La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 14 mai 2009


La dernière ligne droite de la campagne
des élections européennes du 7 juin


- Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat aux affaires européennes :
« l’élection du 7 juin est essentielle
pour l’avenir de l’avenir de l’Europe »

- Les socialistes et Martine Aubry
cherchent à mobiliser sur le clivage droite/gauche


- Le Modem de François Bayrou fait peur a tout le monde

C’est un fait acquis : les élections européennes du 7 juin ne passionnent pas les Français. Ce n’est pas nouveau car lors du précédent scrutin en 2004, l’abstention avait largement dépassée la barre des 50%  (57,20%). Il est probable qu’elle sera encore une fois largement dépassée lors du prochain scrutin.
Plusieurs raisons expliquent ce désintérêt. Des raisons de fond d’abord.
Le rôle du parlement européen  est mal connu même s’il faut savoir  que 60% des lois françaises sont votées en conformité avec les lois européennes qui s’imposent à notre propre législation. Le dernier exemple étant la loi sur le paquet télécom votée par l’assemblée parlementaire de Strasbourg  qui rend pratiquement caduque la fameuse  loi Hadopi adoptée par le Sénat, le 12 mai, dans la mesure où les eurodéputés imposent désormais  avant toute coupure d’Internet une décision de justice, ce qui n’est pas prévu par la nouvelle loi française…
Le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Bruno  Le Maire, interrogé à ce sujet le 13 mai, au cours du « Forum de la presse parlementaire » au Palais Bourbon a reconnu que le gouvernement français respecterait la règle européenne et qu’il allait tenter de œuvre pour un compromis entre le Conseil européen et le  parlement de Strasbourg pour revenir sur cette question embarrassante. En tout état de cause, la loi Hadopi ne pourra vraisemblablement pas s’appliquer avant 2010.
A lui  seul cet exemple met en lumière l’importance du vote du 7 juin prochain. Et, plus encore, si le traité de Lisbonne est finalement ratifié par l’Irlande, « c’est 90% de notre législation qui sera alors directement influencée par les votes de l’Assemblée de Strasbourg » a souligné le secrétaire d’Etat aux  affaires européennes.

Les européennes, une élection à part,  sans enjeux palpables
Le désintérêt des électeurs français tient aussi  au fait qu’ils considèrent  le scrutin européen comme une élection non pas intermédiaire – comme des municipales avant législatives par exemple – mais comme une élection à part, hors sol en quelque sorte, qui leur permet d’exprimer leur humeur du moment sans entraîner de conséquences fortes et  immédiates. Il s’agit d’un sondage grandeur nature en quelle que sorte qui porte davantage sur « l’air du temps » que sur de  réels enjeux européens concrets.
Les Français choisissent leur liste –elles seront dix-sept cette fois-ci– y compris celle « antisioniste » de Dieudonné qui peut  faire de bons scores dans certains quartiers de banlieue francilienne alors qu’elles n’arien à voir avec l’enjeu européen !  Les électeurs votent un peu comme à l’élection présidentielle en fonction des  leaders nationaux.  Le compte-rendus des eurodéputés sortants sur leur travail effectué au parlement de Strasbourg n’intéresse pratiquement personne.
Si l’on tient compte de cet état d’esprit, force est de reconnaître que les socialistes français auront la tâche difficile, car le précédent scrutin – exception qui confirme la règle – s’inscrivait dans la foulée de la victoire de la gauche aux  élections régionales et cantonales alors que l’UMP était en petite forme (28,8% pour le PS, 16,63% pour l’UMP et   11,9% pour l’UDF de François Bayrou).  Chacun n des leaders nationaux tentera de retrouver son « noyau dur » de la présidentielle de 2007. Crédités de 22% d’intentions de vote dans le sondage « Opinionway » paru dans le Figaro daté du  13 mai Les  socialistes seraient donc actuellement les plus pénalisés par une  démobilisation du corps électoral. Voici les tactiques choisies  par les principales forces  en présence.

