La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 6 mai 2009

Le deuxième anniversaire de l’élection 
de Nicolas Sarkozy à l’Elysée :


- Le président de la République lance la campagne
des Européennes à Nîmes sur le thème :
« il faut changer l’Europe comme je fais changer la France ! »


- Les socialistes critiquent un « échec cuisant et sidérant »

- François Bayrou dénonce
une « rupture avec le modèle républicain français »

Le président de la République n’a pas souhaité célébrer  le 6 mai le deuxième anniversaire de son élection à la présidence de la République. On le comprend.
D’une part, il  paie durement et personnellement les effets de la crise économique et sociale qui entame sa crédibilité (67% des Français estiment qu’ « il n’apporte pas de solution à leurs  problèmes » et 61% qu’il n’est pas « proche des gens » (+18% par rapport à février 2008)).   
D’autre part, il entend poursuivre son projet qui consiste à « changer la France » et depuis son discours de lancement de la campagne européenne à Nîmes le 5 mai, à « changer l’Europe ». Nicolas Sarkozy s’est fixé ce double objectif, comme l’a indiqué clairement, Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, le 6 mai sur Europe 1. « En 2007, l’élection de Nicolas Sarkozy et des députés ont permis de faire changer la France. Nous voulons par  ces élections européennes le même engagement des députés européens pour faire changer l’Europe».   
De fait, le  discours du meeting de Nîmes, présenté par l’Elysée comme une réunion  « républicaine »  - le chef de l’Etat s’est bien gardé de parler directement des élections européennes du 7 juin pour que son temps de parole ne soit pas décompté dans la campagne de l’UMP mais la salle était composée en grande majorité de militants UMP –, avait pour objectif principal  de  remobiliser son électorat en réduisant  la fracture entre ceux qui avaient voté « oui » à la constitution européenne et ceux – gaullistes compris – qui restent très eurosceptiques.
« La construction européenne ne se fait pas aux dépens de la France. Il faut un vrai volontarisme pour sortir plus vite de la crise et construire un nouveau modèle de croissance européenne. La présidence française a montré que c’était possible » a encore souligné Xavier Bertrand en assurant le service après-vente de ce discours de Nîmes.

 « Nous avons commencé, je vous propose de continuer ensemble »

C’est donc en véritable patron de l’UMP que Nicolas Sarkozy  a lancé, le 5 mai à Nîmes, la campagne des élections européennes. Plus qu’un programme, c’est à son habitude des prises de position fortes et volontaristes qui ont constitué l’essentiel de son discours « républicain ».  « Il faut changer l’Europe ». C’est possible puisque c’est ce qui a été fait pendant la présidence française de l’Union européenne » a-t-il dit. Nicolas Sarkozy  a  insisté sur la concordance de son action en France et en Europe.   « Nous devons cesser de parler de l’Europe comme de quelque chose d’extérieur à nous-mêmes. L’Europe ce n’est pas eux, c’est nous. Si nous ne nous battons pas pour changer l’Europe, elle ne changera pas toute seule. Balayons toutes les vieilles idées, les vieilles certitudes : la crise nous rend de nouveau libres d’inventer notre avenir. Nous avons commencé, je vous propose de continuer ensemble ».
Comme à son habitude, le chef de l’Etat a émaillé son discours de promesses et de propositions spectaculaires – une centrale européenne d’achat de gaz, une taxe carbone  et un régulateur bancaire. Il a préconisé un  « nouveau modèle de croissance » fondé sur des investissements massifs dans la recherche, les technologies propres, l’éducation, la santé  pour sortir de l’Europe de l’impuissance etc. Le tout émaillé de prises de positions fortes et appuyées en direction de son électorat populaire comme son refus absolu de faire entrer la Turquie dans l’Union européenne (il a parlé à ce sujet de l’héritage de la chrétienté dont, « nous n’avons pas à nous excuser »)   et celui d’élargir encore les frontières de l’UE. Ou bien encore sa résolution d’augmenter les impôts ce qui, selon lui, créerait  des distorsions – « les contribuables français n’ont pas à être traités moins bien que les Allemands où alors pourquoi faire l’Europe ? » a-t-il dit.

