La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 20 mai 2009


Les enjeux de politique intérieure
et la préparation du scrutin du 7 juin

- François Fillon prend le relai du président de la République

- Le PS change de tactique et se veut plus positif

- Le match Cohn-Bendit Bayrou pour la troisième place

Dans le meeting qu’il a présidé le 19 mai à Vertou dans la banlieue de Nantes en Loire-Atlantique, François Filon s’est réjoui que l’Europe, pour la première fois, ne soit plus un élément de division au sein de la majorité.
De fait, les « souverainistes » qui avaient longtemps tenu le haut du pavé dans l’ancien RPR de Charles Pasqua à Philipe Séguin (dont il fut l’un des plus proches collaborateurs)  ont complètement disparu de la scène politique. François Fillon défend maintenant la position de Nicolas Sarkozy qui veut une « Europe politique » agissant sur l’essentiel et qui, pour le reste, laisse  aux nations la liberté de procéder selon leurs aspirations et leurs traditions.  « Nous sommes les seuls à faire des propositions pour l’Europe et les seuls à être rassemblés » a renchéri Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP.
De fait,  l’UMP et le Nouveau Centre calquent leurs  positions sur celles énoncées le 5 mai  par le chef de l’Etat avec comme points forts  le « non » à l’entée de la Turquie dans l’Union européenne, la mise en place de vraies réponses économique et industrielle européennes à la crise, la mise en place d’une centrale d’achat européenne pour le gaz,  le doublement des échanges de jeunes dans le cadre du programme Erasmus et l’application la plus rapide possible du traité de Lisbonne.
La campagne de la majorité présidentielle sera réussie si elle parvient à intéresser les Français à ce scrutin qui leur apparaît – souvent à tort - comme lointain, sans enjeux réels, hors sol, hors Hexagone en quelque sorte.

Le danger de « l’ultra-politisation fanatisée » dénoncé par Barroso 
Le président de la Commission de Bruxelles, le libéral Juan Manuel Barroso, cible privilégiée  - avec Nicolas Sarkozy - des socialistes, de la gauche française et même des centristes du Modem s’étonne dans « le Monde » daté du 20 mai d’être  présenté par l’opposition en France comme le représentant  de l’ « ultra-libéralisme ».
« La Commission comprend de membres du parti populaire européen de droite, mais aussi des socialistes, des libéraux et des indépendants. « Elle est politique mais elle n’est pas partisane »  insiste-t-il. Il  dénonce la « tentation de l’ultra-politisation » en France et la façon de présenter les enjeux européens qui est, selon lui, « très partisane, dogmatique voire fanatique qui ne correspond pas à la réalité ».
De fait, lorsque l’on sait que la grande majorité  des votes au parlement de Strasbourg sont acquis à une large majorité de consensus comprenant le Parti populaire européen (PPE droite) et le parti socialiste européen (PSE), il est difficile pour les partis politiques hexagonaux  de faire apparaître un réel clivage droite-gauche dans  la conduite des affaires européennes. Les électeurs pour faire leur choix sont donc enclins à se reporter à une grille de lecture hexagonale.

UMP : Garder le maximum des31% de Sarkozy en 2007
De ce point de vue,  l’objectif principal de Nicolas Sarkozy et de la majorité présidentielle consiste à  maintenir le socle acquis à  la présidentielle de 2007 (31,18% au premier tour).  L’UMP se situe, selon les sondages autour de 28%. Un étiage qui peut encore s’amoindrir au fil des mécontentements – les  producteurs de lait sont sur la brèche) alors que les conflits « durs » des hospitaliers, des étudiants voire de EDF se calment sans pour autant disparaître totalement.
Autour de 30%, Nicolas Sarkozy  éviterait le pire mais serait loin du compte pour sa réélection dans la, mesure où l’UMP réunis le RPR et l’UDF de l’époque. Et qu’il n’aurait en renfort qu’une partie de Libertas de Philippe de Villiers (5,5%) et de Jean-Marie Le Pen (6%).  A l’heure actuelle, si l’on projette les résultats escomptés des européennes à la présidentielle : Nicolas Sarkozy n’y trouve pas son compte.

