La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 1er avril 2009

Nicolas Sarkozy  joue une carte maîtresse
de sa politique étrangère et économique
au G 20 de Londres et à celui de l’OTAN de Strasbourg :

-  Le président de la République veut des résultats concrets
pour imposer une « refondation du capitalisme »
sinon il partira… 

-  « On n’a pas besoin de rodomontades »
commente le socialiste François Hollande
qui insiste sur la nécessaire régulation du système
avec la fin des « paradis fiscaux »


- La Chine et la Russie sont bien résolues
à faire entendre leur voix

Le président Sarkozy en position délicate dans les sondages faisant apparaître que près de deux Français sur trois  ne lui font pas confiance pour sortir de la crise joue une carte maitresse au sommet du G 20 à Londres du 1er avril puis aux cérémonies marquant le 60e anniversaire de l’OTAN qui se dérouleront en fin de semaine d’une part à Strasbourg et d’autre part  à Kehl et Baden-Baden, villes séparées par le Rhin. Ce fleuve associé aux deux guerres mondiales qui ont sacrifié des générations d’Européens et d’Américains sera franchi symboliquement le 3 avril par Barack Obama,  la chancelière allemande et le président français par le  nouveau « pont des deux Rives »,  illustration de de la réconciliation franco-allemande et de la paix retrouvée dans l’Union européenne depuis plus d’un demi-siècle.
Les enjeux de ces rencontres du G 20 et de l’OTAN sont particulièrement majeurs et  décisifs pour l’avenir de notre politique étrangère et de défense mais aussi pour la sortie de la crise économique dans laquelle s’est enfoncée - pour la première fois-  l’ensemble des pays du monde depuis la crise des subprimes venue des Etats-Unis, il y a moins d’un an.

Des approches différentes mais un besoin de décisions fermes

Nicolas Sarkozy a quelque raison de se montrer exigeant sur les résultats du G 20 de Londres. C’est lui qui en tant que président de l’Union européenne a lancé le processus de cette grande rencontre mondiale. Il a permis une prise de conscience de l’ensemble des Européens devant la crise économique la plus importante depuis 1929, puis,  pour la première fois,  a obtenu que le président des Etats-Unis, George W. Bush  à l’époque rencontre le 15 novembre 2008 à Washington,  les Européens mais aussi les représentants des pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie jusqu’ici laissés à l’écart. Cette première réunion mondiale avait  pris des engagements précis  pour « moraliser » le capitalisme.
Le G 20 de Londres doit donc, selon le président de la République française, adopter  des « décisions »  concrètes dans les domaines qui ont été évoqué comme l’établissement d’une liste noire des paradis fiscaux,  la surveillance des fonds spéculatifs, la rémunération des banquiers et des traders et l’avenir des normes comptables.   
De son côté, le président des Etats-Unis souhaite mettre l’accent sur les plans de relance économiques et demander aux principaux pays industrialisés et aux grandes nations émergentes de s’investir davantage dans la  relance économique. 
Ces  objectifs particulièrement ambitieux recoupent, en fait, deux conceptions. La première, celle des Européens français et allemands en particulier vise à donner la priorité à la « régulation » du système capitaliste qui s’est complètement dévoyé à travers une recherche effrénée des gains à court terme obtenus par tous les moyens y compris illicites. Mais les Américains et les Anglo-Saxons  ne sont pas spontanément enclins à accepter le concept de régulation mondiale.
Le président des Etats-Unis pour sa part a jusqu’ici accordé  la priorité  à la relance massive de l’économie. Il a invité ses partenaires européens, à plusieurs reprises déjà,  à intensifier  leurs plans de relance. Les Européens ont  tendance en effet  à répondre qu’ils se sont déjà largement endettés pour combler les méfaits d’une crise financière puis économique et sociale dont l’origine est venue de manière incontestable…des Etats-Unis. 
De leur côté, enfin, les responsables (français)  des organisations financières internationales et européennes  - Dominique Strauss-Kahn pour  le Fonds monétaire international (FMI), François Lamy de l’Organisation mondiale du commerce  (OMC) et Jean-Claude Trichet pour la Banque centrale européenne (BCE) - édictent chacun leurs propres  recommandations. Pour le FMI, « DSK » met en avant, l’urgence de « nettoyer »  ou d’ « assainir » définitivement  le système bancaire, ce qui implique de nouvelles mises de fonds par les Etats pour fluidifier  le rôle des banques
De son côté,  le président de l’OMC met en garde contre une tentation « protectionniste ». Il  appelle les Etats-Unis à assurer le financement du commerce « c’est le seul espoir pour les pays en voie de développement de sortir de la crise » estime-t-il dans un point de vue publié dans « Le Monde » daté du 2 avril. Enfin, dans le même quotidien, Jean- Claude Trichet estime que « l’on ne peut pas indéfiniment augmenter les dépenses et les déficits ». Le président de la BCE pense que ce qui a été fait « est déjà tout à fait considérable » contrairement à « DSK »  qui voudrait plus de crédits étatiques encore.