Avec Angela Merkel et José-Luis Zapatero
Nicolas Sarkozy qui avait été absent de la campagne des élections municipales et cantonales l’an dernier qui avaient constitué une nette victoire de la gauche sera très présent dans la campagne des élections européennes qu’il a voulu courte – elle ne durera qu’un mois d’ici au 7 juin. D’ailleurs, les listes UMP ne seront définitivement connues que le 7 mai après son ultime arbitrage.
 Le chef de l’Etat qui va jouer les locomotives pour cette campagne des élections européennes se rendra le 10 mai à Berlin pour un meeting avec Angela Merkel et deux jours plus tard, il sera à Toulouse aux côtés de José-Luis Zapatero, le premier ministre espagnol… socialiste. Ce qui ne va pas manquer d’embarrasser les socialistes français puisque ce même Zapatero soutient la candidature du président ultra libéral de la commission de Bruxelles, le portugais Barroso, « bête noire » des socialistes européens !  
Le but de toute cette agitation est manifestement d’éviter le « vote-sanction » que les socialistes lui prédisent et de mobiliser suffisamment l’électorat de la majorité actuelle (le risque d’une abstention dépassant les 60% existe) pour que les listes UMP arrivent en tête – les sondages leur donnent actuellement la préférence  autour de 27% – alors qu’elles avaient été nettement distancé de plus de dix points par le PS lors des précédentes élections de 2004.

Un capital de confiance qui a fondu avec la crise
Deux ans après, les Français vont  retrouver à travers la campagne des élections européennes,  les accents volontaristes du candidat vainqueur de  l’élection présidentielle de 2007.  Force est de constater cependant que le chef de l’Etat a perdu une bonne partie de son crédit auprès des Français qui, rappelons l’avaient élu avec 53% des voix – le plus fort score depuis Pompidou à l’exception des  82% réalisés par Jacques Chirac en 2002 face à Jean-Marie Le Pen -  avec une forte participation près de 84% de votants.
Même s’il refuse de parler de « bilan », il faut se souvenir aussi que le chef de l’Etat avait souhaité instaurer une « culture des résultats » dans l’action politique. Les résultats de l’action  du chef de l’Etat sont considérés comme négatifs par 63% des Français selon un sondage Sofres et plus précisément, dans le domaine économique,  un Français sur quatre se déclare surpris en mal  (35% à gauche et 18% à droite) alors que 14% seulement affirment avoir été surpris en bien, selon un autre sondage BVA.
Nicolas Sarkozy se targue d’avoir fait ce qu’il avait promis – abolition des 35 heures, bouclier fiscal,  réformes de la justice, des hôpitaux et des universités etc. Il a été toutefois complètement pris à défaut par le contexte économique mondial et la fameuse crise financière, qui lui ont coupé l’herbe sous les pieds et ont  rendu caduque  la réalisation concrète de son objectif  initial « travailler plus pour gager plus ! ».  Aujourd’hui, le chômage et les déficits s’accroissent et le pouvoir d’achat notamment pour les classes moyennes diminuent. D’où le désamour d’une majorité de français même s’il espère  pouvoir conserver  le soutien  – c’est l’objectif de cette campagne européenne énergique  – de la majeure partie du noyau dur de son électorat (31,8% en 2007).   
 
