur objectif d’arriver en tête laissant dans l’ombre, le côté plus négatif de ce score puisque cette fois-ci l’UMP regroupe en son sein l’éventail de toutes les forces  appartenant à la majorité : Nouveau Centre et Gauche Moderne compris. Nicolas Sarkozy retrouverait alors à peine la moitié de son électorat du deuxième tour de la présidentielle de 2007, comme l’a indiqué Martine Aubry, le 3 juin sur « France-Inter ».
Si la majorité présidentielle sort électoralement affaiblie de ces élections européennes, le PS risque lui aussi de boire la tasse. Non seulement parce que son score sera remis à l’étiage de  la moyenne habituelle (entre 20% et 23%)  alors que les circonstances économiques et sociales lui sont particulièrement favorables (près de 70% des Français étant  mécontents de la politique économique et sociale   suivie par le gouvernement de François Fillon).

Une montée en puissance prévisible de Jean-François Copé face à l’Elysée
Les conséquences à tirer dans les deux camps sont prévisibles. Dans la majorité présidentielle, la main mise du chef de l’Etat sera complète. C’est lui qui a donné le tempo de cette campagne partie très tard selon sa propre volonté.  Il est probable aussi que la deuxième partie du quinquennat sera marquée par la coproduction plus serrée entre un pouvoir élyséen omniprésent et le groupe parlementaire UMP dirigé par un président très actif, Jean-François Copé,  qui revendique le rôle de partenaire privilégié en  laissant de côté un gouvernement –croupion qui a du mal à faire passer ses réformes Hadopi, hôpitaux, universités etc.
En cas de score moyen, le PS verra s’imposer à ses côtés, trois forces à peu près équivalentes  avec à gauche  les extrémistes du NPA de Besancenot et de Lutte Ouvrière, et du Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet et Europe-Ecologie, les Verts qui paraissent avoir le vent en poupe avec la triplette inattendue –Eva Joly, Dany Cohn-Bendit et José Bové–. Et en prime, à droite mais dans l'opposition, le Modem de François Bayrou dont l'électorat se sent désormais  plus proche du PS (51%) que de l’UMP (31%) selon un sondage "BVA-L’Express".
Au sein  du PS, les « royalistes » commencent d’ores et déjà à fourbir leurs armes contre la première secrétaire du PS, Martine Aubry qui n’aura pas su conserver au PS sa place de premier parti de France acquise il y a cinq ans. Jean-Jack Queyranne, partisan de Ségolène Royal,  n’a pas hésité à critiquer sévèrement la tactique du PS pour ces élections européennes. « Le PS aurait dû se fixer comme objectif d’être le premier parti de France » a-t-il déclaré devant les journalistes de la presse parlementaire réunis au Palais Bourbon, le 3 juin lors d’un apéritif-forum.

"Il faut en finir avec le  PS-PME à la mode  Aubry" estime Jean-Jack Queyranne
Puis en aparté, le président socialiste de la région Rhône-Alpes ajoutait quelques critiques sévères à l’égard de l’actuelle direction du PS. «On a commencé par s’en prendre à Barroso que personne ne connait, puis on a avancé le vote-sanction avant de se rendre compte qu’il fallait « parler de l’Europe ». C’est le contraire qu’il fallait faire : d’abord parler de l’Europe puis finir contre Sarkozy. C’est élémentaire : on apprend cela en première année de Sciences-Po »confiait cet ancien ministre des relations avec le parlement.
Il faut s’attendre à ce que les amis de Ségolène Royal demandent des comptes à Martine Aubry qui gère, selon eux, le PS « comme une PME » et lui demandent  de changer de braquet pour devenir « le parti de l’audace et pas celui du statut quo ». Les premiers tests de ce changement de comportement à tirer, selon les proches de Ségolène Royal, porteront sur les indispensables  confrontations ou négociations avec le Modem pour la préparation des élections régionales et l’organisation de « primaires » ouvertes pour la désignation du  ou de  la candidate du PS pour 2012.  
Nul doute que de ces élections européennes quelque peu atones sortiront des conséquences et des remises en cause politiques vigoureuses dans chacun des deux camps à seulement trois ans de la future échéance présidentielle à laquelle tout le monde pense déjà dans le microcosme national.


 
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Le directeur de la Lettre Horizons politiques


 

 

 
 

 

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