La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 20 janvier 2009

Les enseignements politiques de la victoire d’Obama,
selon la fondation « Terra Nova » :

- Une campagne « téléthon » où le « pouvoir » est confié
aux militants avec la priorité donnée au « porte à porte »


-  Il faudrait en France un financement « déplafonné »,
des « primaires » ouvertes et un mois de campagne
pour le second tour


A la veille de l’investiture officielle du 44e président des Etats-Unis à Washington, la Fondation progressiste Terra nova a présenté les principales innovations  de la campagne victorieuse de Barack Obama aux Etats-Unis et  les leçons qui peuvent être tirées pour la France de cette campagne présidentielle américaine « novatrice », au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue, le 19 janvier au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) au Grand Palais à Paris.
La principale caractéristique  de cette campagne qualifiée de « campagne Téléthon » par le président de Terra Nova, Olivier Ferrand, ancien conseiller de Lionel Jospin, tient à la volonté de Barack Obama de «donner le pouvoir aux militants ». A la différence près – et elle est de taille - que ces « militants » ne sont pas comparables aux nôtres qui sont  des femmes et des hommes payant cher leurs cotisations,  triés sur le volet, dévoués corps et âme aux leaders locaux de leur parti et corvéables à merci,  au point d’accepter des tâches inutiles comme celles de distribuer le dimanche matin plus sur les marchés des tracts que personne ne lit…

Le  pouvoir a été  confié aux « militants » du changement
Aux Etats-Unis, les « militants » sont des « supporters » ou des « sympathisants » qui se manifestent pour soutenir un candidat le plus souvent sur Internet dans un premier temps. Ils sont aussitôt pris en main par une équipe de professionnels expérimentés qui leur confient les tâches qu’ils souhaitent eux-mêmes accomplir. Le » »supporter » convaincu devient lui-même le principal canal ou relai de communication du candidat. C’est lui qui en quelque sorte qui fait le programme du changement.
Le chemin suivi par le militant démocrate est grosso modo le suivant : un citoyen s’intéresse à Obama en raison de son parcours ou sa personnalité. Il prend contact avec un réseau social qui lui demande ses disponibilités et l’emploie dans le créneau horaire de son choix. Il l’envoie vers la population qu’il connait le mieux ou qu’il cherche à rencontrer. Le « supporteur » devenu « militant » dit aux électeurs avec qui il a un contact privilégier et qui partagent les mêmes préoccupations que lui, pourquoi, par exemple, il fait confiance à  Barack Obama pour résoudre ses problèmes (chômage, retraite, dépenses de santé etc.).
Il ne s’agit pas d’un militant  « boîte à lettres », diffuseur du programme d’un candidat élaboré  en dix points mais d’un « électeur » convaincu de la nécessité du changement pour résoudre ses propres problèmes. Pour les concepteurs de la campagne d’Obama, c’est moins  le « message » que le « messager » qui compte. Il ne s’agit pas d’une participation à l’élaboration d’un programme mais une action collaborative, technique, de relai dans l’opinion à la mode « Tupperware ».  
 
Pas de "programme" mais des "convictions" à partager
Le pouvoir  a été  donné aux militants mais sous le contrôle d’un  staff de campagne démocrate quasi-militaire dirigeant  les opérations notamment à travers la « Catalist », base de données informatisées pour cibler les électeurs qui hésitent, sans perte de temps avec les convaincus ou ceux dont on sait qu’ils ne voteront pas pour Obama.  
Le résultat de cette campagne « participative » est probant puisqu’au cours de la dernière campagne présidentielle, les Américains se sont réconciliés avec la politique. Plus de quinze millions d’entre eux sont retournés aux urnes avec un taux de participation de 63% soit dix points de plus que quatre ans auparavant lors de la réélection du président républicain  sortant George W.Bush.
Cette mobilisation de la base s’est traduite aussi au niveau des dons financiers. Barack Obama a reçu 740 millions de dollars contre 350 à son rival républicain Mac Cain (au total 1,6 milliards $ en 2008 contre 880 M$ en 2004). La principale caractéristique tient à l’exemplarité « populaire » de cette épargne. La moyenne des dons se situe à 60 $ mais beaucoup parmi  les trois millions de donateurs ont donné entre 10 et 20 $. Les petits donateurs ont ainsi donné plusieurs fois pendant la campagne.
En fait, Barack Obama a gagné dans un premier temps grâce à  sa personnalité « hors système » (en raison à la fois de ses origines sociales de la couleur de sa peau et de son parcours politique et social à Chicago) face aux « Clinton » dans les primaires. Il a ensuite transformé l’essai grâce à l’organisation  de ses  militants-supporters (aux Etats-Unis il n’y a pas de  cotisation pour adhérer à un parti) et à  la mobilisation des « petits dons » style « téléthon ». Le tout aboutissant à 68 millions de contacts au cours d’une campagne « révolutionnaire » par rapport à toutes celles que l’on a connu au XX ème siècle.

Faciliter une mobilisation participative démocratique
La Fondation Terra Nova tire de cette étude sur la campagne Obama réalisée par dix universitaires, chercheurs et responsables associatifs des enseignements pour une véritable « mobilisation militante » dans notre pays même s’il  n’est pas question d’importer dans notre pays le modèle américain.
Les principales recommandations faites aux partis politiques sont les suivantes :
- Diminution des « barrières » financières pour aller vers des  partis de masse.
- Organisation de « primaires » ouvertes susceptibles de déclencher une « jubilation » participative.
- Mise en place d’équipes professionnelles  pour gestion par Internet des bonnes volontés (500 personnes, cinq par département)
- Temps de campagne plus long (un mois et trois rencontres télévisées) pour le second tour décisif et plus court pour le premier tour à la télévision (spots de deux à quatre minutes sous la responsabilité des candidats).
- Encouragement pour le financement par petits dons et renforcement du contrôle des comptes de campagne en temps réel et non pas a posteriori.
Ces recommandations de Terra Nova s’adressent en priorité aux  partis progressistes et en  particulier au parti socialiste. Si l’essai de Ségolène Royal n’a pas été transformée en 2007, il n’est pas dit que Martine Aubry – et son secrétaire national chargé de la Rénovation, Arnaud Montebourg qui était présent avec la délégation de Terra Nova, le jour de l’élection américain d’Obama)  - n’adoptent pas  certaines pratiques de cette nouvelle démocratie participative lors des prochaines élections européennes de juin.
A l’occasion de la présentation de ses vœux à la presse Martine Aubry n’a-t-elle pas  souhaité, le 19 janvier,  que  les « Français deviennent « les militants de cette nouvelle Europe que veulent les socialistes » ? ….
De la démocratie participative « à la mode Aubry » en appliquant pour la campagne des européennes les bons plans d’Obama. Voilà un  programme d’ores et déjà alléchant à gauche !

bloc-signature-gervais.gif (4000 octets)
Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

© Horizons Politiques

Retour au fait politique du jour