La menace française de la « chaise  vide » …

Tout cela n’est pas simple et les participants au G 20 de Londres vont devoir réviser leurs options maximalistes initiales. Le seul qui ne soit pas résolu à le faire, du moins en apparence, est le président français. Nicolas Sarkozy a fait monter les enchères en évoquant un retour à la politique gaullienne  de la « chaise vide ». « Il faut que l’on obtienne des résultats. Il n’y a pas d’autre choix. La  crise est trop grave pour qu’on se permettre de faire un sommet pour rien », estime-t-il. « Avec Angela Merkel nous sommes sur la même longueur d’onde » a-t-il insisté, le 1er avril sur « Europe 1 ».
De fait, quelques heures plus tard, la chancelière a apporté son soutien au président français qui, a-t-elle dit, « ne veut  pas de compromis au rabais ». Cependant elle faisait aussi savoir que la menace de Nicolas Sarkozy  de se retirer du G 20 n’était « pas la meilleure idée ». De son côté,  le premier ministre britannique Gordon Brown  s’est dit persuadé que Nicolas Sarkozy resterait au diner informel des Vingt  « jusqu’au bout ». Les Allemands comme les Britanniques et les Français estiment  ensemble que les négociations seront « dures » (Brown) et « difficiles » (Merkel) alors que le président français jugeait  avant même l’ouverture du G 20 qu’« en l’état, le compte n’y est pas ! »

… inquiète nos partenaires et irrite l’opposition de gauche

Si le secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement, Roger Karoutchi a salué le « volontarisme » du président de la République et sa détermination à faire du G 20 « une étape décisive sur la route de la refondation du capitalisme », les porte-parole de l’opposition ont ironisé comme l’ancien premier secrétaire du PS, François Hollande sur les « rodomontades » du chef de l’Etat  qu’un député socialiste de Charente, Jérôme Lambert a qualifié « de gesticulations » lors de la séance des questions d’actualité au gouvernement à l’Assemblée nationale.
« Claquer la porte du G 20, nous pensions que cela se faisait mais ne s’annonçait pas »  a déclaré de le secrétaire national du PS aux relations internationales en s’interrogeant sur son blog sur les véritables revendications de la France. « Personne ne sait ce que sont les revendications de la France et où est le curseur ». Son collègue  communiste des Hauts-de-Seine, Robert Muzeau se montrait encore plus sévère ou pessimiste en dénonçant « un président qui patine dans ses certitudes et ses délires en rêvant d’être le chef du monde »avant d’ajouter : « le capitalisme n’a décidément rien à craindre de Nicolas Sarkozy et nos concitoyens rien à attendre du chef de l’Etat ».

Un test de la réussite du G 20 : les « paradis fiscaux »
Une nuance toutefois dans cette avalanche de critiques sur la manière dont le président de la République a préparé ce sommet du G 20. Sur le fond, François Hollande s’est déclaré d’accord  avec le chef de l’Etat sur l’importance qu’il y a à lutter, selon lui, contre les paradis fiscaux. «  Les paradis fiscaux sont une part du système qui ne peut pas fonctionner sans eux. Si on laisse les paradis fiscaux, on ne peut pas réguler le système »  a-t-il déclaré, le 1er avril,  sur France-Inter.  
C’est donc sur cette question cruciale des paradis fiscaux mise en avant par le chef de l’Etat lui-même que pourrait se juger du côté français, l’échec ou la réussite du G 20. Il est vrai que l’enjeu est de taille. Hors blanchiment d’argent sale, l’évasion de capitaux dans las paradis fiscaux est évaluée entre 500  et 800 millions de dollars. Pour la France seule l’évaporation serait de l’ordre du 15 à 20 milliards par an.
Il existe actuellement  une quarantaine de paradis fiscaux selon l’OCDE.  Ils présentent quatre caractéristiques : impôts insignifiants ou inexistants, absence de transparence en matière fiscale, absence d’échanges de renseignements fiscaux, accueil bienveillant de société écrans ayant une activité locale fictive. La question des paradis fiscaux reste d’une actualité brulante en France même puisque le 1er avril on apprenait que la justice française avait ouvert une enquête sur une éventuelle fraude fiscale au Liechtenstein imputables à des fondations pouvant être liées à Michelin, Adidas et l’ex-Elf aujourd’hui propriété de Total. Ces entités auraient disposé de comptes dans la banque LGT au Liechtenstein qui est au centre d’une gigantesque affaire de fraude fiscale révélée début 2008 en Allemagne…

