Durant cette trêve parlementaire de Pâques commencée par la pantalonnade de la loi Hadopi - rejetée contre toute attente à cause d’un manque de vigilance des députés UMP qui s’achèvera par son adoption votée sans doute telle quelle le 28 avril à la reprise des travaux du parlement - , les médias se sont efforcés d’occuper le terrain. De manière le plus souvent totalement futile soulevant à chaque occasion des faux débats sur des fausses questions.
Les plus caricaturaux ont tourné autour du regain de popularité de Jacques Chirac (74% d’approbation chez les Français) et sur les « pardonitudes » de Ségolène Royal pour des propos plus ou moins privés tenus par Nicolas Sarkozy.
Quel intérêt les Français peuvent-ils attacher aux résultats de sondages indiquant que l’ancien président de la République, bientôt octogénaire et relativement diminué physiquement, a retrouvé une cote d’amour inégalée ? Sinon, en creux souligner le discrédit qui atteint son successeur qui doit affronter la crise économique la plus importante depuis 1929. Cela tout le monde le sait.
Encore faudrait-il que les médias ouvrent le vrai débat sur la cause principale de ce désamour. Et ce débat qui enfle dans le monde politique y compris dans les rangs de la majorité UMP est le suivant : le chef de l’Etat élu sur une problématique de développement économique – « travailler plus pour gagner plus » – est-il ou non totalement en porte à faux avec la réalité d’une dépression économique longue, admise à demis mots par le premier ministre jusqu’en 2010 au moins.
Dans ce débat fondamental, Jacques Chirac n’a rien à dire – il se garde de tout commentaire politique en sa qualité de membre de droit du Conseil constitutionnel - et ne dira rien. Alors pourquoi le mettre en avant comme s’il s’agissait d’un recours possible… Cela relève des lubies de commentateurs spécialisés dans la politique politicienne que le général de Gaulle brocardait en les qualifiant de « virtuoses de l’éphémère ».
L’autre faux débat porte sur les « excuses » répétées de Ségolène Royal au nom de la France au Sénégal puis à l’Espagne. Si le premier « pardon » pouvait être considéré comme un bon coup politique de la part de l’ancienne rivale socialiste de Nicolas Sarkozy - le président lui-même s’était aperçu de l’erreur qu’il commise dans son discours de Dakar où il avait dit que l’homme africain n’avait pas su encore marquer l’histoire - , la deuxième tentative de la présidente de la région Poitou-Charentes à partir de propos plus ou moins bien rapportés sur le premier ministre espagnol confine au ridicule.
Cette nouvelle « sortie » n’a pas pour but que de permettre à Ségolène Royal d’exister médiatiquement et aux dirigeants de l’UMP – Nicolas Sarkozy compris – de laisser à penser ce qu’aurait été la direction du pays si celle que l’on surnommait la « Zapatera » avait été élue à l’Elysée ! La seule victime expiatoire de cette polémique burlesque où l’on, se traite de folle ou de psychopathe n’est autre que… la classe politique elle-même.
A droite : faut-il continuer à faire des dettes et qui va les payer ?
Car les vraies urgences demeurent pour le pouvoir en place et elles impliquent de véritables ruptures avec ce qui s’est pratiqué jusqu’à présent aussi bien dans le domaine économique, social que politique.
Dans le domaine économique, le problème est simple : le maintien de la politique actuelle du choix prioritaire sur l’investissement avec le maintien du « bouclier fiscal » peut-il être considéré comme raisonnable alors que les déficits publics se creusent de façon exponentielle y compris dans le domaine social. N’est ce pas l’avenir des générations futures qui est en train d’être obéré dangereusement. Le cri d’alarme lancé durant la dernière campagne présidentielle de 2002 par François Bayrou notamment, résonne de plus en plus aux oreilles des Français qui constatent à travers l’exemple des Etats-Unis retombés au niveau des soupes populaires de la Grande Dépression combien il est dangereux pour un pays de vivre au dessus de ses moyens !
Tôt ou tard la question se posera de façon incontournable. Et alors que le ministre du budget Eric Woerth repousse l’idée d’un recours à l’impôt qui serait, selon lui, suicidaire, Philippe Séguin, le sage de la Cour des Comptes affirme que l’on ne pourra pas y couper et ajoute qu’accessoirement les riches devraient être davantage mis à contribution que les classes moyennes. Voilà une vraie question qui doit se poser au sein de la majorité actuelle !
A gauche : le principe de la cogestion peut-il être mis en pratique ?
En matière sociale, les licenciements en cascade décidés par des dirigeants inconnus de grands groupes résidant à l’étranger ou par des patrons de PME sous –traitants ont tendance à se multiplier en déclenchant des actions répréhensibles de séquestrations ou des surenchères appelant les salariés à la grève générale. Les patrons du Medef tentent de résister et ils ne veulent pas se laisser marcher sur les pieds – le leader des patrons de PME a demandé à ses adhérents de déposer des plaintes quand ils sont séquestrés puis libérés – .Mais ils savent qu’en période de crise, ils vont devoir dialoguer avec leurs salariés plus et mieux qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent.
