« Pas question de lever le pied » a déclaré le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, en évoquant devant la presse parlementaire, le 27 mai, la dernière ligne droite de la campagne des élections européennes du 7 juin. Certes, les derniers sondages placent toujours l’UMP nettement en tête devant le PS qui stagne voire régresse légèrement mais le secrétaire général de l’UMP n’en tire pas de conclusions définitives. L’autosatisfaction est d’autant moins de mise estime-t-il que les sondages laissent prévoir un très fort taux d’abstention. Or, plus l’abstention est forte plus elle contribue à fragiliser les prévisions sur les intentions de vote.
Comme tout bon leader Xavier Bertrand va donc mettre toute son énergie dans cette dernière ligne droite. Il multiplie les meetings et recommande comme il l’a fait récemment aux fédérations UMP organisatrices de prévoir un doublement des participants. Ce fut le cas à Nice où il a exigé pour sa participation que la salle de meeting contienne 1 200 places et non 600 comme prévu ! Les quinze derniers jours d’une campagne sont décisifs encore plus pour ces élections européennes qui n’ont guère passionnées les foules jusqu’à présent.
Le prix du lait aux producteurs et les mises en garde sur la PAC
Le leader de l’UMP est donc au four et au moulin. Le mercredi 27 mai, il donnait ses consignes pour la dernière ligne droite de la campagne ai siège de l’UMP afin d’éviter qu’une partie de ses électeurs potentiels ne retournent au Front national ou chez les socialistes. Il veille donc à réagir avec vigueur au coup par coup.
Pour l’électorat des paysans qui traditionnellement vote à droite, il exigera dès cette semaine des mesures de garanties sur le chiffre d’affaires des éleveurs laitiers. « Il ne faut pas que la PAC (politique agricole commune) soit la loi de la jungle » affirme-t-il. De même, il veut que des mesures soient prises en France avant la fin de la semaine pour faire appliquer la fameuse loi LME (loi de modernisation économique) qui prévoit notamment la mise en place d’un Observatoire des prix du lait ce qui n’est toujours pas fait.
Pour conforter ceux qui veulent toujours « travailler plus », Xavier Bertrand soutient son collègue député UMP des Hauts-de-Seine et porte-parole de l’UMP Frédérique Lefebvre, qui a proposé que les salariés qui le souhaitent puissent être autorisés à poursuivre leur activité via le télétravail pendant un congé maladie ou de maternité. Proposition retoque pourtant par le gouvernement.
L’UMP entend faire flèche de tout bois pour conserver le noyau dur de son électorat en relançant au conseil des ministres du 27mai la panoplie sécuritaire avec Michèle Alliot-Marie ou en agitant le chiffon rouge des portails dans les lycées et collèges contre l’introduction des armes blanches afin comme l’affirme le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, de « sanctuariser » les établissements scolaires.
Le « non » à la Turquie est pour aujourd’hui, demain et après-demain
La meilleure défense étant l’attaque, Xavier Bertrand a tiré à boulets rouges sur un parti socialiste qu’il juge toujours autant divisé. « Qui peut dire pourquoi le PS a été le premier parti à entrer en campagne mais le dernier à déposer ses listes au ministère de l’Intérieur ? » s’est interrogé Xavier Darcos au cours de l’apéritif-forum de la presse parlementaire du 27 mai. La réponse pour lui est toute trouvée : les socialistes n’ont pas encore refermé leur opposition entre les partisans du « oui » et du « non » au référendum de 2005 sur la Constitution européenne.
Désireux d’avoir un débat politique sur les questions européennes avec le PS, Xavier Bertrand a donné deux exemples de clivage. « Les socialistes dit-il, souhaitent dans leur Manifeste, augmenter le budget d l’Union européenne avec des ressources propres. Cela veut dire, explique-t-il, l’instauration d’un impôt européen. Je suis contre l’augmentation de la fiscalité en France et en Europe. Pour nous, c’est non… Cela vaut la peine d’être débattu » explique-t-il.
