Quatre mois après son accession à la tête du PS, Martine Aubry a dressé un bilan globalement positif de son action e 29 avril sur France-Inter même si son prédécesseur François Hollande regrettait, il y a quelques jours sur France 2 que son parti n’ait toujours pas de « leader naturel ».
La première secrétaire du PS s’est félicitée à cette occasion que le PS soit « uni » et présent « dans la rue » comme il le prouvera le 1er mai à l’occasion d’une manifestation qui devrait rassembler les leaders du PS comme Ségolène Royal, François Hollande et Bertrand Delanoë à Paris. « Les syndicalistes nous disent qu’ils sont heureux de retrouver les socialistes dans des manifestations » a souligné encore Martine Aubry.
De même, la fille de Jacques Delors, l’ancien président de la Commission de Bruxelles ne cache pas son plaisir d’avoir pu lancer, le 24 avril à Toulouse, la campagne des socialistes européens avec un PS français rassemblé sur le premier programme commun aux 27 partis socialistes européens : « le Manifesto ». A cette occasion, elle a même trouvé un excellent orateur, l’allemand Martin Schulz, président du groupe socialiste au parlement de Strasbourg, que les socialistes français comptent bien utiliser dans leurs meetings durant leur campagne européenne d’ici au 7 juin.
Tout irait pour le mieux au PS, si plusieurs « inconnues » ne venaient pas jeter un doute sur les résultats attendus ou espérés.
Les inconnues de la participation et de la stratégie « anti-Sarkozy »
En premier lieu, comme pour tous les autres partis en compétition, le PS peut redouter un fort taux d’abstentions, ce qui est fâcheux pour ceux qui au PS veulent donner à ce scrutin du 7 juin le caractère d’un «référendum anti-Sarkozy».
Une option stratégique que ne partage pas, le député des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Louis Bianco, l’un des proches de Ségolène Royal, qui était l’invité du Forum des journalistes parlementaires, organisé le 29 avril au Palais Bourbon. En second lieu, il apparaît certains d’ores et déjà que le score du PS en 2009 sera vraisemblablement inférieur à celui qu’il avait réalisé lors du précédent scrutin de 2004. Le PS était arrivé largement en tête avec près de 29% contre 16,63 % à l’UMP et 11,94% à l’UDF. Cette fois-ci, le score des socialistes devrait se situer entre une hypothèse « haute » de 25% et « basse » de 20% alors que l’UMP selon toute vraisemblance arrivera en tête de toutes les formations hexagonales avec plus du quart des votants. Surtout si Nicolas Sarkozy mène la campagne comme il paraît vouloir le faire avec le meeting de lancement qu’il présidera le 5 mai à Nîmes.
Enfin, tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde au PS. Henri Emmanuelli, François Hollande et Bertrand Delanoë pencheraient plutôt pour une campagne « anti-Sarkozy » alors que Martine Aubry et les « royalistes » jouent plutôt la carte unitaire européenne du « Manifesto » avec des propositions économiques - une relance vigoureuse et la lutte contre les paradis fiscaux - et sociales (mise en place d’un SMIC partout en Europe dans les trois mois et limitation des bonus et autres « parachutes dorés »).
La cible est Barroso mais il n’y a pas de consensus pour le remplacer
Tous sont d’accord en revanche pour cibler leurs attaques contre José-Manuel Barroso, président portugais de la Commission européenne et « sa majorité conservatrice dont fait partie l’UMP). Manque de chance, si les 27 partis socialistes se sont mis d’accord pour la première fois de leur histoire sur un programme commun, ils n’ont pas en revanche de « candidat commun » pour la présidence de la Commission de Bruxelles.
Les Portugais et les Espagnols font jouer leur solidarité « ibérique » en faveur de Barroso qui est aussi le candidat du britannique Gordon Brown. Les socialistes français proposent le président du PSE, le danois Poul Nyrup Rassmussen ou, en second choix, l’ancien ministre allemand vert des affaires étrangères Joschka Fischer. Dans ces conditions, les affiches de campagne du PS « Sarkozy-Barroso stop ! Changeons maintenant » risquent d’être décrédibilisées par l’option contraire prises par certains partenaires socialistes européens eux-mêmes.
Les dirigeants socialistes français attendent également de ces élections européennes du 7 juin qu’elles leur donnent une indication sur l’état réel des forces en présence. Selon Jean-Louis Bianco, le président de la République devrait conserver son « socle » de 2007. Reste à savoir les scores que réaliseront les deux rivaux actuels du PS, le Modem de François Bayrou et le NPA d’Olivier Besancenot.
Le programme PS d’abord, la discussion avec Bayrou ensuite !
En ce qui concerne le leader centriste, Martine Aubry a repris une formule de Martin Schulz qui a fait mouche. «François Bayrou, je le connais, il joue Karl Marx en exil à Paris mais à Strasbourg, il vote avec les libéraux ! » a-t-il dit au meeting de Toulouse. Tant que le président du Modem n’aura pas clarifié ses idées, ajoutait Jean-Louis Bianco (« pendant la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal avait trouvé un terrain d’entente avec lui sur l’ « Etat impartial » et le social mais pas sur l’économie libérale» précise le député des Alpes de haute Provence), il n’y a rien à discuter avec lui, contrairement à ce qu’affirme François Hollande.
En réalité, la formulation exacte de Jean-Louis Bianco devrait être la suivante : tant que les socialistes n’ont pas clairement défini leur programme, il n’est pas utile de discuter avec François Bayrou. Ceci étant il ne doit pas y avoir de tabou vis-à-vis des centristes.
Et déjà les rivalités internes s’esquissent sur le futur programme du PS. Martine Aubry affirme sur France-Inter le 29 avril qu’elle présentera après les européennes, fin juin-début juillet, un programme ou une esquisse de programme pour 2011 « assez innovant ».
Les deux favoris de Jean-Louis Bianco pour 2012
Quelques heures plus tard, le « royaliste » Jean-Louis Bianco s’étonne de cette précipitation et annonce qu’il dirigera lui-même, cet été, des « universités participatives de la connaissance » organisées par « Désirs d’avenir » qui regroupent des adhérents socialistes mais aussi d’autres militants jeunes, syndicalistes et chefs d’entreprise qui ne le sont pas.
Et pour bien se faire comprendre, le même Jean-Louis Bianco affirme tout de go que les deux leaders scoliastes qui ont actuellement le plus de chance pour représenter le PS en 2012 sont Ségolène Royal et …Dominique Strauss-Kahn.
Exit, François Hollande qui aura du mal, selon lui, à se forger une nouvelle image ; Laurent Fabius qui s’est mis un peu hors jeu depuis son retournement de 2005 sur l’Europe et aussi Martine Aubry, trop accaparée par la tâche « extraordinairement difficile « de premier secrétariat. Les intéressés apprécieront. Pour Jean-Louis Bianco, le candidat du PS à la prochaine élection présidentielle choisi par les militants sera celui ou celle qui saura renouveler le mieux « la pensée socialiste ».
Et dans cet exercice, ce n’est qu’une arrière-pensée de plus au PS, le principal animateur des clubs « Désirs d’avenir » estime que Ségolène Royal sera certainement mieux placée que DSK, rivé à son poste de directeur du FMI à Washington en principe jusqu’en 2012. CQFD.

Le directeur de la Lettre Horizons
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