Premières rencontres tous azimuts avec Obama
 Le président de la République va multiplier les rencontres plus ou moins préparées avec ses homologues. Il devait tenir une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel et rencontrer en marge du sommet de Londres, le 2 avril, le président chinois Hu Jintao. Un communiqué commun a été publié attestant la volonté des deux présidents de reprendre un dialogue stratégique après la brouille provoquée par la question du Tibet. La France indique dans ce communiqué « refuser de soutenir sous quelque forme que ce soit  «  l’indépendance du Tibet ».
Nicolas Sarkozy s’entretiendra également avec le président américain Barack  Obama qui a estimé lors d’une première conférence de presse conjointe avec  Gordon Brown que le sommet de Londres ne pouvait pas se permettre des « demi-mesures » et qu’il devait  « se concentrer sur les points communs et non sur les divergences épisodiques ».
Le président américain cherchera d’autre part à approfondir les contacts avec les  présidents russe et chinois qu’il rencontrera pour la première fois.  Barack Obama, le président métis de Chicago  et Dmitri Medvedev, le saint pétesbourgeois  en première ligne dans son  domaine exclusif de la politique étrangère  sans son mentor Poutine ont en commun d’être des quadragénaires très neufs sur la scène mondiale. Quelles seront leurs relations  après les huit années de face à face Bush-Poutine qui a creusé un trou béant digne de la guerre froide ?
 De son, côté le président américain sera particulièrement attentif à déceler  les intentions réelles du président chinois Hu Jintao qui a fait sensation en proposant à quelques jours de la tenue du sommet de Londres,  une réforme du système monétaire international qui s’attaque à la toute puissance du dollar. Il a suggéré de créer une nouvelle monnaie de réserve qui pourrait être organisée autour des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI. Le premier ministre chinois n’a pas caché  son inquiétude – autre effet de la crise mondiale   – à propos de la « sûreté » des investissements chinois dans les bons du trésor américain dont Pékin est le premier détenteur mondial.

Le spectre inquiétant d’une Otan « mondialisée »
Si le G 20 permet aux puissances émergentes – Chine,  Inde, Russie, Brésil (le président Lula a été reçu à l’Elysée, le 1er avril)  de peser davantage dans le concert mondial, les Européens auront aussi leur mot à dire à l’occasion des cérémonies qui marqueront sur les bords du Rhin, le 60 ème anniversaire de la création de la plus puissante alliance militaire du globe, celle de l’Otan. « Les européens renouent avec les Etats-Unis et vice versa »  estime-t-on à Washington en insistant sur l’atmosphère de retrouvailles que favorisera au sommet de Strasbourg-Kehl la symbolique du retour de la France dans sa structure militaire (excepté nucléaire comme l’a précisé, Nicolas Sarkozy, le 1er avril sur « Europe 1 »).  Il n’est pas certain cependant que la belle unanimité se maintiendrait si l’administration Obama avait l’intention de promouvoir une « Otan mondiale »  destinée, comme le préconisent certains, à encadrer les Etats « malfaisants », accessoirement tenir en respect la Russie et à terme endiguer la Chine.
Dans ce cas là, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN se révélerait être un jeu de dupes pour notre pays. « Espérons que nos amis américains ne poussent pas jusqu’à une coalition du gendre « ligue des démocraties » car cela conduirait au choc des civilisations » estime  François Heisbourg, conseiller auprès de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris…
C’est assez dire qu’au cours du  sommet du G 20 de Londres puis lors des cérémonies pour le 60e  anniversaire de l’Otan, à travers  les  rencontres officielles et informelles, c’est l’avenir de notre économie mondialisée et l’avenir du monde au XXIe siècle  qui seront en question. Rarement réunions internationales n’auront été aussi cruciales pour notre avenir, celui de nos enfants et de notre planète.  

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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