La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 3 avril 2009

Le G 20 de Londres et le 60e sommet de l’OTAN,
et leurs retombées en France :



- Barack Obama, « reconnaissant »,
salue le leadership « courageux » de Nicolas Sarkozy
qui affirme que « les Etats-Unis et la France,
c’est la même famille ! »


-  « C’est au-delà de ce que nous pouvions imaginer »,
se félicite Nicolas Sarkozy après le G 20 mais…


- Il faudra attendre que les réformes promises
s’appliquent notamment sur les « paradis fiscaux »
(première évaluation en septembre)


- La France reste au régime sec :
pas de nouvelle relance, une baisse probable  
du livret A à 1% en août

« Les Etats-Unis et la France, c’est la même famille » a déclaré Nicolas Sarkozy en recevant le 3 avril à Strasbourg le président américain Barack Obama. Les deux hommes d’Etat qui ont guerroyé ensemble pendant la réunion du G 20 face aux dirigeants chinois pour obtenir des avancées en particulier dans la lutte contre les « paradis fiscaux » ont multiplié les signes d’entente au cours de  leur conférence de presse commune dans la cour du palais des Rohan face à la cathédrale de Strasbourg.
Le président américain a félicité  Nicolas Sarkozy   pour son leadership « courageux » et lui a exprimé sa gratitude. « Il est honnête et cohérent » a-t-il dit en exprimant  sa reconnaissance pour le geste de réintégration de la France dans l’OTAN.
De son côté, le président français a souligné que les Etats-Unis étaient des « amis et des alliés ». « C’est la même famille » a encore affirmé Nicolas Sarkozy. Interrogé sur l’accueil éventuel en France d’un prisonnier de la prison de Guantanamo que Barack Obama s’est engagé à fermer, le chef de l’Etat a estimé que « Guantanamo n’était pas conforme aux Etats-Unis ».  Nicolas Sarkozy  a également  insisté sur la volonté d’ouverture du nouveau président des Etats-Unis avant d’ajouter : « L’URSS c’est fini. On ne va pas réinventer la guerre froide (…) Nous soutenons complètement la nouvelle stratégie américaine ».
Les discussions tous azimuts que le nouveau président des Etats-Unis a eu avec les membres du G 20 à Londres puis avec les alliés de l’OTAN au premier rang desquels figurent Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Strasbourg et à Kehl les 3 et 4 avril ont pour but de lui permettre de poser  les premiers jalons d’un nouvel ordre mondial prenant  davantage en compte les avis des partenaires européens  et de ceux des pays émergents ce qui marque une rupture avec la diplomatie de son prédécesseur George W.Bush.  
Cette visite en Europe du président américain prendra-t-elle un tour historique avec une OTAN renouvelée  dans ses buts et ses méthodes et une économie capitaliste réorientée vers la satisfaction des hommes en non plus de détenteurs de fortunes factices et éphémères ?  
 



Un G 20 bourré de bonnes intentions et de promesses symboliques
Beaucoup à travers le monde souhaitent  croire que le sommet du G 20 à Londres qui s’est tenu le 2 avril a  jeté les bases d’un nouvel ordre économique mondial. « Les conclusions du G 20 marquent une avancée » reconnait lui-même le Parti socialiste dans un communiqué publié le 3 avril. Comme l’a dit le président de la République à l’issue du G 20 : « nous sommes tous sont conscients que seuls, nous ne pouvons rien ».  C’est pourquoi, tous ont été servis dans cette formidable kermesse aux promesses.
 Le président américain Barack Obama et les anglo-saxons avec les 5 000  milliards de dollars débloqués pour relancer la croissance et présentés par Gordon Brown, comme « une étape fondamentale de la reprise ». 
Le couple franco-allemand é Sarkozy-Merkel qui a obtenu une victoire symbolique sur les « paradis fiscaux » avec l’appui du président américain et l’affirmation du premier ministre britannique que « le temps du secret bancaire est révolu ».  
Les dirigeants chinois qui ont affirmé pour la première fois leur rôle prépondérant en bataillant ferme sur les paradis fiscaux et en exigeant une réforme rapide du Fonds monétaire international (FMI) afin de transformer cette « annexe du trésor américain » en organisation représentative des nouveaux équilibres.
Au passage, le patron  du FMI, Dominique Strauss-Kahn voit ses ressources tripler et obtient l’autorisation de vendre une partie de ses réserves en or pour soutenir les pays en voie de développement.
Personne ou presque n’a été oublié même si la volonté de réorienter l’économie vers le développement durable ne fait l’objet que d’une simple mention dans le communiqué final qui prévoit de construire « une reprise soutenue et verte » sans engagement chiffré, ce qui chagrine les altermondialistes et ONG vertes… les seules à bouder les résultats de ce G 20 de Londres.
Et pourtant, si on veut entrer dans le détail – et sans faire pleurer Margot – il conviendrait de garder la tête froide et ne pas se faire trop d’illusions sur les retombées concrètes de cette débauche de bonnes intentions.

