Le président socialiste de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon étant retenu par ses occupations, c’est le maire de Paris, Bertrand Delanoë qui a lancé le 30 mars la campagne des socialistes pour l’élection européenne du 7 juin dans un café « branché » du 2e arrondissement de Paris. Parlant en tant qu’ « humble supporter d’une liste qu’il aime beaucoup », Bertrand Delanoë a indiqué qu’il s’engageait totalement pour « un projet de gauche à l’Europe ». « C’est bien de plus de gauche en Europe qu’il y a un besoin urgent » a-t-il affirmé. Selon le maire de Paris, « la réponse de l’Europe conservatrice à la crise est en dessous de ce que nous estimons possible et souhaitable. Pour réorienter l’Europe à gauche, a-t-il poursuivi, il faut un projet de gauche porté par les forces de gauche et en particulier la grande formation du Parti socialiste européen (PSE) regroupant dans leur diversité les socialistes et les sociaux-démocrates européens » a-t-il insisté.
Entouré des membres de la liste comprenant des représentants de toutes les sensibilités du PS, Harlem Désir, député européen sortant et tête de liste de la région Ile de France a présenté les grands axes et la manière dont va se dérouler la campagne du PS en Ile-de-France. Huit grandes réunions dans chacun des départements de la région francilienne seront organisées d’ici au 7 juin. Le meeting le plus important se déroulera le 13 mai à Paris au Cirque d’Hiver avec Martine Aubry, Bertrand Delanoë et le maire de Lisbonne Antonio Costa.
Les socialistes franciliens organiseront aussi une série de rencontres de proximité à l’occasion de « chapiteaux-débats » plantés sur les marchés ou à la sortie des RER pour présenter leurs propositions tirées du «Manifeste » du PSE. La première réunion de ce type se tiendra le 2 avril en Seine Saint-Denis, a-t-il précisé.
Les trois grands axes de la campagne
Harlem Désir a présenté les trois grands axes de la campagne des socialistes pour la campagne des européennes.
Ils s’adresseront d’abord aux travailleurs qui sont « les plus durement affectés par la crise économique et sociale que nous traversons ». Parmi les propositions pour lutter contre le dumping social figure notamment celle de l’instauration d’un SMIC européen. Le «Manifeste » du PSE se prononce pour « un accord européen prévoyant l’établissement d’un salaire minimum décent dans tous les Etats membres soit par la loi soit par la négociation collective ».
Le deuxième axe fort de la campagne du PS portera sur la « défense des services publics qui doivent être mis au cœur du modèle européen ». Cela implique l’adoption de la directive sur la protection des services publics et des services sociaux d’intérêt général en vue de défendre par exemple dans notre pays la Poste, l’hôpital et les transports, tous secteurs « en voie de privatisation ».
Enfin, troisième objectif principal de leur campagne européenne, les socialistes s’adresseront plus particulièrement aux jeunes – ils redoutent une forte abstention de cette catégorie d’électeurs – pour que « la génération d’Erasmus soit celle qui fasse l’Europe de demain » a insisté l’ancien dirigeant « de SOS Racisme ».
Tous les courants du PS sont représentés
La composition de la liste du PS aux élections du 7 juin n’a pas posé de problème politique majeur dès lors que l’arbitrage a été rendu en faveur de Harlem Désir comme tète de liste, positon revendiquée aussi Benoît Hamon. C’est de l’histoire ancienne.
Les trois premiers de la liste – Harlem Désir (proche de Delanoë), élu pour la première fois à l’Assemblée de Strasbourg en 1999 et réélu en 2004 est actuellement vice-président du groupe socialiste au parlement européen ; le « numéro deux est Pervenche Berès (fabiusienne) actuellement présidente de la commission des affaires économiques et monétaires au parlement de Strasbourg et en troisième position figure le porte-parole du PS, Benoît Hamon (courant de gauche) partisan du « non » au traité constitutionnel en 2005, tous les trois députés sortants sont pratiquement certains d’être réélus.
La quatrième de liste, Monique Saliou, proche de Ségolène Royal, actuellement responsable des questions européennes à la fédération du Paris du PS, peut espérer un siège au parlement de Strasbourg. C’est une spécialiste des questions agricoles puisqu’elle a été directrice de cabinet de deux anciens ministres de l’agriculture socialistes Jean Glavany et François Patriat. Ce sera sans doute plus difficile pour le cinquième sur la liste PS, l’ancien ministre de la Défense du gouvernement Jospin, Alain Richard, un rocardien « historique » qui a été l’un des artisans du « Manifeste », le programme du PSE pour les cinq à venir. Rappelons qu’en 2004, le PS avait obtenu cinq sièges dans la circonscription Ile-de-France contre trois à l’UMP, deux au Modem et un au PCF.