De même, il reproche à Martine Aubry de vouloir se prononcer plus tard sur une éventuelle entée de la Turquie dans l’Union européenne. « Nous, notre positon n’évoluera pas. C’est non, aujourd’hui, non, demain et non, après-demain, s’est-il écrié. La Turquie n’est géographiquement pas dans l’Europe et cette question n’évoluera pas .C’est une question géographique mais aussi d’identité de conception de l’Europe » a-t-il ajouté.
Plus jamais de gouvernement sans référence à l’ouverture
Xavier Bertrand a dénoncé aussi « l’anti-sarkozisme primaire » du PS qui masque, selon lui, les divisions internes. La « fameuse » photo Aubry-Royal du meeting de Rezé en Loire-Atlantique ne parviendra pas à donner le change car, selon lui, « la fracture interne au PS n’est pas réduite ». A l’inverse, Xavier Bertrand affirme que « l’UMP est unie avec le Nouveau Centre, la Gauche moderne et les Progressistes ».
Un clin d’œil appuyé envers ceux qui dans l’électorat du PS de la dernière élection présidentielle de 2007 seraient tentés de quitter le PS pour rejoindre Nicolas Sarkozy comme Claude Allègre par exemple. Si le secrétaire général de l’UMP rappelle qu’il n’est pas le « sélectionneur » du gouvernement, il n’en affirme pas moins –pour s’en réjouir – qu’ « à l’avenir plus jamais un gouvernement ne pourra se faire sans référence à l’ouverture ».
« Les socialistes ont d’abord fait campagne contre Barroso; ils ont fait ensuite de l’anti-sarkozisme primaire ; puis ils ont mis en cause le bilan du gouvernent de François Fillon avant de vouloir parler de l’Europe : mais le bilan de deux ans d’action du gouvernement ? Je suis preneur », réplique avec gourmandise le député UMP de l’Aisne en affirmant sur cette dernière question que « les engagements pris ont été tenus ! »
Coordonner l’action des eurodéputés et des parlementaires hexagonaux
Xavier Bertrand a du tonus et de l’habileté à revendre. Il compte par exemple à l’avenir mieux coordonner l’action des euro-députés UMP avec leurs collègues de l’Assemblée nationale et du Senat pour éviter « les hiatus et les cactus ». De fait, cette campagne électorale des européennes aura révélé au grand jour, le manque d’informations sur les votes qui interviennent au parlement européen de Strasbourg et qui ont une « incidence directe sur la moitié, selon lui, - certains disent 70% d’autres 20% - des lois votées par le parlement français ».
Comme le décrit fort bien une enquête parue dans le journal quotidien « Le Monde » daté du 28 mai – « qui vote quoi au Parlement européen ? » - les votes à l’Assemblée de Strasbourg se font avant tout par consensus ou compromis entre trois grandes forces : le parti populaire européen (PPE), les socialistes et les libéraux (ADLE). « En 2008, neuf votes sur dix ont réuni les voix d’au moins 80% des élus » relève Ollivier Costa, chercheur au CNRS et coauteur avec Florent Saint Martin d’un livre sur « le parlement européen » paru à la Documentation française (voir article de « Horizons politiques » du 26 mai). Cette recherche du consensus permet précisément aux eurodéputés de peser face au Conseil (où les réflexes gouvernementaux dominent) et face à la Commission de Bruxelles (soucieuse de rester au dessus des partis).
Ce système original et complexe va-t-il perdurer ou bien comme le souhaitent par exemple les socialistes, le parlement européen va-t-il se politiser si une majorité de gauche l’emporte le 7 juin ? C’est l’un des enjeux de ce scrutin des européennes du 7 juin qui n’intéresse personne (« comme l’ont décrété les médias » a constaté avec regret Xavier Bertrand devant les journalistes parlementaires) mais qui, bel et bien, chacun le sait fort bien concerne en partie notre avenir et celui de nos enfants.

Le directeur de la Lettre Horizons
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