
Dans d’autres temps, on aurait dit que, face aux conséquences de la crise économique mondiale, Nicolas Sarkozy reste « droit dans ses bottes ». En tout état de cause, le chef de l’Etat a rejeté fermement le changement de cap économique que sont venus plaider les syndicats lors du sommet social qui s’est tenu pendant plus de quatre heures le 18 février à l’Elysée en présence du Premier ministre.
« Gardons notre sang froid et le cap des réformes », a expliqué en substance le chef de l’Etat. La France a tout pour sortir plus vite de la crise car elle résiste, selon lui, « plutôt mieux que beaucoup d’autres». Elle doit même en sortir « plus forte »… à condition de ne pas reproduire « les erreurs du passé ». Elle doit continuer à miser en priorité sur « l’investissement, la réforme et le travail ». Fermez le ban !
A ce qu’il présente comme un choix relevant d’un esprit de « responsabilité » économique –loin d’un retour aux politiques de facilités qui, selon lui, « sacrifieraient l’avenir au présent, conduiraient à la banqueroute et ruineraient la compétitivité de notre pays"–, Nicolas Sarkozy a cependant insisté d’entrée de jeu dans son allocution télévisée du 18 février sur « l’esprit de justice » qu’il place désormais « par-dessus tout ».
L’amorce d’un « tournant social » …
Le chef de l’Etat-Napoléon ne veut pas laisser sur le bord de route les « grognards » qui ont voté pour lui, il y a un an et demi, surtout s’ils sont fragilisés par la crise. Il a annoncé une série de mesures en faveur des « plus fragiles » d’entre nous et de « ceux qui travaillent dur pour faire vivre leur famille ». Les classes populaires et moyennes ne doivent être les victimes expiatoires de la crise mondiale qui frappe notre pays.
En clair, si Nicolas Sarkozy maintient les fondamentaux de la réforme économique en refusant d’augmenter le SMIC ou de réduire la voilure pour le non remplacement d’un départ sur deux à la retraite dans la fonction publique comme le lui demandaient les syndicats, il cherche en revanche à donner un tour plus social à son action. Il est revenu longuement sur le partage des bénéfices entre les représentants du capital et du travail en affirmant que « le statut quo n’était pas tenable ». Au point que, dans la majorité, le porte-parole du Nouveau Centre, Maurice Leroy, s’est cru autorisé à déceler un « tournant social vers plus de justice et d’équité ».
… mais pour les syndicats le compte n’y est pas
A l’évidence toutefois pour les syndicats et les partis de gauche, le compte n’y est pas. D’une façon quelque peu caricaturale, Bernard Thibault de la CGT a comparé les 8 milliards d’exonération de taxe professionnelle pour les entreprises annoncée le 5 février aux 2,6 milliards d’accompagnement social pour les plus fragilisés. François Chérèque de la CFDT a jugé « insuffisantes » les mesures annoncées et Jean-Claude Mailly (FO) a estimé que « cela bouge lentement ». D’un commun accord, les leaders syndicaux ont l’intention de poursuivre leur action revendicative lors d’une manifestation commune le 15 mars.
La gauche minimise les avancées sociales
Les socialistes qui depuis plus d’un an réclament l’abandon de la loi Tepa –le « bouclier fiscal pour les riches »– font naturellement la fine bouche. Ils parlent d’un « plan compliqué et petit là où il fallait faire simple et massif », selon expression d’Harlem Désir sur ITélévision et d’une « aumône aux plus fragiles » comme l’a dit le porte-parole du PS, Benoît Hamon.
Même l’ouverture spectaculaire sur le partage en trois parts égales des bénéfices (actionnaires, investissements et salariés), préconisée le 5 février par le chef de l’Etat, ne trouve pas grâce aux yeux de Martine Aubry qui estimait, avant même l’intervention télévisée du chef de l’Etat, que le vrai partage se situe au niveau des salaires et des profits et réclamait sur France-Inter, une augmentation de « la part des salaires dans la production des richesses ».
En clair, la gauche demandait un changement complet de politique pour tenir compte de la crise économique. Nicolas Sarkozy ayant clairement rejeté cette hypothèse : ils ont tendance à minimiser l’ensemble des mesures décidées en faveur des plus fragilisés par le chef de l’Etat et le gouvernement.
Le risque de la banqueroute existe
Face à la montée des périls économiques et sociaux, Nicolas Sarkozy garde son sang froid. Tout comme il le fait devant l’inquiétante révolte « sociétale » de la Guadeloupe qui s’étend aux Antilles et à la Guyane, dont il recevra les élus le 19 février à l’Elysée, et qu’il a négligé une nouvelle fois lors de son allocution télévisée du 18 février.
Contrairement à ces prédécesseurs, face à une crise majeure, le chef de l’Etat ne remet pas en cause les projets qu’il avait présentés lors de sa campagne présidentielle de 2007. Il est persuadé avec raison que notre pays doit se réformer pour s’en sortir. L’inconvénient pour lui, c’est que ces réformes nécessaires passent mal (chez les chercheurs par exemple) et sont mal gérées comme en Guadeloupe où l’absence de réactivité du gouvernement et du chef de l’Etat a été manifeste alors que le secrétaire d’Etat, Yves Jégo, désavoué, ne peut s’en sortir que par miracle.
Plus grave encore, le président de la République paraît ne pas prendre en compte le risque qu’il fait courir aux finances de notre pays à force de « saupoudrages » successifs pour atténuer les effets de la crise. Tout cela aggrave de façon inconsidérée notre dette publique qui va bientôt atteindre 80% de notre PIB et nous place aujourd’hui au bord de la banqueroute. Et ce ne sont pas les économies promises sur les hôpitaux, la recherche, la formation professionnelle ni même la réforme annoncée de notre Etat « trop lourd et trop couteux » qui combleront le gouffre financier que les générations futures sont vouées d’ores et déjà à boucher.
Il faudra bien à un moment ou à un autre que le président de la République se demande s’il ne fait pas fausse route et si, comme ces prédécesseurs, il ne doit pas changer de politique pour tenir compte de la réalité.

Le directeur de la Lettre Horizons
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