Après les mobilisations syndicales du 29 janvier et du 19 mars qui ont réuni dans la rue plus d’un million de personnes, les huit organisations confédérales ont appelé ce Premier Mai 2009 à une journée unitaire exceptionnelle dans l’histoire du mouvement ouvrier en France. Une première qui concerne les huit principales organisations syndicales françaises. Du jamais vu !
Comme l’a souligné Bernard Thibault de la CGT, le 29 avril sur « Europe 1 », il s’agit d’une première dans l’histoire syndicale française puisque les huit principaux syndicats défileront ensemble pour défendre une « plateforme commune » pour la défense de l’emploi, des services publics et du pouvoir d’achat. La CGT de Paris en présentant sur son site Internet la manifestation qui se déroulera dans la capitale de la place Denfert- Rochereau à la Bastille souligne que « la mobilisation va crescendo » et que « l’opinion publique est, on ne peut mieux, en phase avec le mouvement social ». De fait, le sondage BVA-Orange pour « L’Express » fait apparaître que 71% des personnes interrogées soutiennent le mouvement.
Le gouvernement suivra donc avec attention la participation des salariés aux 280 cortèges qui seront organisés dans toutes la France. La fièvre sociale actuelle devrait permettre aux syndicats de réunir plus de manifestants que lors des précédents défiles massifs du 1er Mai qui remontent à 2003 sur fond de réformes des retraites. Jusqu’à présent, le gouvernement souhaite accréditer l’idée qu’il est aux côtés des Français frappés par la crise. Les défilés du 1 er Mai à travers toute la France prouveront peut-être le contraire.
Un 1er Mai avec une mobilisation exceptionnelle face à la crise
Il n’y a aucune chance que le gouvernement aille au-delà des mesures annoncées le 18 février après le sommet social de l’Elysée. Pas question de reculer sur l’abolition du bouclier fiscal, réclamé encore le 29 avril au Palais Bourbon par les députés socialistes à travers le dépôt d’une proposition de loi, ni sur une augmentation du SMIC déjà repoussée par le ministre du Travail Brice Hortefeux, le 26 avril. Les syndicats vont donc poursuivre leur pression pour tenter de faire bouger le gouvernement.
Ils se réuniront le 4 mai pour décider de la suite à donner au mouvement. Le mot d’ordre de grève nationale proposé par FO ne recueille pas l’approbation des autres organisations syndicales comme la CGT et la CFDT. C’est plutôt vers une troisième journée de mobilisation nationale que l’on s’oriente d’ici à la fin juin. Les principaux responsables des organisations syndicales craignent en effet d’être débordés par des « comités de grèves » plus ou moins noyautés par des militants politiques d’extrême gauche comme le NPA d’Olivier Besancenot ou Lutte Ouvrière.
Pas de photo politique people Aubry-Royal le 1er Mai
A leur propos François Chérèque de la CFDT parle de « vautours ». De son côté Bernard Thibault a été très clair, le 29 avril sur Europe1 contre toute tentative de récupération politique. « Quels qu’ils soient les partis ceux qui prétendraient se substituer, orienter, guider l’action syndicale rendraient un très mauvais service à la défense des revendications puisqu’ils demanderaient aux syndicats d’organiser le message de mobilisation sur la base de clivages politiques alors que le succès de la mobilisation tient à ce que les gens qui revendiquent le font au-delà de leur s préférences partisanes ». Cet avertissement valait aussi bien pour les trotskystes que les socialistes !
C’est pourquoi Martine Aubry a fait contre mauvaise fortune bon cœur en apprenant in extremis que Ségolène Royal ne participerait pas comme cela était prévu à ses côtés à la manifestation du 1er Mai à Paris. La présidente de la région Poitou-Charentes préfère défiler à Niort avec les salariés d’Heuliez qui le lui ont demandé. Dans l’entourage de Ségolène Royal on explique cette défection de dernière minute par le refus d’ « instrumentaliser » la Fête du travail pour un « rafistolage politique ».
Martine Aubry se réjouit que « tous les dirigeants socialistes soient dans leur région ou à Paris, ensemble (avec les syndicats) dans les manifestations » alors que, pour reprendre son expression dans « Le Parisien » « le pays gronde ». Il est évident que la photo people de tous les leaders socialistes au défilé du 1er Mai à Paris de martine Aubry à François Hollande en passant pas Ségolène Royal et Bertrand Delanoë aurait donné un caractère très politicien à cette mobilisation populaire.
Les amateurs de sensations fortes devront dans doute attendre le meeting de la campagne européenne du PS qui se teindra à Rezé le 27 mai en Loire-Atlantique pour fixer l’image de Martine Aubry et Ségolène Royal côte à côte sensée symboliser « l’unité retrouvée » d’un PS qui continue néanmoins à s’organiser autour de courants présidentiels - François Hollande vient d’en constituer un avec ses compagnons de l’ex-direction du PS, Stéphane Le Foll et Bruno Le Roux -.
La « résistance » jugée nécessaire par François Bayrou
Si avec la crise mondiale, Nicolas Sarkozy garde la main face à des socialistes en cours de réorganisation et une gauche qui n’a pas encore élaboré un contre-programme crédible face à celui de l’actuelle majorité, il va surveiller aussi de très près le « troisième homme » de la présidentielle de 2007 qui avait créé la surprise il ya deux ans : François Bayrou.
Le président du Modem vient de lancer, le 29 avril un brûlot - « Abus de pouvoir » chez Plon - contre Nicolas Sarkozy, qui ressemble à s’y méprendre à l’initiative de François Mitterrand face au général de Gaulle dans les débuts de la V ème République où le futur président de la République socialiste comparait le fondateur de la « France Libre » à un …dictateur.
C’est la même démarche que François Bayrou poursuit aujourd’hui en affirmant dans son livre qu’il plante « les pilotis de la résistance nécessaire » à l’exercice du pouvoir tel qu’il est pratiqué par Nicolas Sarkozy qui confine, selon lui, à « un abus de position dominante ». Selon François Bayrou, le pouvoir de Nicolas Sarkozy n’a pas de limite « pas même celle de la loi surtout pas celle des principes » poursuit-il implacable. François Bayrou entend jouer ainsi sur les deux tableaux : dans l’opposition avec une partie de la gauche socialiste et dans la majorité UMP … avec Dominique de Villepin.
Mais pour battre Nicolas Sarkozy en 2012, il faudrait soit que les socialistes se scindent en deux – Ségolène Royal comme les autres prétendants ne se lanceront pas dans cette démarche suicidaire » - soit que l’actuel président de la République s’effondre et perde l’appui de la base de son parti, l’UMP.
Dans ce cas l’alliance esquissée de François Bayrou avec Dominique de Villepin deviendrait impossible compte tenu de l’ambition élyséenne affichée récemment par l’ancien premier ministre de Jacques Chirac. Reste à savoir si le cavalier seul « républicain » de François Bayrou est susceptible d’intéresser ou de convaincre les centaines de milliers de manifestants du 1 er Mai ? A l’heure actuelle c’est peu probable. Dans trois ans qui sait…

Le directeur de la Lettre Horizons
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