Les sondages à prendre avec les précautions d’usage donneraient à l’UMP (22% à 25%) la tète devant le PS (20%) et le Modem 13%. Mais, l’extrême-gauche et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot obtiendraient un score semblable (13%) ce qui viendrait troubler le jeu et reléguerait l’alliance du PCF et du Parti de Gauche à 5% alors que les Verts recueilleraient 10% des voix.
Unanimité sur le « manifeste » mais désaccords sur le sort de Barroso
Ces indications laissent à penser que les socialistes s’opposeront en priorité à l’UMP emmenée par le duo Barnier-Dati qualifié de « sarkozyistes en disgrâce » par Harlem Désir. Ils auront aussi un œil sur le Modem « qui vote systématiquement à droite » au parlement de Strasbourg selon Benoît Hamon. Le porte-parole du PS a indiqué que ce jour même du 30 mars, les amis de François Bayrou s’étaient opposés à Strasbourg en compagnie de l’UMP à une proposition de la gauche qu’il présentait visant à étendre la levée du secret bancaire. Les socialistes chercheront également à se préserver face au NPA de Besancenot : « un vote pour rien puisqu’ils n’ont aucune influence à l’Assemblée de Strasbourg », selon la « royaliste » Monique Saliou.
Le PS français qui a pris fait et cause pour l’ancien premier ministre socialiste danois, Poul Nyrup Rasmussen , actuellement président du PSE, comme candidat à, la succession du « trop libéral » José-Manuel Barroso risque de devoir changer son fusil d’épaule car le britannique travailliste Gordon Brown et le premier ministre socialiste espagnol Zapatero sont tombés d’accord pour reconduire à son poste l’actuel président de la Commission de Bruxelles… soutenu aussi par Angela Merkel, Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy.
En cas de victoire de la gauche aux élections européennes pourraient dès lors proposer l’ancien ministre des affaires étrangères allemand, Joschka Fischer en remplacement de José-Manuel Barroso. « Si nous gagnions nous aurons en tout état de cause un candidat. Le principal c’est de faire triompher le programme du PSE pour une nouvelle politique sociale en Europe » a assuré Harlem Désir.
« Ca coince à l’UMP » en attendant le verdict élyséen du 6 avril
Si les socialistes avec quelques difficultés, il est vrai, ont bouclé définitivement leurs listes ce n’est pas le cas de l’UMP où Jean-Claude Gaudin pourtant spécialiste des candidatures électorales confie qu’il « n’y arrive pas !» Philosophe ou pince sans rire, le secrétaire national de l’UMP, Xavier Bertrand assure aux journalistes qu’ils connaîtront « tous les candidats… le 7 juin », jour du vote !
Bref, « ça coince » à l’UMP aussi bien dans le Sud-est à cause des Corses qui réclament une quatrième place éligible que dans le Sud-Ouest où Alain Juppé réclame un représentant pour l’Aquitaine alors que Valéry Giscard d’Estaing défend sa protégée Christine de Veyrac, députée sortante pendant que Alain Lamassoure, député sortant l’un des meilleurs connaisseurs de l’Union européenne dans notre pays, a été injustement mis sur la touche.
En Ile de France, le Nouveau Centre allié à l’UMP hésite entre reconduire la députée sortante Claire Gibaut ou présenter Jean-Marie Cavada. Des interrogations subsistent également dans la composition de la liste UMP du Grand Ouest.
Les candidatures de témoignage de la Gauche Moderne
Comme l’a reconnu le 30 mars Jean-Marie Bockel, secrétaire d’état aux Anciens combattants et maire de Mulhouse, président, de la Gauche Moderne son jeune parti ne cherche pas à avoir des élus au parlement de Strasbourg mais réclame des « places-charnières » permettant à certains de ses représentants d’accéder au parlement de Strasbourg… en cas de défaillances d’élus UMP en cours de mandat. C’est le rôle que peuvent espérer jouer notamment l’épouse de l’écrivain Max Gallo, Martine Gallo si elle est placée entre la sixième et la huitième place sur la liste UMP en Ile-de-France. Même chose pour Michèle Striffler, adjointe au maire de Mulhouse dans la région Est. Mais les représentants de la Gauche Moderne présents sur les listes UMP savent fort bien qu’ils présenteront des candidatures de témoignage surtout pour préparer les élections régionales de 2010.
Il n’empêche confie encore Jean-Marie Bockel, « rien n’est finalisé ». C’est le président de la République qui tranchera le 6 avril, assure de son côté Xavier Bertrand, le patron de l’UMP tout en répétant que le président de la République estime qu’il suffit de connaître les noms des deux premiers de liste pour lancer la campagne… Décidemment à l’UMP –contrairement au PS– les listes sont loin d’être bouclées.

Le directeur de la Lettre Horizons
politiques
|