
Le président de la République à l’approche du deuxième anniversaire de son élection à l’Elysée est dans la nasse. Depuis plusieurs mois, les avis négatifs sur son action restent majoritaires dans les sondages et une partie de son électorat est tenté de prendre ses distances notamment du côté des gaullo-chiraquiens et des centristes voire des libéraux. Il est vrai que les effets de la crise « dont nul ne peut prévoir le terme et les conséquences » comme il l’a dit d’entrée de jeu, le 24 mars lors de son meeting pédagogique à Saint Quentin, le fief du nouveau patron de l’UMP, Xavier Bertrand, n’incite guère à l’optimisme.
Dans la forme, rien ne paraît plus convenir au chef de l’Etat. Ni la conférence de presse – la première et la dernière en février 2008 eut un effet de lancement tout à fait négatif-. Ni les émissions télévisées classiques « en direct de l’Elysée » où il tire par trop la couverture à lui, Ni les messages solennels du 20 heures à la télévision où il ne se sent pas très à l’aise.
Nicolas Sarkozy a donc repris la formule des meetings de sa campagne présidentielle avec une claque assurée. Mais là encore la sauce n’a pas pris par manque, cette fois-ci, de contenu et d’annonces précises alors que la crise est en train de faire des ravages économiques et sociaux dans notre pays comme partout ailleurs.
Manifestement, le chef de l’Etat a voulu rassurer son électorat traditionnel en montrant qu’il restait ferme sur ses fondamentaux -« bouclier fiscal » et non remplacement d’un fonctionnaire sur deux »- et qu’il continuait à bouger et prendre des initiatives pour assurer plus de justice dans le traitement des personnes touchées par la crise.
Des gestes en direction de son électorat populaire perdu
Il a annoncé ainsi une série de projets comme la fin des « bonus » et « parachutes dorés » pour les entreprises qui reçoivent une aide de l’Etat ou qui mettent en œuvre « un plan social d’ampleur ». Il a repris son projet de partage des richesses et avertit que si aucun progrès n’est accompli d’ici au mois de juin, il demanderait au gouvernement de déposer un « projet de loi pour cet automne ».
Il a demandé également au gouvernement de nommer des « commissaires à la ré industrialisation » dans les bassins d’emploi en difficulté » qui auront les pleins pouvoirs pour mobiliser tous les acteurs et agir ».
Et pour faire bonne mesure en direction de son électorat populaire, il a même annoncé un projet de loi sur les « bandes » dans les banlieues difficles : la « seule appartenance à une bande étant passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison ».
En clair, le chef de l’Etat a montré qu’il ne restait pas inactif en face de la crise. Même si ses initiatives ne sont pas toujours connues (« ni l’Elysée, ni le ministère de l’industrie n’était en mesure de préciser ce qu’apporte cette nouvelle fonction », selon « le Monde » daté du 26 mars) ni très précises, à l’exemple de cette « taxe carbone » censée compenser la suppression de la taxe professionnelle et qui permettrait en outre, selon le chef de l’Etat, de « faire participer les importations au financement de notre protection sociale » et de « lutter contre le « dumping environnemental ».
Si le charme paraît rompu entre le chef de l’Etat et son électorat populaire, c’est en grande partie parce que précisément, les promesses de campagne – contrairement à ce qu’il affirme lui-même - n’ont pas été tenues. Nicolas Sarkozy n’est pas totalement responsable de cette douloureuse entorse. Mais force est de constater que c’est exactement l’inverse de ce qu’il avait promis qui se déroule sous nos yeux. Les annonces en matière de consommation et de chômage sont à rebours de ses projets.
