La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 21 février 2009

Guadeloupe, crise économique et sociale,
politique agricole commune, enseignement, recherche :
 
Nicolas Sarkozy se lance à la recherche de solutions difficiles,
voire « introuvables »


L’an dernier à l’ouverture du Salon de l’Agriculture, porte de Versailles à Paris, Nicolas Sarkozy s’était  fait piéger par un visiteur qui avait refusé de lui serrer la main et en retour celui-ci s’était fait traité de « pauvre con » par le chef de l’Etat. Une « cata » médiatique pour le nouvel hôte de l’Elysée. Ce samedi 21 février pour l’inauguration du 46 ème salon ide l’Agriculture, suivi comme son ombre par la haute stature du ministre de l’Agriculture Michel Barnier et par l’un de ses conseillers élyséens,  en relations publiques, Pierre Charron, la même mésaventure ne lui ait pas arrivé. 
Le chef de l’Etat n’a pas « dérapé » face à un milieu agricole qu’il connaît pourtant mal. Certains éleveurs qui l’ont accueilli dans  leurs stands se sont félicités de constater que « cette année, il a pris le temps d’échanger ». D’autres comme des producteurs italiens du Piémont ont pu être déçus de ne pas voir «  Carla ! » dont ils ont crié le prénom sur son passage. Enfin, au début de sa visite comme à la fin, le président de la République a pu serrer les mains de sympathisants qui se tendaient vers lui.


Toutefois,  la plupart des visiteurs présents  au Salon n’ont pas pu voir le chef de l’Etat qui s’est déplacé, entouré de journalistes et cameramen de télévisions mais aussi d’une nuée de policiers en civil et membres du service d’ordre. C’est ainsi qu’au moment de sa sortie du Salon au bout d’une heure et de demie de visite vers 11h30 pendant qu’il répondait aux questions des télévisons, les membres du service d’ordre banalisés en tenue de ville – seule une oreillette permettaient des les reconnaître - étaient massés sur trois rangs compacts de part et d’autre de l’allée conduisant à la sortie où sa voiture ornée du pavillon bleu-blanc-rouge l’attendait.  A cet endroit là, il y avait bien trois membres de la sécurité pour un visiteur. Du jamais vu pour  une visite présidentielle !


Il va rentrer et se dire « ouf !»…
Cela n’a pas empêché quelques réflexions peu amènes d’un public parfois jeune et quelque peu frustré. «  Je lui ai posé une question, il ne m’a pas répondu » confiait une jeune citadine. Un autre se consolait de n’avoir rien vu : «  il est tellement petit »…  «C’est un nain de jardin » renchérissait un autre tandis qu’un tout petit garçon demandait à sa mère : «  c’est qui ? »  Mais le mot de la fin revenait à un visiteur perspicace qui lâchait : « il va rentrer chez lui. Il va boire un bon coup et dire … ouf » !
De fait, Nicolas Sarkozy marche actuellement sur des œufs face à l’avalanche de problèmes auxquels il est confronté.  Il s’était préparé à une « rupture » active pour faire bouger les choses. Depuis plusieurs  mois  - et pour combien de temps encore nul ne le sait – il doit faire face à la plus grave crise économique depuis celle de 1929 qui rend plus difficile encore les solutions à trouver. «J’ai voté pour Nicolas. Je fais un petit peu partie des déçus. Il faut qu’il nous aide avec la crise que l’on subit. Laissons lui le temps  mais on reste sur nos gardes» reconnaissait au micro de France-Info, un agriculteur, le 21 février, après la visite du chef de l’Etat. .
Comme il n’a pas de baguette magique ni d’argent dans les caisses  et que les décisions ne dépendent pas que de lui, Nicolas Sarkozy navigue à vue, tente de parer  au plus pressé mais ne  convainc pas sur le bien fondé de ses décisions.  

La réforme de PAC et les ex-pays de l’Est

Et voilà  que l’adoption de la réforme de la PAC qui va être discutée au niveau européen, à Bruxelles,  est rendue plus délicate encore avec l’effondrement économique des pays de l’Europe centrale comme la Hongrie, la Roumanie et même la Pologne, pays agricoles qui réclament l’aide de  l’Union européenne. Le chef de l’Etat compte  s’en sortir avec 300 millions de non recouvrements d’impôts sur les agriculteurs annoncés il y a quelques jours  et  avec une  déclarations qui parait ressortir de la langue de bois qu’il faisait profession de refuser en temps ordinaire. «  Il y a un milliard de gens qui meurent de faim dans le monde. Je veux dire à tous ceux qui veulent se lancer dans l’agriculture qu’il y a de l’avenir. J’ai vu des gens déterminés, passionnés aimant leur métier que ne demandent qu’une seule chose, c’est de pouvoir travailler » a-t-il déclaré aux télévisions à la fin de sa visite.
Mais c’est Michel Barnier qui, après le départ du président de la République, expliquait aux journalistes qu’il chercherait à obtenir dans les négociations qui vont s’ouvrir  à Bruxelles : « une Politique agricole commune plus équilibrée, plus juste et donc plus légitime ». Cela risque d’être difficile à obtenir au niveau européen compte tenu de l’état de l’agriculture dans les ex-pays de l’Est qui viennent de rejoindre l’Union  et dans l’Hexagone à l’effort qui sera demandé aux céréaliers en faveur des éleveurs qui sont les plus touchés par la crise.  « L’agriculture est un secteur productif qui est une des chances de la France parce qu’il tient le coup » ajoutait Michel Barnier en rappelant que le secteur agricole employait actuellement un million et demi de salariés.  Mais, le jour même sur I-télévision le ministre de l’agriculture a reconnu  que le revenu des agriculteurs « avait baissé de 15% en 2008… avant même la crise » précisait-il.
Michel Barnier fera tout ce qu’il pourra dans les jours prochains à Bruxelles mais ce sera sa dernière mission.  Le ministre de l’agriculture quittera bientôt le ministère de la rue de Varenne pour conduire la liste de l’UMP dans la région Ile de France aux  élections européennes de juin. Un petit groupe de militants UMP parisiens l’attendaient d’ailleurs pour se faire photographier avec lui.  Il leur a donné rendez-vous pour son premier meeting, le 7 mars. «  C’est là que cela va commencer, j’ai besoin de vous  » leur a-t-il dit en souriant.