L’UMP compte sur l’effet d’entrainement du chef de l’Etat et de ses projets

Le meeting  réussi de Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel  à Berlin le 10 mai est caractéristique à la fois de la convergence d’intérêts retrouvée entre  la France et l’Allemagne, les deux poids lourds de l’Union européenne -  la Grande-Bretagne est  affaiblie par la crise financière  - et de leur volonté de faire  prévaloir le retour de la politique dans l’Union européenne.
La double refus de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et de l’élargissement  de ses frontières (après les dernières entrées programmées  de la Croatie et des Balkans)  tient au choix délibéré, selon le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Bruno Le Maire de privilégier l’approfondissement à l’élargissement de l’Union européenne contrairement à ce qui s’est passé dans la décennie précédente.
Nicolas Sarkozy et le gouvernement cherchent donc à faire prévaloir une « Europe politique forte » qui leur apparaît plus que jamais nécessaire pour défendre les Européens en pleine période de mondialisation où la concurrence provient non plus seulement de l’Est et de l’Ouest mais aussi des pays émergents. 
Bruno Le Maire a indiqué que dans le dernier mois de la campagne des Européennes, la majorité allait mettre en avant des projets concrets comme le contrôle des investissements étrangers en France, davantage de coopération industrielle entre la France et l’Allemagne (notamment en matière automobile), la taxe C02, la centrale d’achat de gaz européenne etc.
Bref, il s’agira de jouer la carte de l’activisme politique européen afin d’éviter le vote-sanction, tentation persistante pour les électeurs indécis ou mécontents. De fait,  les raisons de voter contre la majorité présidentielle ne manquent pas en cette période de crise économique et sociale. 
La majorité présidentielle sera satisfaite si elle arrive en tète des formations politiques, conserve le « noyau dur » de l’électorat de Nicolas Sarkozy et conforte le rôle de  locomotive dans le fonctionnement politique de l’Europe revendiqué par le président de la République. Ce qui pourrait se traduire par l’octroi de postes importants au sein de la future Commission de Bruxelles qui, selon Bruno Le Maire, devra être « plus forte » que celle, sortante,  dirigée par José-Manuel Barroso, un président que « personne ne connaît » !
 
Le  PS cherche à lier le « non » à Sarkozy au « non » à l’Europe libérale
Les socialistes français qui sont partis les premiers dans cette campagne des élections européennes n’ont pas réussi à véritablement intéresser les électeurs. Ils sont encore  victimes de leurs divisions  aussi bien en interne que chez leurs partenaires socialistes européens alors que la crise du système capitaliste devrait logiquement apporter de l’eau à leur moulin.
Fait significatif, Martine Aubry a lancé un ordre de mobilisation générale à tous ses élus socialistes parlementaires et locaux, le 12 mai, en présence de tous les leaders nationaux…sauf Ségolène Royal. La première secrétaire du PS espère motiver tous les élus pour s’activer mais l’un d’entre eux reconnaissait que les socialistes sont meilleurs dans les scrutins locaux que nationaux et à plus forte raison …européen.
Les leaders du PS comme Laurent Fabius  et Benoît Hamon ont cherché au cours de cette réunion  au siège du PS à minimiser le bilan de la présidence française  de l’Union européenne par Nicolas Sarkozy.
Le premier a souligné par exemple que dans le discours présidentiel de Nîmes sur 10 000 mots, il n’y avait pas eu une seule mention de la défense européenne promise par Nicolas Sarkozy en échange de son retour dans le commandement intégré de l’OTAN.
Le second a mis en contradiction les déclarations du chef de l’Etat après le G20 selon, lesquelles « l’ère du secret bancaire était révolue » avec le comportement des eurodéputés de l’UMP qui ont voté contre la levée du secret bancaire au Luxembourg et en Autriche. « Quand  l’influence du président de la République s’arrête au duché du Luxembourg, le seul vote utile c’est le PS » a-t-il dit.
 
