La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 29 avril 2009

Notre pays est-il poussé à la schizophrénie
par la gestion « sarkozyienne » de la crise mondiale?

- Regain de popularité pour le couple Elysée-Matignon…

- Mais 71% des Français souhaitent
à la veille du 1er mai
un changement de cap de la politique économique et sociale,
selon un sondage BVA-L’Express

Les signes patents de la crise économique et sociale sont bien là. Le chômage a grimpé de 2,7% en mars touchant en particulier les jeunes hommes âges de moins de 25 ans. Un sur deux est à l’heure actuelle à la recherche d’un travail et l’on ose penser à ce qu’il risque d’advenir à l’automne lorsque la prochaine classe d’âge de 500 000 à 600 000 diplômés va se retrouver sur le marché du travail.
La récession économique est évidemment la cause de cette flambée du chômage avec une progression de 46% des licenciements économiques en un an.  Et tout le monde s’accorde, le premier ministre en tête à considérer que l’année 2009 sera mauvaise aussi bien économiquement (notre pays sera en récession à – 2,5%)  qu’au point de vue du chômage qui va perdurer jusqu’à la fin de l’année au moins.

Les mécontentements face à des réformes contestées

Les mouvements de mécontentements sur la réforme des universités ne faiblissent pas malgré les avertissements de la ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur sur les risques d’une année perdue pour les enseignants chercheurs et leurs étudiants. Toutes les concessions déjà faites par Valérie Pécresse n’ont pas réussi à dissoudre  le large front du refus qui perdure.
De son côté, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot doit reconnaître après les manifestations du 28 avril  que sa réforme des hôpitaux qui accorde les pleins pouvoirs aux directeurs d’hôpital, incarnation de l’administration gestionnaire (jugée « sans aucune compétence médicale » par les « grands professeurs » et l’ensemble des personnels hospitaliers)  ne passe pas bien. Au point que, fait relativement exceptionnel,  le président de l’Assemblée nationale  - où ce texte a déjà été adopté – souhaite ouvertement que le Sénat qui va s’en saisir le 12 mai,  lui  apporte… des « modifications » à cette loi Bachelot notamment sur la question de la gouvernance ! 
Manifestement, deux ans après son élection à l’Elysée,   Nicolas Sarkozy  (31,18% des voix le 22 avril 2007 au premier tour et 53,06% le 6 juin avec une forte participation de 83% de votants)  n’a pas convaincu du bien fondé de sa politique. Le promoteur du  « travailler plus pour gagner plus » avait parié sur la croissance, c’est la récession qui s’est abattue sur le monde avec la terrible déconvenue du capitalisme boursicoteur et des « subprimes ». Le projet présidentiel de 2007  paraît aujourd’hui totalement déconnecté de  la crise mondiale et de ses répercussions.  

71% des Français veulent une autre politique économique mais…
Il n’est donc pas surprenant que 71% des Français dans le sondage BVA-L’Express du 28 avril approuvent les syndicats qui défileront le 1er mai pour la première fois depuis bien longtemps de façon « unitaire »  pour demander  « un changement de cap de la politique économique et sociale du gouvernement ». Tout le monde est d’accord sur ce point : .la droite (53%) comme la gauche (88%) ; les cadres et professions libérales (75%) comme les ouvriers et employés (77%).
Et pourtant Nicolas Sarkozy comme le Premier ministre et les membres du gouvernement maintiennent leur cap -  INTEGRALEMENT – sans changer un iota  des directives présidentielles. Comme si pour eux  l’essentiel était de tenir les « promesses »  intégralement, sans se soucier outre mesure des modifications que les circonstances mondiales pourraient imposer. C’est le choix « libéral » fondamental qui compte.  D’où le refus de prendre en compte des  exigences morales ou d’équité sociale de nos compatriotes favorables à  une taxation accrue sur les super profits des entreprises bénéficiaires du CAC 40, et au  renoncement des avantages accordés aux bénéficiaires d’ heures supplémentaires détaxées (alors que le chômage augmente de façon spectaculaire), alors que les Smicards en particulier ne s’en sortent plus et deviennent des « travailleurs pauvres » et au moment où même les classes moyennes écrasées par les impôts  qu’elles sont pratiquement les seules à payer  se sentent …déclassées.