La « facture » du chômage
et de la baisse de la consommation pèse lourd
Alors que le chef de l’Etat plaide pour une relance par l’investissement, voici que la consommation des ménages en produits manufacturés a reculé de 2% en février. Selon les chiffres publiés par l’INSEE, la conjoncture industrielle reste très dégradée avec des carnets de commandes « particulièrement peu étoffés » qui « se dégarnissent à nouveau ». Le moral des industriels stagne à son minimum historique (68 contre plus de 100 début 2008). Il est illusoire de croire que la sortie de crise peut intervenir avant la fin de l’année 2009 lorsque l’on constate que l’Allemagne - notre partenaire économique privilégiée – fait encore moins bien que nous !
En clair, « le travailler plus pour gagner plus » relève maintenant de l’histoire ancienne. Plus personne n’y croit avec les derniers chiffres du chômage - 80 000 demandeurs d’emploi de plus en février – laissant penser que la « promesse » des 300 000 chômeurs annuels en 2009 sera dépassée largement à la fin du printemps !
Et ce n’est pas la vieille recette des « commissaires à la ré industrialisation » – le père du leader de la CFDT actuel, Jacques Chérèque avait été chargé dans les années 1980 de la ré industrialisation de la Lorraine - qui peuvent laisser espérer une reprise accélérée de notre industrie. Et pendant ce temps là, la situation se dégrade et les licenciements pleuvent.
Le 25 mars, les « Conti » - un millier de salariés de Continental de Clairoix (Oise) - manifestaient dans Paris place saint-Augustin, tandis qu’une délégation était reçue à l’Elysée par le conseiller social de Nicolas Sarkozy – . D’autres plans de licenciements ses succèdent notamment chez Heuliez et à Valéo par exemple.
« La crise rend les injustices insupportables », affirme le chef de l'Etat
Les promesses de « juste partage des fruits » de la croissance sonnent particulièrement mal aux oreilles des Français lorsque ces fermetures et licenciements sont « agrémentés » de révélations sur les « parachutes dorés » et autres « bonus » que les patrons s’octroient : ceux-là même qui ont conduit leurs entreprises ou leurs banques au bord de la faillite et contraint l’Etat à mettre la main à la poche ! L’exemple de Thierry Morin, Pdg sortant de Valéo dont le groupe a perdu 287 millions d’euros l’année dernière et qui va licencier au moins 5 000 personnes dans la monde tout en cherchant à toucher un « parachute doré » supérieur à3,2 millions d’euros a choqué tout le monde.
Pour tenir compte du souci d’équité qui a tendance à s’ancrer fortement chez les Français – « la crise rend les injustices encore plus insupportables », a affirmé Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin – le président de la République et des députés de tous bords à l’UMP comme au PS ont réclamé une loi sur les hautes rémunérations en temps de crise. Le conseiller de l’Elysée, Henri Guaino a même parlé sur « France-Inter » le 25 mars d’un « ultimatum » adressé en ce sens à la patronne du MEDEF Laurence Parisot. Le conseiller spécial de l’Elysée évoquant un recours possible à la loi si aucune proposition n’était faite avant le 31 mars.
Laurence Parisot du MEDEF ne veut pas imposer
« quoi que ce soit » en matière de rémunérations
La réponse ne s’est pas fait attendre longtemps. Cette dernière, auditionnée, le 25 mars par la commission des lois de l’Assemblée nationale, quelques heures après, a refusé tout net comme le lui ont demandé les ministres Christine Lagarde et Brice Hortefeux de supprimer toute rémunération variable quand les entreprises ont recours au chômage partiel ou décident un plan de licenciements.
« Je n’ai pas le pouvoir ni le désir de l’avoir d’imposer quoi que ce soit dans ce domaine à tous les chefs d’entreprises de France » a-t-elle répondu. C’est très clair, nous ne sommes pas un ordre professionnel. C’est très clair, nos adhérents doivent garder toutes leurs libertés pour être en mesure de faire des choix et des compromis » a-t-elle clairement dit. La présidente du MEDEF a mis en avant le « code éthique » adopté en décembre 2008 qui est en train d’être mis en application – sans lui nous n’aurions pas su que Daniel Bouton s’était octroyé des émoluments car le code éthique impose une transparence dans ce domaine, a-t-elle précisé. Mais surtout, elle a souligné que la crise va tout changer » « Les parts variables sont en train de s’effondrer, a-t-elle insisté. Ce n’est ni la loi, ni notre code qui va tout changer : c’est la crise ! » a-t-elle conclu.