De leur côté, les dirigeants syndicaux y compris de la CGT tentent de calmer les ardeurs et les débordements « révolutionnaires » voire « insurrectionnels » notamment de la part de jeunes dont 600 000 à 700 000 d’entre eux vont se retrouver - avec leurs diplômes - sur le marché du travail à l’automne sans perspective d’embauches
Là encore on connait le mal français : un manque de dialogue et de considération entre les chefs d’entreprise et leurs salariés. Un écueil que l’Allemagne a su éviter dans les années soixante en instituant le régime de la cogestion au sein des entreprises. Ne serait-il pas temps d’essayer de mettre en place une rupture de ce type ? Qui aura l’audace dans la classe politique de le proposer ? Voilà une autre vraie question à résoudre d’abord au sein de la gauche !
L’avenir des universités, l’éducation civique à l’école …
Toutes nos palinodies de la trêve pascale ne doivent pas faire oublier d’autres vraies urgences au premier rang desquelles figure l’avenir de nos universités remis en cause par la suppression de 900 postes d’enseignants-chercheurs et d’une paupérisation de l’encadrement des étudiants dans les universités.
Parmi les sujets les plus importants il faut placer aussi l’avenir de l’école et en particulier l’éducation civique qui vient de faire l’objet d’un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Dépister les petits caïds dès la maternelle (5 ou 6 ans), lutter contre l’inégalité de l’apprentissage de la langue, associer les parents y compris par internet, fournir aux professeurs des livrets estampillés et non plus des manuels d’instruction civique sur les droits et les devoirs des élèves etc. Voici autant de mesures préconisées dans le rapport de Alain-Gérard Slama, examiné le 21 avril au CESE, qui devraient être retenues d’urgence. Elles sont nécessaires plutôt que le énième décret sur l’interdiction des cagoules par les casseurs dans les manifestations ou la « dix huitième » loi sur la sécurité de l’ère Sarkozy visant cette fois-ci spécifiquement le phénomène des bandes.
… Et celui de l’Union européenne
La grande absente des débats politiques débattus actuellement est tout simplement l’Europe. Qui sait que les 7 juin prochain, 307 millions d’électeurs dans 27 pays éliront le nouveau parlement européen? Qui se doute que 70% des lois françaises sont la traduction des directives de la Commission de Bruxelles ou des lois votées par les eurodéputés de Strasbourg ? Les aliments que vous mangez – ou que vous ne mangerez plus (le thon rouge ou le fromage au lait cru), l’eau que vous buvez, la banque à qui vous empruntez, les jouets que vous achetez, l’essence que vous consommez…les normes, les coûts, la sécurité : tout cela est fixé ou régi par la législation européenne. Sans parler de la paix instaurée sur notre continent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ni la monnaie commune de l’euro, autant d’acquis relativement récents.
Certes, 73% des Français considèrent qu’ils sont insuffisamment informés sur le rôle du parlement européen (une campagne d’affiches du bureau parisien du parlement européen a commencé le 15 avril et partout ailleurs dans l’Union européenne). De fait, le mode de scrutin retenu en France, la proportionnelle de listes dans huit grandes circonscriptions n’est pas – loin de là - le plus attractif. Mais nos compatriotes savent bien faire entendre leur voix face aux grands enjeux lors des référendums en acceptant (de peu) la monnaie européenne avec le traité de Maastricht en 1992 ou en refusant la Constitution européenne en 2005. Dans la grande ère de la mondialisation qui fracasse aujourd’hui beaucoup de repères économiques, sociaux et nationaux, l’échéance du 7 juin revêt aussi une importance particulière.
A vous de choisir d’ici au 7 juin
Ici à « Horizons politiques » nous nous efforcerons d’aller au fond des choses c’est-à-dire de décrire les grands enjeux et les propositions de nos principaux partis politiques qui entrent cette semaine dans la bataille en commençant par le parti socialiste qui lancera la campagne des socialistes européens, le 24 avril à Toulouse en présence de Poul Nyrup Rasmussen, le président du parti socialiste européen (PSE), le rival futur du président de la Commission de Bruxelles sortante, le portugais libéral José-Manuel Barroso, déjà réinvesti pour un nouveau mandat par la plupart des gouvernements européens actuels..
De ce match là entre les libéraux protecteurs et les socialistes attachés au maintien du modèle rhénan dépend en grande partie notre survie économique, sociale et politique dans le monde de demain dont les cartes viennent d’être en partie redistribuées avec l’élection de Barack Obama. Cela vaut bien un moment d’attention et de réflexion. A vous de choisir !
Et pardon pour ce conseil… impératif.

Le directeur de la Lettre Horizons
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