Le  « Manifesto » des socialistes européens ne soulève  pas les montagnes
De fait, si les socialistes français jouent la carte du « vote-sanction » contre Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon, (tous deux sont jugés incapables de faire face à la crise par plus de 60% des Français), ils comptent aussi sur les propositions du « Manifesto », document commun aux vingt sept PS européens.
C’est la première fois que les socialistes des 27 pays européens portent « une autre projet l’Europe » a souligné Martine Aubry. « Nous devons aller vite vers l’harmonisation fiscale et sociale. Il faut également augmenter le budget de l’Europe car c’est par l’action d’une puissance publique réarmée que nous arriverons à construire un projet d’égalité »a-t-elle affirmé. Parmi les autres mesures-phares du « Manifesto »  figurent aussi un plan de 100 milliards d’euros d’investissement à court terme pour relancer l’économie et le bâtiment  ainsi que  l’instauration progressive d’un SMIC dans chacun des vingt sept pays membre de l’Union européenne.
Si le document commun des PSE est prolixe en platière  sociale en revanche sur les sujets politiquement « chauds »  comme par exemple l’adhésion de la Turquie, il ne dit pas un mot. De même, les dirigeants socialistes ont été incapables de se mettre d’accord sur le nom d’un successeur à Juan Manuel Barroso à la tète de la Commission de Bruxelles : Gordon Brown, José luis Zapatero et le premier ministre portugais souhaitant comme Nicolas Sarkozy et Angela Merkel que l’actuel président de la Commission soit reconduit dans ses fonctions. Bref, les socialistes ont un programme commun mais pas de candidat commun à l’exception de l’ancien premier ministre socialiste  danois,  Poul Nyrup Rasmussen.
Il faut aussi reconnaître que le suspens droite/ gauche pour le futur parlement européen est fortement émoussé à cause du reflux historique de la social-démocratie en Europe du Nord. Le social-libéralisme à la Tony Blair  tout comme les socialistes « orthodoxes » français, belges  ou grecs  ne font plus guère recette. Les socialistes ne dirigent plus que huit gouvernements (contre treize en 2001) au sein de l’Union.Seuls les socialistes d’Espagne, du Portugal et de …Malte ont recueilli plus des 40% des voix aux européennes de 2004. Et pourtant, Jean-Christophe Cambadélis, le maitre d’œuvre de la campagne des européennes au PS a pris le pari  le 13 mai sur BFM que «Barroso ne sera pas réélu à la présidence de la Commission » en raison de l’hostilité des libéraux des Verts et des socialistes notamment.
 
 
François Bayrou est critiqué  à droite comme à gauche

Dans ce dispositif de campagne le Modem fait peur à tout le monde. Les socialistes craignent que François Bayrou attire à lui les « anti-sarkozystes » ce qui est le but fondamental de sa démarche présidentielle pour 2012. Ils lui reprochent de signer « l’acte de décès de la démocratie chrétienne », répudiée, selon l’expression de Benoît Hamon, par  le président du Modem qui « se concentre sur une autre élection et sur son rapport avec Nicolas Sarkozy ».
Martine Aubry elle aussi cherche à égratigner François Bayrou en lui demandant « quelques royalties »  pour avoir commis dans son livre « Abus de pouvoir » quelques emprunts : « je sens comme un petit plagiat » a-t-elle dit  au livre édité par les socialistes intitulé « la France en libertés surveillées ».
De même elle a repris à son compte le formule du leader des eurodéputés socialistes allemands du SPD, Martin Schultz qui fait un tabac dans les meetings du PS en France,  selon laquelle François Bayrou ressemble à « Karl Marx en exil quand il est en France mais se révèle comme le plus libéral des barbares quand il est en Europe ».
Quant aux dirigeants de  l’UMP, ils ne cessent de tirer à boulets rouges sur le président du Modem qui, selon eux,  « n’a pas de propositions à avancer sur l’Europe mais se contente de faire de l’anti-sarkozysme primaire ».  Tous les moyens sont bons. Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a même accusé le 11 mai François Bayrou d’être un « ultra conservateur » car il soutient la candidature de Mario Monti qu’il classe dans les « ultra libéraux ».
De fait, François Bayrou, habilement, a proposé les noms de l’ancien commissaire européen au marché intérieur puis à la concurrence, Mario Monti et de l’ancien premier ministre belge de centre-gauche, Guy Verhofstadt pour prendre la tête de la Commission de Bruxelles après les élections européennes du 7 juin. Une fois encore, François Bayrou, l’européen, a vu juste en appuyant sur le point faible des partis socialistes européens.
Le « troisième homme » de la présidentielle de 2007 n’a pas dit son dernier mot dans ces élections européennes de 2009 où il joue une bonne part de sa crédibilité et de son avenir politique.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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