Le Premier ministre a dit haut et fort ce que tout le monde n’a pas encore compris mais qui apparaît comme inéluctable : la crise financière, économique et maintenant sociale que nous traversons se présente comme une crise « systémique » - l’expression est de Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale - qui va sans doute bouleverser nos habitudes et nos schémas de pensée. C’est en tous les cas, la crise la plus grave, jamais subie par notre pays depuis celle des années trente.
Cette impression anxiogène est ressentie au niveau du gouvernement comme dans l’ensemble de la classe politique même si elle n’est pas encore totalement prise en compte par l’opinion publique. « Des gens viennent me voir en me demandant : « cela va durer jusqu’à quand ? » comme s’il s’agissait d’une crise passagère. En fait, c’est beaucoup plus grave et « personne ne sait quand et comment on en sortira » nous confiait le 3 mars dans les couloirs du Palais Bourbon, le vice-président du groupe UPMP, Jean Léonetti.
Une récession de 1% à 1,5% en 2009
Pas plus le matin sur Europe 1 en direct de Rungis que devant les députés l’après-midi au cours de la séance des questions d’actualité, le Premier ministre ne s’est engagé sur une éventuelle date pour prédire la sortie de crise. La seule chose qu’il ait dite clairement c’est que « toute l’année 2009 sera une année de crise » avec toutes les conséquences prévisibles en matière de déficits publics (plus de 5% du PIB fin 2009), de «récession » entre -1% et -1,5% (mais la France ferait mieux selon lui que l’Allemagne ou les Etats-Unis) et de chômage (300 000 chômeurs supplémentaires pour 2009, chiffre avancé, la veille, par Bercy).
Le message gouvernemental pour gérer une crise dont personne ne sait combien de temps elle va durer - 18 mois, deux ans, trois ans… ou plus ? - est double. D’une part, il conviendrait de maintenir la ligne définie par le président Sarkozy donnant la priorité aux investissements car l’emploi prime tout. En second lieu, il faudrait éviter de faire des plans de relance successifs mais se contenter d’aider les plus faibles, victimes de la crise.
D’où le collectif budgétaire 2009 – le quatrième sur le budget en une année »- qui va traduire après son adoption au conseil des ministres du 4 mars, les engagements pris par le chef de l’Etat devant les syndicats, le 18 février pour soulager les plus faibles. Encore faut-il préciser que les allégements fiscaux promis aux classes moyennes comme l’ont réclamé les députés UMP, le 3 mars, ne seront que « ponctuels et ciblés ». Car, la France ne peut plus se permettre d’atteindre des plafonds de dettes de 5% - 5,5% de déficit alors norme admise par Bruxelles n’’est, rappelons le, que de 3% du PIB).
La position du gouvernement consiste à dire : nous constatons que la crise actuelle la plus grave depuis 1929 touche le monde entier indifféremment et que la France, finalement, s’en sort plutôt mieux que ses partenaires occidentaux : il convient donc de maintenir le cap défini par le chef de l’Etat. Avec ce codicille qui n’est pas anodin de la part de Jean-François Copé. « Ce n’est pas maintenant qu’il faut juger les acteurs, a-t-il insisté le 3 mars. Il faut leur laisser le temps. La responsabilité viendra après »….
Dès maintenant toutefois, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale pointe le bout de son nez en mettant en place une commission de réflexion sur la manière dont la France doit sortir de cette crise mondiale car, selon lui, notre pays dispose d’atouts majeurs pour se protéger à l’avenir. Le député-maire UMP de Meaux entend-il saisir l’occasion de s’imposer comme un acteur majeur de la sortie de crise dans la perspective de la prochaine élection présidentielle de 2012 ?
« Le gouvernement baisse les bras » estime le PS
Face à ces mauvaises nouvelles, le parti socialiste retrouve son mordant voire son agressivité à l’égard de Nicolas Sarkozy et du gouvernement Fillon. Les députés Michel Sapin (Indre) et Alain Vidalies (Landes), responsables des secteurs économique et social ont matraqué les positons gouvernementales à l’occasion d’une conférence de presse, le 3 mars au siège du PS à Paris.
