La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 20 mars 2009

Les salariés du privé ont rejoint ceux du public
dans les manifestions du 19 mars plus nombreuses
que celles du 29 janvier


- Le gouvernement bétonne ses positions :
pas de nouveau plan de relance qui aggraverait la dette
et empêcherait la reprise… mais des adaptations sont possibles,
assure François Fillon sur TF1

- Le gouvernement va légiférer sur les bonus des patrons
si le Medef ne fait rien d’ici le 31 mars


- Les syndicats renforcés vont maintenir
leur pression unitaire pour le 1er mai


- Ségolène Royal demande de « continuer la protestation » ;
Martine Aubry veut la fin du « boulet fiscal »

Les quelque deux cents manifestations « unitaires » prévues à l’appel des huit syndicats à travers toute la France ont été réussies  mais elles n’ont pas constitué  comme l’a indiqué   le conseiller social de l’Elysée, Raymond Soubie, au soir du 19 mars sur RTL, un élément nouveau dans le dispositif gouvernemental face à la crise qui restera inchangé. «Cela aurait pu être pire » a confié de son côté, le président de la République dans l’avion qui l’emmenait à Bruxelles pour un sommet européen. Selon lui, on n’a pas franchi d’étape dans la mobilisation et dans le phénomène protestataire. La crainte d’un mai 68 ou d’une mobilisation « à la guadeloupéenne » est  semble-t-il, – provisoirement ? – écartée du côté des pouvoirs publics.
Brice Hortefeux, le ministre du travail et des relations sociales a même dressé un bilan plutôt optimiste du côté gouvernemental, le 20 mars en soulignant que la participation aux défilés avait été sensiblement la même que le 29 janvier (entre 1,2 millions pour les chiffres de la police et 3 millions pour les syndicats) mais que le nombre des grévistes avait été nettement moindre. En outre, a-t-il souligné sur RTL,  le service minimum a parfaitement fonctionné à l’école (80% de enfants ont été accueilli comme dans les transports en commun).
Bref, il n’y a rien de nouveau ou presque du côté gouvernemental. « Ce ne sont pas les manifestations qui changeront grand-chose », estime-t-il. Comme l’ensemble du gouvernement, il renvoie les protestataires aux mesures qui doivent être prises au niveau mondial, début avril , au G 20 pour lutter contre la crise économique mondiale et à l’application concrète des mesures du plan social qui, après le vote du collectif à l’Assemblée nationale le 19 mars, vont entrer en vigueur « à partir de maintenant et jusqu’en juillet ».
 
Les syndicats sortent renforcés
Les dirigeants  syndicaux  de leur côté ont tout lieu d’être satisfaits. Les manifestations ont réuni trois millions de personnes, selon eux,  soit davantage que le 29 janvier. Et surtout elles ont été pour la première fois réellement « unitaires ». Le front syndical est resté uni et surtout, dans de nombreuses villes comme à Marseille, Nantes dans des villes moyennes comme Compiègne durement touché par la crise dans le département de l’Oise voire dans des  petites villes,  les cortèges sont vu s’agréger les salariés du privé aux gros bataillons traditionnels du public. Un signe tangible que la « mayonnaise » de la protestation populaire  a pris et qu’elle  n’est pas prête de retomber.  Les syndicats ont montré leur maîtrise du mouvement de protestation qui va en s’amplifiant et se sont imposés comme des interlocuteurs incontournables pour une sortie de crise. Le gouvernement voulait des syndicats forts, incontestablement ils sortent renforcés de cette nouvelle journée de protestation unitaire.
Toutefois, les syndicats ne savent pas trop comment poursuivre l’action. Ils ont prévu un premier mai « unitaire »  mais d’ici là, ils  sont  soumis à la pression de la base la plus radicale et du syndicat  Solidaires qui réclame une « grève générale » et une montée en puissance unitaire de type « guadeloupéen ».  