Peut-on limiter les « bonus » des hauts dirigeants mondiaux ?
La présidente du MEDEF a souhaité bien du plaisir à ceux qui veulent limiter voire indexer les hauts revenus par la loi car, a-t-elle encore souligné , cela ressort du domaine contractuel et il faudra tenir compte des engagements déjà pris. Un vrai casse tête législatif alors que comme l’ont précisé certains députés de droite comme de gauche, l’Etat a d’autres moyens pour parvenir à ses fins comme ceux de négocier directement la rémunération des chefs d’entreprise quand il donne de l’argent come l’a suggéré Claude Goasguen (UMP Paris) ou bien de décider d’indexer les rémunérations des hauts dirigeants avec celle des autres salariés ou avec les minimal sociaux (Christophe Caresche PS Paris). Quoi qu’il en soit, Laurence Parisot a donné un coup de chapeau aux parlementaires français en soulignant que notre pays tait « à la pointe de toutes les initiatives en matière de gouvernance dans le monde occidental.
Cette question des rémunérations des grands chefs d’entreprises et de groupes à taille mondiale sera inscrite à l’ordre du jour du G 20. Mais la présidente du MEDEF n’a pas caché qu’en dépit des mesures annoncées par Barack Obama (l’imposition à 90% des bonus des cadres des banques qui ont bénéficié des aides du Trésor américain) vouloir « figer et lier les hauts revenus était absolument une opération à hauts risques ».
Il reviendra donc à Nicolas Sarkozy de trancher dans ce conflit ouvert entre une partie de son gouvernement et les parlementaires droite et gauche qui souhaitent légiférer sur les hauts revenus et les autres et ceux qui hésitent encore à le faire et proposent d’autres moyens.
Le cas Pérol embarrassant pour un chef de l’Etat « moralisateur »
Cette situation d’un président de la République « droit dans se bottes » libérales mais contraint d’imposer des mesures « régulatrices » de type social-démocrates a quelque chose de surréaliste. C’est cette image que le socialiste Henri Emmanuelli a reprise à son compte pour commenter, le 25 mars la longue audition par la commission des finances de l’Assemblée nationale, de François Pérol, le futur patron désigné pour conduire l’entité Caisses d’Epargne-Banques populaires ;
Manifestement mal à l’aise, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée qui avait conduit de notoriété publique ce rapprochement des banques lorsqu’il était en poste auprès de Nicolas Sarkozy s’est défaussé en disant qu’il n’avait pas de droit de décision et que ce regroupement avait été décidé… par Bercy et non à l’Elysée ! « C’est le Virenque des finances : tout lui est arrivé contre son plein gré », a ironisé le député socialiste des Landes.
Face au reproche qui lui est fait de ne pas avoir saisi la commission de déontologie, l’ancien conseiller du chef de l’Etat a évoqué « l’urgence » de la décision a prendre en raison du fait que l’avenir de l’une des filiales des caisses d’Epargne –Natixis – fait courir , selon lui, au secteur bancaire un « risque de nature systémique ».
A l’issue de cette longue audition, le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre a qualifié certains députés de l’opposition de « procureurs staliniens ». «Cette nomination de François Pérol n’est pas morale du tout » lui a rétorqué le socialiste, Henri Emmanuelli, ancien de la banque Rothschild tout comme François Pérol. Le chef de l’Etat aura du pain sur la planche pour « moraliser » le capitalisme.
C’est du moins ce qu’il ira plaider le 2 avril à Londres au sommet du G 20 qui s’annonce d’ores et déjà vital pour la sortie de crise et l’avenir d’un capitalisme enfin débarrassé de ses excès toxiques dus aux comportements outranciers et immoraux de patrons voyous.

Le directeur de la Lettre Horizons
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