Le PS critique le bilan d’« échec » Sarkozy-Barroso…
Même si l’on peut imaginer que dans la tempête monétaire mondiale qui a entraîné les conséquences  économiques et sociales que l’on constate dans notre pays, ni Ségolène Royal ni François Bayrou n’auraient sans doute fait mieux,  le président de la République est cependant la cible des critiques des socialistes qui ne se font pas prier pour parler, d’un échec cuisant et sidérant », selon la formule utilisée par le porte-parole du PS, Benoît Hamon, le 5 mai.
Dans un  document de 32 pages intitulé « l’échec », le PS a examiné les « promesses » de campagne du chef de l’Etat « en matière de pouvoir d’achat, d’emploi, d’éducation, de libertés, d’insécurité etc. Les socialistes considèrent que le président de la République et son gouvernement ont joué le jeu de l’Europe « ultralibérale » voulue par l’actuel président de la commission de Bruxelles,  José-Manuel Barroso et qu’il existe donc une contradiction entre son discours volontariste et réformateur et le soutien de Nicolas Sarkozy à José-Manuel Barroso qui , selon eux, « a pratiqué avec lui une politique de casse sociale systématique en Europe » comme l’a déclaré  Harlem Désir, tête de liste socialiste pour l’Ile-de-France aux élections européennes.

…et comptent sur un vote-sanction
Les socialistes comptent donc sur un « vote-sanction » afin de réduire l’influence de « la droite française et européenne » - au sein de laquelle ils placent  notamment François Bayrou - et imposer une « autre politique », celle du « Manifesto » élaboré par les 27 partis socialistes et sociaux-démocrates européens.  Pierre Moscovici, ancien ministre  des affaires européennes de Lionel Jospin, tout en reconnaissant à Nicolas Sarkozy d’avoir fait « quelques coups » et « secoué le cocotier » lui reprochait le 5 mai sur RTL d’avoir « piétiné la Commission européenne avec un Barroso extrêmement complice » et d’agir « comme un manager,  sans aucun principe et sans aucune culture historique ».
Dans cette campagne des élections européennes les socialistes vont jouer gros.  Après leur victoire aux élections locales de 2007, ils vont chercher à confirmer leur place de premier de la classe des consultations électorales.  Mais le chalenge est très élevé Pour Martine Aubry, la fille de Jacques Delors, car aux précédentes  élections européennes de 2004, ils avaient réalisé un  carton plein avec 28,9% (contre 16,63% à l’UMP et 11,9% à l’UDF de François Bayrou).  Le PS espère obtenir un score se situant entre 20 et 23%.
Dans ce scrutin européen qui revêt un aspect de politique intérieur dans l’opposition. Les socialistes sont confrontés à des concurrents non négligeables. Les premiers à gauche sont les nouveaux du « Nouveau parti anti-capitaliste » (NPA) d’Oliver Besancenot qui ne semblent pas faire peur à la direction du PS qui a remarqué par exemple la quasi absence du NPA ans les défiles du 1er mai. Il y a aussi le « Front de gauche » des dissidents du PS proches de Jean-Luc Mélenchon alliés avec le PCF.

François Bayrou, « concurrent » déclaré du PS dans l’opposition

A l’évidence celui qu’ils craignent le plus est naturellement François Bayrou qu’ils viennent officiellement de désigner comme un  « concurrent » au sein de l’opposition par la bouche du porte-parole du PS, Benoît Hamon. « Concurrence pour les élections européennes, c’est vrai, pour la suite, c’est vrai » a déclaré  le leader du Modem à Canal +, le 4 mai. « Il y a des millions et des millions de Français qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir actuel et en même temps ne se reconnaissent pas dans le PS ». Curieusement, l’identité des centristes jusqu’alors s’appuyait sur leur option européenne. Or, dans son dernier livre « Abus de pouvoir », le président du Modem n’évoque pas cet enjeu et concentre uniquement ses critiques sur l’action de Nicolas Sarkozy qu’il qualifie de « rupture avec le modèle républicain français pour rejoindre l’autre modèle inégalitaire » comme il ‘a dit, le 4 mai à France-Inter. « Il a complètement squeezé la campagne européenne du Modem. Les Européens convaincus ne veulent qu’on leur parle de 2012  » estimait Daniel Cohn-Bendit, le 6 mai à « France-Inter ».
Décidemment ces élections européennes jusqu’ici négligées se présentent comme un test important dont les résultats pèseront sans doute lourds sur la conduite  politique d’ici la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. 

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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