Cafouillages et retard sur la  Guadeloupe

Si les circonstances économiques mondiales – c’est le  moins que  l’on puisse dire – n’aident pas le chef de l’Etat dans la conduite de sa politique, il faut reconnaître aussi que Nicolas Sarkozy porte une part de responsabilité dans le désamour  actuel d’une partie de son électorat.
La dégradation de la situation en Guadeloupe est particulièrement éclairante à ce sujet. Le chef de l’Etat a trop tardé à prendre conscience de l’ampleur du problème. Tant qu’il n’a pas dit son mot, rien ne s’est fait pendant un mois. Pire encore, le secrétaire d’Etat aux DOM-TOM, Yves Jégo, rappelé à la hâte à Paris,  a été désavoué par le premier ministre sur un relevé de conclusions provisoire qui avait sans doute obtenu  un  feu vert élyséen.  
Tout ceci a contribué à  brouiller  les cartes en donnant  un avantage  certain à Elie Domota et aux revendications du collectif  LKP sur la fameuse  132 ème condition (les 131 autres étant acceptées)  de 200 € d’augmentation pour les bas salaires  à l’origine de la grève générale. Pour tenter de calmer le jeu l’Etat a prévu 580 millions d’euros pour les Antilles mais il ne peut aller plus loin c’est-à-dire accepter de prendre à sa charge l’augmentation de salaire de 200 € que le patronat local refuse de payer. « Le paroxysme de la crise est peut-être derrière nous mais il reste beaucoup à faire.  Les négociations sont en cours, j’espère qu’elles aboutiront» a déclaré, le 21 février, Nicolas Sarkozy, en marge de sa visite au salon de l’Agriculture.
Au passage, il faut souligner que  le chef de l’Etat s’est bien gardé de se rendre au stand de la Guadeloupe et de la Martinique où l’on ne vendait que du rhum ou des épices lors de l’inauguration du salon de l’Agriculture. « En Martinique,  il n’y a que ce qui tue qui est moins cher que dans la métropole : le rhum et les cigarettes. Tout le reste est plus cher… » confiait un vendeur, un  chapeau de paille sur la tête.  Et un peu plus loin, le café vert guadeloupéen vendu 20 € sur ce stand, coûtait  selon un autre vendeur « 70€ chez les grossistes ».
S’il avait voulu comprendre la révolte d’une bonne partie des Antillais contre certains  « békés » et métropolitains profiteurs, Nicolas Sarkozy  aurait pu passer les voir au salon de l’Agriculture. Mais il est vrai que les stands des DOM-TOM se trouvaient un peu exilés tout en haut  du dernier hall d’exposition au  7.2 !...

Un « Sarkozy II » serait le bienvenu
En s’imposant sur le devant de la scène sociale, économique, européenne et mondiale  Nicolas Sarkozy qui a complètement court-circuité le premier ministre agit, à partir d’objectifs très hauts placés, dans  une sorte de fuite en avant.  
Dans le domaine de la crise sociale et économique où il laisse miroiter aux syndicats un nouveau mode de calcul des bénéfices…pourtant refusé haut et fort le Medef comme pour la Guadeloupe et ses futurs états généraux du changement en avril,  dans d’autres domaines aussi comme l’enseignement supérieur et la recherche ou sur l’avenir de l’Union européenne et de l’OTAN, on a l’impression que Nicolas Sarkozy place volontairement la barre très haut et se lance à la recherche de solutions introuvables.  La dernière en date étant cette réorganisation du « mile feuille » français par  une « osmose » entre départements et régions, la création d’un Grand Paris - retour à l’ancien département de la Seine - et la fusion de départements et de régions qui  risque de se résumer à une immense « usine à gaz » ingérable et inefficace y compris en matière d’économies.
Nicolas Sarkozy pose sans doute les bonnes questions mais la manière dont il tente de les résoudre ne convainc pas une opinion publique. Dans le passé,  le chef de l’Etat en période de crise, décidait de créer une équipe de combat resserrée  et se fixait des objectifs précis et chiffrés qu’il venait commenter régulièrement devant les Français. La première partie du quinquennat tourne court.  Il serait temps de passer à la seconde, celle d’un Sarkozy II, moins ambitieux dans la forme mais plus rigoureux et crédible sur le fond.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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