Le gouvernement « baisse les bras », il se contente de constater la crise de manière passive alors qu’il en porte en partie la responsabilité, estime les orateurs du PS. D’abord, il n’a pas tenu compte suffisamment vite des avertissements prodigués par les socialistes dès septembre 2009 et s’est préoccupé de la crise trop tard. Ensuite, il a joué petit bras et n’a pas pris de mesures suffisamment importantes – en fait, selon eux, ce n’est pas trente mais quatre milliards d’euros seulement qu’il a pu mettre au pot pour investir ce qui est nettement inférieur à ce qu’on fait nos partenaires allemand ou américain). Enfin selon le PS, le gouvernement persiste dans l’erreur en abandonnant pas- sur ordre de l’Elysée - le fameux « bouclier fiscal » totalement inadapté, selon eux à la situation.
Mais les responsables socialistes ont remis à jour ces critiques déjà bien connues. Michel Sapin a accusé ainsi le gouvernement de masquer les vrais chiffres en affirmant que la récession irait bien au-delà de 2% cette année. Alain Vidalies de son côté a voulu clarifier la situation en assurant que les 90 200 chômeurs supplémentaires en janvier relevaient d’un chiffre « corrigé des variations saisonnières » alors que le chiffre brut s’élève à 140 000. Dans ces conditions, il est peu crédible, selon lui de penser que dans cette « annus horribilis » 2009, le premier mois a épuisé à lui seul près de la moitié du chômage annoncé pour l’année entière. La facture sociale du chômage risque d’être beaucoup plus lourde à porter à la fin de cette année de crise.
Bref, pour le PS, le gouvernement tente de masquer la situation réelle qui est beaucoup plus grave et qu’il ne le prétend avec ses bons chiffres relatifs par rapport au reste du monde…Mais les socialistes eux aussi restent arc boutés sur leurs propositions en réclamant l’abandon de « bouclier fiscal » et des heures supplémentaires. Ils mettent en plus dans leur ligne de mire les dispositions en faveur des auto-entrepreneurs, une disposition qu’ils qualifient de « légalisation du travail au noir ».
Le PS propose de sortir le pays de la crise en faisant tenir le pays sur ses deux « jambes » : l’investissement et la consommation. « Notre contre-plan de relance est réaliste et efficace » assurent les porte-parole socialistes qui vont traduire sous forme de propositions de lois le 19 mars, la suppression des heures supplémentaire et l’obligation pour les entreprises bénéficiant d’exonérations fiscales d’un accord salarial dans les six mois à venir.
L’Europe reste absente des plans de relance
Curieusement ni l’UMP, ni le PS ne font appel officiellement à l’aide européenne. Les élections de juin y sont peut-être pour quelque chose. Les relations entre le président Sarkozy et le président libéral de la commission européenne sont tendues depuis les avertissements de Bruxelles contre les mesures protectionnistes de la France sur l’automobile et la tendance de notre pays à dépasser les critères de Maastricht sur la dette publique. Les socialistes eux ont l’intention de faire toute leur campagne sur le changement de majorité nécessaire de la droite à la gauche pour la Commission de Bruxelles avec comme porte-drapeau l’ancien premier ministre danois et président du PS européen, Poul Nyrup Rasmussen.
Et pourtant, l’intervention de l’Union européenne pour la coordination des politiques économiques au sein de la zone euro et parmi les Vingt sept s’impose. L’occasion a été manquée, le 1er mars à Bruxelles. De même, il faudrait aussi se préoccuper des nouveaux pays membres de l’Est qui souffrent encore plus que les « anciens » de l’Union européenne de la crise mondiale et risquent de déstabiliser de l’intérieur la vielle Europe notamment par leurs migrants.
On n’a pas fini de parler de cette crise mondiale qui bon gré mal gré va nous contraindre, tous autant que nous sommes, de droite comme de gauche ou du Centre… à muter.

Le directeur de la Lettre Horizons
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