…le pouvoir élyséen  reste droit dans ses bottes
Tout se passe comme si  le pouvoir élyséen n’entendait pas les cris de mécontentements des syndicats, des salariés y compris des cadres, des fonctionnaires enseignants et hospitaliers soumis après les militaires et les magistrats à la dure loi de la RGPP (révision générale des politiques publiques) à qui l’on doit aussi la réforme – pour l’instant repoussée des lycées-  et des collectivités locales en cours de préparation avec le Comité  Balladur. . 
En dépit de cet environnement dépressif,  le couple exécutif bénéficie en cette fin avril  d’une embellie dans le dernier baromètre BVA-L’ « Express » (sondage BVA effectué les 24 et 25 avril 2009).  Le président de la République gagne  un point (43% d’opinion positives  contre 49% de mauvaises opinion  (-4) et surtout le premier ministre s’affiche largement positif avec 51% des bonnes opinions (+6) et seulement 38% de mauvaises  (- 9 points) ! 
Les  raisons qui peuvent expliquer un regain positif  de la cote de popularité de l’exécutif sont de deux ordres. Pour le président de la République,  Marcel Gauchet, directeur de la recherches à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) explique dans un entretien à Libération daté du 28 avril que la crise tout en le prenant à contre pied justifie l’activisme de Nicolas Sarkozy. Selon lui, les deux armes principales du chef de l’Etat sont «  la communication » qu’il manie en virtuose et la vitesse et « l’emballement du rythme » : réformes annoncées à jet continu pour déstabiliser les opposants. « Ils n’ont pas le temps  de se mobiliser qu’on en est déjà à la réforme suivante (…) pour brouiller les cartes », estime Marcel Gauchet.

Fort regain de popularité de Fillon
Si le chef de l’Etat sait manier comme personne l’intransigeance verbale, les membres du gouvernement , Xavier Darcos, Valérie Pécresse et maintenant Roselyne Bachelot pour ne s’en tenir qu’à l’actualité doivent aussi  reconnaître que l’hôte de l’Elysée sait aussi pratiquer le compromis ou les retraits tactiques quitte à revenir à la charge rapidement comme avec la loi Hadopi  repoussée davantage à cause des dissensions à l’intérieur de la majorité que par la flibusterie de quelques députés socialistes  mais réinscrite le 29 avril à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale ou la loi sur le travail du dimanche , promesse présidentielle, qui nouveau ferment de discorde interne à la majorité reviendra …en juillet.
Si Nicolas Sarkozy est sauvé par son activisme, François Fillon lui bénéficie des  « cadeaux » fiscaux concrets  et des mesures en faveur des chômeurs partiels (plus de 90% du salaire net) qu’il vient de prendre. Là encore, la gestion est habile de la part de celui qui, il n’y a pas si longtemps, annonçait que notre pays était tombé pratiquement en faillite.
Les 7,7 milliards d’euros économies grâce aux 374 mesures issues de  la RGPP  (principalement sur la défense et le développement durable) sur les 1 000 milliards de dépenses du budget de l’Etat sont loin d’être suffisants mais c’est un essai qui sera repris et confirmé quand  la croissance reviendra.

La crise justifie l’activisme du chef de l’Etat et masque ses échecs
En dépit des avertissements y compris dans son propre camp d’Alain Juppé et Dominique de Villepin, le couple exécutif continue son bonhomme de chemin sur la voie des réformes libérales tout en ouvrant les vannes des dépenses quand c’est nécessaire pour calmer les angoisses et la grogne.
Quoi qu’on en dise, ce système de gouvernement en partie autiste et égocentrique  qui brouille les cartes sans régler les problèmes au fond, devrait  atteindre rapidement ses limites. Cela fait déjà deux ans que Nicolas Sarkozy est à l’Elysée, et l’on dirait que cela fait cinq ans : un quinquennat fictif avec beaucoup de promesses et d’admonestations mais peu de résultats concrets probants. 
« Abus de pouvoir » proclame  François Bayrou toujours à l’affut ; « méthode capricieuse de l’exercice du pouvoir » affirment les socialistes. Les mois qui viennent risquent d’être durs à supporter…pour tout le monde. 

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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