A un peu plus de trois mois des élections européennes et moins de trois mois après le congrès de Reims du PS qui a porté à sa tête Martine Aubry, les socialistes viennent de se payer une nouvelle querelle interne dont ils ont le secret mais qui, comme l’a souligné le 13 mars Vincent Peillon sur France 2 , peut apparaître « inconvenante » dans cette période de crise où les socialistes auraient « bien d’autres choses à faire ! ».
Une fois encore, le PS risque d’être regardé dans l’opinion publique comme un parti d’élus davantage préoccupé pas ses « bisbilles » internes et ses luttes entre courants et « barons » plutôt que par la situation économique et sociale particulièrement dégradée par la crise financière et économique que notre pays traverse.
Quoi qu’il en soit, le 12 mars, il s’est agi d’une « première » dans l’histoire du PS : celle d’un refus massif des militants socialistes d’une région entière –le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute Vienne)- et du rejet par deux autres départements (Côte d’Or et Ille-et-Vilaine) de la composition des listes européennes adoptée pourtant le 28 février dernier par 93% des délégués socialistes (189 voix contre 14 et 18 abstentions).
La révolte des « barons » a fait long feu
Depuis lors, certains « barons » emmenés par le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb ont protesté contre « une absence de concertation réelle avec les territoires » pour la composition de ces listes à laquelle Martine Aubry a attaché le plus grand soin en cherchant à respecter les équilibres internes aux courants du PS. Ce qui a entraîné un certain mécontentement à la base ou dans certaines « baronnies » Ainsi, le maire de Lyon qui souhaitait que l’un des ses proches soit nommé tête de liste dans le Sud-Est aux européennes s’est élevé contre la nomination de l’euro-député Vincent Peillon. Ce dernier avait été élu la dernière fois dans le Nord-Ouest, région qui a été réservée cette fois-ci par Martine Aubry à l’un de ses amis « nordistes ».
De même, le président de la région du Limousin, Jean-Paul Denanot aurait voulu être désigné comme tête de liste de la circonscription européenne du Centre, place occupée par Henri Weber, un « fabiusien » –eurodéputé sortant élu la dernière fois dans la région Nord- Ouest– ce qui fait que le Limousin n’a aucun représentant dans la liste de la région Centre.
D’autres préoccupations locales ou régionales ont entraîné des présidents de régions comme François Patriat (Bourgogne) Jean-Yves Le Drian (Bretagne) et jean-Jack Queyranne (Rhône-Alpes) à se joindre à l’initiative de Gérard Collomb demandant aux militants de boycotter le vote ou de voter contre.
La direction du PS restera ferme
La révolte de certains « barons » locaux du PS souvent proches de Ségolène Royal ou qui l’avaient soutenu lors de la campagne présidentielle n’a pas réussi à déstabiliser la nouvelle direction du PS ni Martine Aubry. Il se dit même que Gérard Collomb est allé trop loin – 75 présidents de fédérations socialistes lui ont adressé un rappel à l’ordre – et qu’il risque de payer cher son mouvement de révolte avorté.
En effet, si environ 40% des 200 905 militants du PS seulement se sont rendus aux urnes, ce taux de participation est quasiment identique à celui de 2004.
Par ailleurs, le sénateur-maire de Lyon qui avait pris la tête du « non » est désavoué dans sa propre fédération du Rhône. Dans les autres grandes régions – hors celle du Centre- les listes mises au point par la direction du PS ont toutes été adoptées y compris dans le Sud-est où la candidature de Vincent Peillon a été ratifiée à 75% de voix.
Pour résoudre la difficulté née du refus de la ratification par le Centre, la direction du PS va discuter avec les responsables des 13 fédérations de la circonscription Centre en vue d’une « proposition « à la convention du parti le 21 mars. La tête de liste désignée pour le Centre, Henri Weber, a indiqué, le 13 mars qu’il faudrait tenir compte de la volonté des militants du Limousin de figurer en bonne place sur la liste », une liste qui devrait être remaniée.
Une reprise en main effective de Martine Aubry…
Cette nouvelle poussée de fièvre interne au PS apparaît comme le signe d’une prise en mains progressive du PS par Martine Aubry. Les proches de Ségolène Royal – et la présidente de la région Poitou-Charentes elle-même – s’est démarquée, le 11 mars sur France-Inter, de ces « zizanies ». « Il y a une patronne c’est Martine Aubry ! a-t-elle affirmé avant de préciser qu’elle avait pris de la distance par rapport aux affaires internes du PS.
De fait, Ségolène Royal va se consacrer la majeure partie de son temps à sa propre région Poitou-Charentes et éventuellement à des missions internationales ponctuelles que Martine Aubry envisage de lui confier. De ce point de vue, rien n’est fait puisque les deux personnalités du PS ne se sont toujours pas rencontrées notamment après l’entrée officialisée fin février de plusieurs de ses proches à al direction du PS.
Ségolène Royal s’étant mise elle-même au « frigidaire », Martine Aubry est en train de rassembler autour d’elle plusieurs personnalités de premier plan au nom du « rassemblement » nécessaire en cette période délicate. Elle-même d’ailleurs n’ayant pas de courant elle s’efforce d’attirer à elle, les personnalités apparentant à des ex-courants qui ont presque tous perdu leur leader à l’exception de Ségolène Royal.
C’est le cas des Strauss-Khaniens avec Jean-Christophe Cambadélis (DSK exilé au FMI n’apparaît pas comme un candidat crédible pour l’union de la gauche en 2012) ou bien encore de l’ancien lieutenant de Bertrand Delanoë, Harlem Désir, bombardé secrétaire national à la coordination soit « numéro deux » du PS, voire encore, de Claude Bartolone, ancien bras droit de Laurent Fabius qui semble considérer désormais que le « tour »de l’ancien premier ministre est passé.
…une « cheftaine » en passe de mâter les « barons » récalcitrants
La maire de Lille est en passe de réussir en quelques mois le pari risqué du congrès de Reims : celui de s’imposer à la tête d’un parti socialiste rassemblé et de prendre une option sur la candidature à la prochaine élection présidentielle. Les sondages le confirment – comme le prochain à, paraître le 16 mars dans « Métro », Martine Aubry est en passe de s’imposer comme le leader de l’opposition. Elle talonne le maire de Paris, Bertrand Delanoë et devance largement Ségolène Royal dans l’opinion et au sein même des militants socialistes.
Certes, les fidèles « royalistes » ne portent pas aux nues, la patronne du PS qu’ils comparent à une « cheftaine » incapable, selon certains autres, de produire des idées nouvelles – « elle fait du sous-Jospin » confie l’un d’eux - mais la révolte avortée des « barons » du PS sonne pour eux comme un avertissement. Il faut savoir ne pas aller trop loin avec une Martine Aubry qui petit à petit est en train d’imposer son autorité malgré quelques mouvements d’humeur qui ne sont plus aujourd’hui de saison.

Le directeur de la Lettre Horizons
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