Nicolas Sarkozy regrettera-t-il un jour – en 2012 par exemple - d’avoir parrainé fin 2007 dans un souci d’ouverture, la candidature de l’ancien ministre des finances, Dominique Strauss-Kahn à la direction général du Fonds monétaire international ? Disons que pour l’instant tout va bien de ce côté-là pour le chef de l’Etat. « DSK » a été l’objet d’une plainte pour harcèlement de la part de l’une de ses anciennes collaboratrices, ce qui a failli lui couter sa place. Il est sous surveillance au FMI. Par ailleurs, son statut au FMI lui interdit par contrat de s’immiscer dans la vie politique de quelque pays que ce soit et surtout pas de la France…
L’ancien ministre des finances de Lionel Jospin s’est donc bien gardé de répondre aux quelques timides « provocations » d’Arlette Chabot, le 26 mars sur France 2 qui cherchait à obtenir son avis - ou son aval - sur le plan de relance de Nicolas Sarkozy ou sur les rumeurs le plaçant à Matignon après les élections européennes. Pour l’instant, a-t-il précisé, je suis à plein temps au FMI (son contrat va jusqu’en septembre 2012 soit au-delà de la prochain échéance présidentielle) avant d’ajouter dans un sourire narquois : « le reste, on verra plus tard ! ».
L’esquisse du contre-projet alternatif social-démocrate de « DSK »
En regardant l’émission de France 2 « A vous de juger », les téléspectateurs n’ont pu s’empêcher de penser toutefois que le duel à distance entre Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn était bel et bien lancé. Après le discours de Saint Quentin du 24 mars qui a permis au chef de l’Etat de se recaler sur les fondamentaux à droite de sa campagne – le chef de l’Etat a refusé notamment d’assouplir le « bouclier fiscal », d’augmenter les impôts et de relancer l’économie par la consommation -, DSK est apparu comme le contre-point social-démocrate de cette politique.
Mine de rien, en mettant l’accent sur les risques sociaux et politiques que font courir cette crise du capitalisme sauvage – « plus de 50 millions de chômeurs dans le monde, selon l’organisation international du travail (OIT), c’est gigantesque » a-t-il dit). En insistant sur « la vraie occasion » que représentait la crise économique de « mettre des feux rouges » et d’en finir avec l’ « absence de règles» dans le fonctionnement du capitalisme.
Enfin, en évoquant la sortie de crise et l’ « augmentation des impôts directs de solidarité », à ses yeux, inévitable pour combler les déficits considérables consécutifs à l’endettement massif qu’il préconise pour « assainir le secteur financier » et sortir de la crise : Dominique Strauss-Kahn a tracé les grandes lignes d’un plan social-démocrate alternatif à celui du chef de l’Etat.
Un match à distance Sarkozy- DSK ?
Il l’a fait avec une parfaite aisance et compétence, celle d’un expert économique, image flatteuse que l’actuel président de la République a perdu en grande partie dans l’opinion publique après l’échec de son objectif de campagne du « travailler plus pour gagner plus » qui n’est plus en phase avec la réalité vécue par les Français.
Il ne fait pas de doute que si le scénario esquissé par le directeur du FMI se réalisait : sortie de crise en 2010 mais effets induits pendant deux ou trois ans avant revenir à une situation normale, Dominique Strauss-Kahn serait en situation en 2012 de s’imposer comme un candidat du recours pour le PS au cas où Martine Aubry - invitée-vedette de l’émission « Vivement Dimanche » de France 2, le 29 mars - ne serait d’ici là parvenue à s’imposer.
Les proches « lieutenants » de DSK ne le voient pas participer à une « primaire » interne au PS ou à la gauche, « lui qui parle tous les jours avec des chefs d’Etat ». Ils lui prédisent une éventuelle posture de « recours » d’autant plus qu’il ne dispose pus d’un courant organisé au PS comme c’est le cas de Laurent Fabius avec lequel certains de ses anciens amis se sont rapprochés. Bref, Dominique Strauss-Kahn, exilé à Washington, n’a pas renoncé pour autant à se lancer dans la course présidentielle en 2012. « Ce sera Martine ou Dominique » confie même un proche de l’actuelle première secrétaire du PS. Attendons de voir.
Tensions entre Nicolas Sarkozy et Laurence Parisot
Nicolas Sarkozy, lui, est au charbon, chaque jour dans une situation particulièrement délicate. S’étant ressourcé par son discours de Saint –Quentin dans le giron de la droite libérale, il est contraint cependant pour répondre à la conjoncture de prendre des mesures plus ou moins coercitives à l’égard d’une partie du patronat.
Dans l’immédiat, il est contraint de donner des gages à une opinion publique qui juge « insupportable » la kyrielle d’annonces de stock-options, parachutes dorés et autres retraites –chapeau que s’octroient les dirigeants d’entreprises. Ces décisions prises avec l’aval des conseils d’administration prennent l’allure de véritables provocations lorsqu’ils ‘agit d’entreprises qui bénéficient des aides de l’Etat ou pire encore qui licencient.
Le chef de l’Etat lui-même avait indiqué que si le MEDEF ne faisait pas des propositions pour remédier à cet état de fait, le gouvernement serait amené à légiférer. Laurence Parisot, la présidente du MEDEF ayant affirmé le 25 mars, devant la commission des lois de l’Assemblée nationale qu’elle n’avait « ni le pouvoir ni le désir d’imposer quoi que ce soit dans ce domaine », le chef de l’Etat a préféré agir vite par décret plutôt que par une loi toujours complexe à mettre sur pied en cette matière.
Compte tenu de la complexité du sujet à traiter et de l’urgence médiatique à prendre des mesures, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant a donc annoncé le 26 mars - avec l’aval du MEDEF -qu’un décret gouvernemental serait pris « la semaine prochaine pour fixer les conditions dans lesquelles est interdite l’allocation de stock-options ou d’autres avantages, bonus, lorsque les entreprises bénéficient du soutien de l’Etat ». Une information relayée le soir même à la télévision par le ministre du budget et des comptes publics, Eric Woerth.
Recadrages et réformes de fond pour un capitalisme « moral »
La grande majorité des chefs d’entreprises n’est pas concernée par les « bonus » dévolus aux dirigeants d’entreprises du CAC 40. Ils souhaitent en finir au plus vite avec les comportements inadmissibles de ces patrons « autistes ». Mais d’autres sujets de friction pourront intervenir lorsque les petits actionnaires de ces grandes entreprises voudront avoir leur mot à ire dans la délivrance de ces bonus et autres parachutes dorés que s’octroient les hauts dirigeants dans le huis clos actuel de leurs conseils d’administration « consanguins » comme le réclamait le 26 mars sur « France 2 » Colette Neuville leur représentante.
De même, le président de la République risque d’avoir maille à partir avec le MEDEF s’il souhaite parvenir à un « meilleur parage des profils de l’entreprise « - il a avancé la règle des trois tiers – actionnaires, salariés, investissement » dont ne veut pas entendre parler Laurence Parisot.
Enfin il jouera une partie particulièrement importante le 2 avril lors de la réunion du G 20 de Londres consacré à une réforme des règles de l’économie de marché qu’il appelle de ses vœux.
Nicolas Sarkozy en matière économique et sociale est aux manettes avec tous les risques politiques que cela comporte.
Dominique Strauss-Kahn, depuis son observatoire privilégier du FMI attend son heure sans savoir si elle viendra. De fait, comme le disent avec juste raison ses partisans : « C’est loin 2012 » !

Le directeur de la Lettre Horizons
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