La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 26 janvier 2009

Une semaine politique et sociale,
test pour l’affrontement droite-gauche en 2009 :


- Le gouvernement et l’UMP, incités par le chef de l'Etat
à relancer et populariser le changement

- Les socialistes au Parlement et les syndicats
dans la rue relèvent la tête et contre-attaquent

A bien des égards, la tempête qui a soufflé sur le Sud-Ouest du pays, plus fort par endroits qu’en 1999, préfigure aussi les fortes perturbations attendues cette semaine dans le climat politique et social.
D’un côté, à l’Elysée comme au gouvernement, on s’attend à un hiver « chaud ». Au choc « boursier » qui a touché de plein fouet les classes moyennes –désormais « ric-rac »– et le monde ouvrier qui avait mis de côté quelques économies, viennent s’ajouter en ce début d’année les ravages de la crise économique avec son volant social de l’aggravation du chômage. Jusqu’à présent, l’équipe gouvernementale de François Fillon n’a pas été suffisamment convaincante pour rassurer les Français face à la crise. Le plan de relance a même irrité une partie d’entre eux qui redoute que les nouvelles aides aux secteurs en difficulté comme les banques mais aussi l'automobile, l’aéronautique et bien d’autres encore, ne soient pas suffisamment efficaces pour faire face à l’ampleur de la crise (un second plan est probable) ou pire encore, qu’elles soient détournées de leur objectif en servant à donner des dividendes aux actionnaires.   

Le bloc des mécontents se renforce
Le bloc de mécontents, majoritaire depuis janvier 2008, se renforce. Et le mot d’ordre de grève nationale que tous les syndicats ont lancée pour le jeudi 29 janvier s’annonce comme la plus importante journée de contestation sociale depuis le début de quinquennat de Nicolas Sarkozy. L’opinion publique a tendance à brûler ce qu’elle a encensé. C’est le cas pour le président de la République qui s’est beaucoup investi en annonçant des réformes qui n’ont pas pris corps : les Français ont remisé au magasin des souvenirs le fameux « travailler plus pour gagner plus » et le « paquet fiscal », favorable aux classes moyennes mais coûteux pour les finances publiques, n’a pas été en mesure de relancer l’économie.
Le chef de l’Etat en prenant des initiatives improvisées, contestées et contestables dans plusieurs domaines comme la suppression du juge d’instruction imposée à une ministre de la Justice en disgrâce, et la curieuse réforme de la télévision publique avec la nomination du président de France Télévisons par lui-même et la fin abrupte de la publicité, tente de revenir en force  sur le devant de la scène nationale mais avec un impact amoindri. C’est ainsi que dans le dernier sondage IFOP-Journal du Dimanche, 56% des personnes interrogées sont plutôt mécontentes ou très mécontentes de Nicolas Sarkozy comme président de la République (soit un point de plus qu’en décembre 2008) et que 69% d’entre elles dans un sondage CSA-La Croix se disent d’accord avec les grévistes du 29 janvier.
 
Nicolas Sarkozy pilote l’UMP et le gouvernement
On comprend dès lors que Nicolas Sarkozy ait décidé d’«aller au front directement», selon l’expression d’Eric Besson, un transfuge du PS désormais secrétaire général adjoint de l’UMP,  le 24 janvier, en présentant personnellement devant le conseil national de l’UMP, le nouveau dispositif du parti majoritaire dont il est et entend rester le seul et unique patron incontestable. Il l’a fait comme à son habitude sans trop de ménagement à l’égard par exemple de sa ministre-symbole de la diversité –Rachida Dati qui sera exfiltrée en juin de la place Vendôme vers le Parlement européen– ou vis-à-vis du nouveau secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, qui, entouré d’un état-major d'armée « mexicaine» composé de vice-présidents, secrétaires généraux adjoints et autre secrétaires nationaux, censés représenter toutes les facettes du parti du Président, se voit privé de toute marge de manœuvre vis-à-vis de l’Elysée.
C’est précisément cette «évolution»-là, personnelle –«bonapartiste» pour certains–, touche à tout et inefficace, selon eux, que réfutent les socialistes, sortis enfin de leurs querelles internes. Mardi, la première secrétaire du PS, Martine Aubry, et le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, présenteront une motion de censure pour dénoncer tout à la fois «l’inaction économique» du gouvernement et «les menaces sur les libertés individuelles» tout en présentant leurs propositions contenues dans un «contre-plan» de relance.

Le PS au Parlement, les syndicats dans la rue
Les socialistes qui ont traversé une longue crise interne avec les querelles à l’occasion du congrès de Reims, sortent la tête de l’eau. Ils le font avec une vigueur renouvelée comme ils ont pu le démontrer avec la crise parlementaire sans précédent qu’ils ont ouvert pour protester contre la réforme parlementaire, et avec le dépôt de leur deuxième motion de censure contre le gouvernement Fillon (la précédente avait trait au renforcement des troupes françaises en Afghanistan en avril 2008). Mais en réalité, c’est la politique économique menée par Nicolas Sarkozy et son comportement personnel et autoritaire qu’ils veulent sanctionner.
Il s’agira d’un lever de rideau sur la journée de grève nationale du 19 janvier à l’appel de l’ensemble des syndicats du public et du privé qui s’annonce comme l’évènement majeure de ce début d'année. «Nous attendons que le chef de l’Etat réagisse face à une mobilisation visible», a déclaré, le 26 janvier, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT qui prévoit une mobilisation «encore plus importante que celle du CPE» qui avait mis à mal le gouvernement Villepin au bout de quelques semaines et plombé le quinquennat de Jacques Chirac.
Il est remarquable que le leader syndical ne s’adresse ni au nouveau ministre du Travail, Brice Hortefeux, ni au Premier ministre, François Fillon, mais bel et bien au chef de l’Etat lui-même puisque, selon Bernard Thibault, c’est «le chef de l’Etat qui fait la politique économique et sociale. Il faut une autre approche que celle qui nous conduit à une impasse», a-t-il précisé à France-Inter.

Un affrontement inédit sans fusible
Tout va dépendre de la mobilisation populaire de la grève nationale du 29 janvier. Si elle se concrétise par un «jeudi noir», le mouvement lancé, il risque de se poursuivre par d’autres initiatives du même type. Une nouvelle rencontre des syndicats est prévue pour le 2 février afin d’envisager les suites à donner à ce mouvement de protestation. Cela pourrait vouloir dire que les classes moyennes fortement déçues par la tournure des évènements est en train de virer de bord politique.
On comprend dès lors l’empressement du chef de l’Etat à remettre sur les rails son parti de l’UMP qui aura pour vocation, comme l’a dit Xavier Bertrand, de se placer «devant le gouvernement», c’est-à-dire de prendre –ou de parer– les critiques qui vont aller directement vers le chef de l’Etat.  
Après l’état de grâce et les promesses déçues, l’affrontement droite-gauche est de retour. Moins de deux ans après son élection, le chef de l’Etat se trouve placé en première ligne face aux mécontentements et à la rue. Si le mouvement de grève générale du 29 janvier –«politique» par la force des choses– réussit, Nicolas Sarkozy serra placé au centre d’un affrontement inédit avec la gauche politique et les syndicats. Le chef de l’Etat risque de devoir manger, après le «pain blanc» de son semestre européen réussi, le « pain noir» d’un mécontentement tous azimuts dont personne ne peut prévoir jusqu’où il peut aller dans la mesure où le fusible gouvernemental n’existe plus dans les faits.

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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