Un nouveau plan ? « Certainement pas » affirme François Fillon
De fait, François Fillon qui a tiré les leçons des manifestions qui se sont déroulés le 19 mars a été on ne peut plus clair. Un nouveau plan de relance ?  «Certainement pas ! » a-t-il dit d’entrée de jeu, au journal de 20 heures de TF1. Le chef du gouvernement s’est attaché à « bétonner » la  position ferme et définitive du gouvernement qui,  le jour même à l’Assemblée nationale, s’est traduite par un refus pur et simple des députés UMP de revenir sur le fameux bouclier fiscal que certains d’entre eux  souhaitaient voir modifié voir suspendu.
Le gouvernement campe sur sa position qui peut se résumer de la façon suivante. Premièrement, il s’agit d’une crise économique mondiale venue des Etats-Unis dont la résolution viendra en partie des mesures qui vont être prises au G 20, en avril.
Deuxièmement, la priorité pour le gouvernement n’est pas la hausse du SMIC, c’est l’emploi » a martelé le chef du gouvernement avant d’avancer un nouvel argument, financier, celui-là. Ce serait empêcher la reprise » a-t-il dit sur TF1 en évoquant les déclarations relativement optimistes du gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet sur une sortie de crise éventuelle en 2010.  «On a doublé le déficit, on ne peut pas aller au-delà» en rejetant une nouvelle fois les fausses solutions selon lui, proposées par l’opposition comme celle concernant l’augmentation du SMIC.
Troisièmement, le gouvernement entend maintenir un souci d’équité par les maures en faveur des plus fragiles touchés par la crise qui vont recevoir une série d’aides et d’allègement d’impôts mais aussi en empêchant les patrons de groupes en difficulté qui reçoivent de l’argent de l’Etat de se verser des bonus et des salaires « astronomiques » alors qu’ils devraient être à la baisse. Comme c’est le cas pour la Société générale où les dirigeants viennent de se verser  des dividendes.

Polémique Medef - gouvernement sur  dividendes  des patrons aidés
Le Premier ministre – pour faire diversion ? – a indiqué que si le Medef de Laurence Parisot ne prenait pas des mesures pour empêcher de telles pratiques, d’ici au 31 mars, il légiférerait.  Il sera vraisemblablement acculé à le faire puisque la patronne du Medef affirme dans le journal « les Echos » qu’elle n’a ni les moyens ni l’intention de le faire.
Aux Etats-Unis comme en  Grande-Bretagne de telles mesures ont été prises d’ores et déjà. Et Martine Aubry a demandé au nom du PS des « actes » et non de « non des bonnes paroles ». De même, la première secrétaire du PS a réitéré son vœu de voir  le gouvernement abandonner le « bouclier fiscal ».   Elle n’a aucune chance d’être entendu car, ce fameux « bouclier fiscal » est pour  Nicolas Sarkozy et pour la droite  un véritable marqueur de sa politique tout comme en 1981, l’ISF l’avait été pour la gauche de François Mitterrand.  
Le premier ministre a justifié le fait de ne pas charger plus encore les hauts revenus en impôts. Ils ne doivent pas  payer plus d’un jour sur deux en impôts car notre pays a déjà le « niveau des impôts le plus élevé du monde ».  Un argument que Martine Aubry a réfuté le 20 mars sur France-Inter puisqu’elle affirme que la France est en dessous de la moyenne européenne pour les impôts directs (28% contre 31%)  tout comme pour l’impôt sur le revenu (25% contre 33%).  Il a justifié aussi le maintien » des heures supplémentaires – peu utilisées actuellement en raison de la récession – mais qui seront utiles, selon lui, « un instrument très efficace dans la reprise ».
Le gouvernement n’est pas fermé, il n’a pas de tabous…
Le premier ministre a lâché cependant un peu de lest. Il a annoncé, le 19 mars sur TF1,  la mise en place d’un comité de suivi pour l’application des mesures prises au sommet social du 18 février. « Nous allons voir si les mesures décidées sont appliquées et efficaces. Si elles échouent nous les adapterons. Le gouvernement n’a pas de tabous. Il n’est pas fermé. Il entendra ceux qui manifestent mais il a le devoir d’être responsable » a indiqué le premier ministre qui se ménage  ainsi prudemment une porte de sortie après la fermeture  retentissante du chef de l’Etat notamment sur  toute remise en cause  du « bouclier fiscal ».
En clair, le gouvernement joue la montre et espère maintenir ses positions jusqu’aux élections européennes de juin qui prennent ainsi un tour plus politiques que d’habitude. Martine Aubry a annoncé que les socialistes lanceront leur campagne le 24 avril à Lille.
 
Le PS se lance dans la bataille du changement à la Commission de Bruxelles

Les socialistes qui mettent définitivement au point leurs listes de candidats pour le scrutin du 7 juin le 22 mars sont pour la première fois unis ; sur ce sujet délicat.  Ils ont adopté un Manifeste européen des socialistes qui demande de changer de »système en Europe ». Leur objectif consiste à faire élire un parlement européen à majorité de gauche ce qui entrerait le remplacement de José manuel Barroso à la tête de la commission de Bruxelles. « José-Manuel Barroso fait la politique de Sarkozy et de Berlusconi. Il ne peut pas être le candidat des progressistes ! » a affirmé la première secrétaire du PS contrairement à l’opinion du premier ministre britannique Gordon Brown qui le soutient.
Quoi qu’il en soit, l’orientation politique future de l’Europe – un sommet sur l’emploi doit se tenir le 7 mai à Prague -  pèsera d’un poids certain dans le chemin d’une sortie de la crise.  Il est probable que Nicolas Sarkozy le sait et va s’employer à fond dans cette importante bataille à venir pour l’Union européenne et sa propre survie politique à la tête du pays.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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