Le PS englué dans l’eau de rose du « Manifesto »
La tâche n’est pas facile non plus pour les socialistes qui partent de très haut (28%) en 2004 dans la foulée des élections régionales où ils avaient presque tout remporté. Les socialistes français avec Martine Aubry fondent leur campagne depuis plusieurs mois sur les propositions communes du « Manifesto » rédigé par les vingt sept représentants des partis socialistes et sociaux démocrates qui comptent tenu du rapport des forces actuel au sein de l’Union européenne ne sont pas majoritaires loin s’en faut (mis à part l’ Espagne et au Portugal).  « C’est de l’eau de rose » critique le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Bruno Le Maire qui reproche par exemple aux socialistes français de ne pas prendre réellement position pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.
Par ailleurs, les trois grands thèmes communs retenus  -  nouvelle croissance verte  susceptible de créer dix millions d’emplois en Europe, le « bouclier social » européen avec l’instauration d’un salaire minimum dans tous les pays de l’Union à leur rythme  et enfin une Europe plus indépendante – ne sont pas très « punchy » comme le reconnait en privé, le porte-parole du PS, Benoît Hamon.
Autant, l’UMP peut espérer faire le plein grâce à sa tactique d’union avec le Nouveau Centre, autant les socialistes crédités de 21% sont fortement concurrencés à gauche. D’abord  par le « Front de gauche » de Jean-Luc Mélenchon, sénateur ex-socialiste de l’Essonne (5%)  l’un des animateurs du front du refus au référendum de 2005 sur la constitution européenne qui risque de ramasser la mise à gauche du PS  en bénéficiant de la logistique du PCF avec lequel il s’est allié. Puis, les trotskystes avec  le Nouveau parti anti-capitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot (6%) et Lutte Ouvrière (2%) de Nathalie Arnault.

La place de Martine Aubry ne sera pas remise en cause
Certes, ces élections européennes seront difficiles pour Martine Aubry. Mais comme le reconnaissait, Jean-Pierre Bel président du groupe socialiste au Sénat ex- royaliste, « il n’y a pas de risque de voir Martine Aubry mise en minorité comme ce fut le cas en 1994 avec Michel Rocard ».  L’ancien premier ministre devenu premier secrétaire du PS fut écarté de la tête du PS au profit d’Henri Emmanuelli, après le score médiocre des socialistes à cause de la montée ne puissance de Bernard Tapie soutenue en sous main à l’époque par François Mitterrand.
Actuellement, selon lui, personne au PS ne souhaite rouvrir la boîte de Pandore des querelles internes. D’ailleurs, Martine Aubry tiendra meeting le 26 mai avec Laurent Fabius puis  le 27 avec Ségolène Royal. Tous les « éléphants » du PS savent que ce n’est pas le moment de jouer perso pendant la campagne et même après…Les amateurs de sensation en seront pour leur frais : quoi qu’il advienne Martine Aubry restera à la tête du PS.
 
L’intérêt de ce scrutin des européennes considéré souvent comme un test grandeur nature de l’état des forces politiques hexagonales sera de voir de vainqueur de la troisième marche  entre les Verts de Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou. A paris, cela parait très serré. Au niveau national, le Modem serait placé à 13% et Europe Ecologie – d’Eva Joly, José Bové et Dany Cohn-Bendit à 10%.
Quoi qu’il en soit, les proches de Martine Aubry ne cachent pas leur satisfaction de voir se reconstituer une force écologiste plutôt portée vers la gauche tandis que les troupes de François Bayrou et du Modem auront – si rien ne change- beaucoup de difficultés à se reporter sur l’actuel président de la République alors qu’ils sont entrés de plein pied dans l’opposition. Ce n’est pas la mauvaise humeur des radicaux de gauche n’appelant pas à voter socialiste le  7 juin qui inquiète les dirigeants socialistes. « C’est une faute de ne pas voter » a déclaré Jean-Pierre Bel, le 20 mai devant le « forum de la presse parlementaire ».
Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, les socialistes ne dévissent pas.  Ils ont encore  le moral : à suivre au soir du 7 juin ! Allez donc voter. Le contexte politique  européen mondial et national nous incite à ne pas oublier de le faire. A bon entendeur.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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