Les « paradis fiscaux » noirs, gris ou… ailleurs
Le point le plus symbolique du côté français, comme nous l’avions indiqué, portait sur la fin des « paradis fiscaux ». Force est de constater que la victoire n’a pas été totale sur ce sujet puisque le G20 n’a pas annexé dans son communiqué final la liste de l’OCDE mais  y fait simplement référence pour d’éventuelles sanctions contre les centres non coopératifs.
La justification avancée par les Chinois a été qu’ils ne pouvaient souscrire à une liste établie par une organisation à laquelle ils ne participent pas et qui, au passage, est entièrement, selon eux,  entre les mains des Américains. En fait, ils obtenu que les centres Hong Kong et Macao qui leur sert de soupapes financières ne soient pas explicitement cités. Ces « paradis fiscaux » ne sont ni gris ni blancs mais « ailleurs » !
Une liste de 80 pays a en effet été publiée le 2 avril après le fin du G 20  par l’OCDE avec en premier lieu la liste « blanche » des pays qui respectent les standards internationaux , une liste « noire » qui ne compte que quatre pays -  le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l’Uruguay- et deux listes « grises » définies ainsi :  une liste « gris clair » avec  notamment la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et Singapour et une liste « gris foncé » de 32 noms avec Monaco ; Andorre, le Liechtenstein, Andorre et les Antilles néerlandaises, Panama, Saint-Vincent et Grenadine, Samoa, San Marin, etc.
Le G20 est appelé par l’intermédiaire de ses ministres des finances à identifier d’ici à la fin de l’année une « boîte à outils » de sanctions permettant d’éliminer ces centres non coopératifs ou les inciter à passer dans la catégorie supérieure.  Reste à savoir si les Etats auront réellement  intérêt à se  régulariser. C’est peut-être le cas pour Andorre ou le Liechtenstein mais il faudra suivre de très près les progrès  par exemple en Suisse qui abrite un tiers de l’épargne « délocalisée » confiée par des non résidents.
De même, il sera intéressant de constater ce que fait la Chine avec ses 2 000 milliards de dollars de réserves qui pour la plupart transitent par leurs « paradis » de Macao et de Hong Kong qui, sont désormais des « zones administratives spéciales qui se sont engagées à appliquer les normes fiscales internationales » non répertoriées.

Qui va payer la facture ? Le livret A ?
Le choc de confiance moralisateur du capitalisme qu’a voulu donner le G 20 de Londres même s’il est essentiel  pour tenter de mettre fin à la crise économique  risque de ne pas résister aux « chocs » : « social »  - entrainé par les fermetures d’usines avec les  centaines de milliers de pertes d’emplois à travers le monde -  et « budgétaire »  avec les sommes faramineuses  injectées pour purger les actifs toxiques des banques et relancer la croissance.
De plus, le conseiller spécial du président de la République a honnêtement présenté la situation en affirmant le 3 avril sur RTL qu’il faudra bien « payer la facture » même s’il n’est pas prévu dans notre pays d’alourdir les dépenses de relance dans l’immédiat.  
Les décisions prises au sommet de Londres d’injecter 1 100 milliards de dollars supplémentaires dans l’économie mondiale vont forcément jouer un rôle positif sur l’évolution de la crise mais il faudra un jour « payer la facture » a-t-il dit en substance. « Il va y avoir des pertes de richesses, des pertes de patrimoine, des pertes de revenus, des pertes d’emplois. Il n’est pas pensable ; ce serait démagogique de sire une personne du monde ne v payer tout ou partie de cette facture » a-t-il souligné.
Certes, Henri Guaino a bien indiqué que selon lui « la pire des choses serait de faire payer les contribuables » mais il y a d’autre façon de faire passer la pilule. Le journal « Les Echos » en relève une : la baisse de la rémunération du livret A à 1% en août par exemple. L’opération se ferait en deux temps. Le gouverneur de la Banque de France devrait proposer au ministre de l’économie de baisser le taux du livret A dès le 1er mai. Selon le taux de calcul actuel tenant compte de l’inflation, le taux du livret A devrait descendre à 1,25% voire à 1% si l’inflation reflue en mars comme le prévoit l’INSEE. Toutefois, compte tenu de la situation, les pouvoirs publics pourraient être tentés de maintenir le taux autour de 1,5% et 2% (le taux actuel de rémunération se situe à 2,5%) avant une probable révision... en août pendant la période estivale à 1% ou 1,5%.
 
Maintenant il faut passer aux actes, estime le PS
 
Ce n’est qu’un exemple. D’autres mesures nationales pourront être prises. C’est déjà le cas avec la décision des sénateurs centristes et d’opposition de gauche  le 2 avril qui par un vote spectaculaire  ont redonné la main au parlement – contre l’avis du gouvernement – sur la limitation des bonus et autres retraites dorées pour les entreprises en échec bénéficiant de prêts de l’Etat. Ou bien encore – autre projet qui serait contestée par l’opposition – celui d’une baisse  de l’ISF en cas d’investissement dans une PME comme le révèle « la Tribune » dans son édition du 3 avril.
Bref, il ne faut pas croire au miracle du G 20 de Londres même si tout le monde a envie de sortir de la crise au plus vite. Les socialistes français, beaux joueurs, après un long temps de réflexion ont salué les avancées du G 20 sur la méthode et les premières mesures de régulation  pour la relance de l’économie mondiale. « Sur ces fondements, il convient maintenant que les décisions concrètes et rapides soient prises collectivement au niveau des pays signataires, comme individuellement par chacun des pays concernés » indiquent-ils. De fait, tout le problème est là. C’est celui bien connu du passage des intentions – des promesses – aux actes ! 

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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