La lettre de la décentralisation



Le fait politique du 16 janvier 2009

Un mini-remaniement gouvernemental très politique 
pour «Nicolas Sarkozy-Bonaparte» :

- Au gouvernement, il promeut deux de ses fidèles :
l'«ancien» Hortefeux et le «nouveau» Besson, 

- A l’UMP, il s’apprête à reprendre les rênes
par l’intermédiaire de l’ancien ministre Xavier Bertrand


- Nathalie Kosciusko-Morizet fait les frais
d’une ouverture avortée vers Philippe de Villiers

Nicolas Sarkozy est en train de remodeler le paysage politique de la majorité à travers un jeu de chaises musicales à répétition au sein du gouvernement Fillon et une relance de l’UMP sous la conduite de Xavier Bertrand qui a quitté sans surprise, le 15 janvier, le ministère du Travail où il est remplacé par Brice Hortefeux qui se voit confié un ministère élargi à la politique de la ville avec, sous son autorité, trois secrétaires d’Etat dont Fadela Amara. L’«ami de trente ans» du chef de l’Etat aurait souhaité obtenir le ministère de l’Intérieur, mais il a accepté sa nouvelle mission périlleuse en ces temps de crise économique et sociale, sans état d’âme, préférant rester au gouvernement que d’aller à l’UMP.
L’autre promotion, celle du «troisième homme venu d’ailleurs» –du Parti socialiste–, Eric Besson qui remplace Brice Hortefeux au ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire. Un poste ministériel qui doit être géré comme l’a fait son premier titulaire, avec fermeté et sans état d’âme. L’ancien député socialiste de la Drôme en acceptant en 2007 le modeste secrétariat d’Etat chargé de la Prospective et du Développement de l’économie numérique a montré  qu’il était entièrement dévoué au service de Nicolas Sarkozy qui en a fait son «chouchou»… et l’exemple d’une «ouverture» intégrée puisque Eric Besson devrait être nommé, le 24 janvier, au secrétariat général adjoint de l’UMP aux côtés de Nadine Morano et Nathalie Kosciusko-Morizet.
 
Deux fers au feu et Fillon au milieu
Le remaniement ministériel, annoncé par l’Elysée le 15 janvier, a pris un tour très politique, sinon politicien, puisqu’il s’inscrit dans une stratégie politique de reconquête du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy dispose de deux fers au feu pour contrer les ambitions éventuelles d’un François Fillon qui a pourtant manifestement choisi de durer à Matignon plutôt que de peser dans la conduite des affaires, fonction réservée apparemment au seul chef de l’Etat. La désignation avant Noël de Patrick Devedjian comme ministre de la Relance ressemblait à un camouflet pour le Premier ministre chargé de conduire la politique de la Nation, tout comme l’annonce du mini-remaniement par un communiqué de l’Elysée, quelques minutes seulement avant que le chef du gouvernement ne présente à la presse à l’hôtel Matignon des vœux médiatiquement dévalués.
Un gouvernement remanié avec la promotion de deux de ses «fidèles»: un ami de trente ans proche de lui et un converti doué et ambitieux –Hortefeux et Besson– apparaissent comme les deux nouveaux hommes forts du gouvernement (même si François Fillon ne veut pas entendre parler de «stars» à l’intérieur de celui-ci). Et une nouvelle direction de l’UMP sous la férule avisée de Xavier Bertrand, l’ancien porte-parole de la campagne présidentielle, qui sera intronisé officiellement le 24 janvier au poste de secrétaire général du parti majoritaire, en présence de Nicolas Sarkozy lui-même et le tour est joué. Le président de la République comme il le souhaitait avant même d’être élu à l’Elysée, dispose de tous les leviers par personnes interposées : l’exécutif où il décide de tout et le parti majoritaire sous la férule de Xavier Bertrand. Il ne lui reste que le législatif où députés et sénateurs UMP renâclent. Les députés UMP l’ont fait savoir sur le travail du dimanche. Les sénateurs UMP et centristes l’ont montré aussi en votant le 15 janvier une série d’amendements –sur l’augmentation de la redevance télévisée par exemple– contre l’avis du gouvernement dans le débat sur la réforme de l’audiovisuel public.

Deux victimes «innocentes»:   NKM et… Bruno Retailleau
Le mini-remaniement aura fait cependant deux «victimes». La première, Nathalie Kosciusko-Morizet qui se voit rétrogradée au secrétariat chargé de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, et l’autre, le sénateur de Vendée villieriste Bruno Retailleau qui devait symboliser l’«ouverture à droite» avant les élections européennes.
La maire de Longjumeau, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, ne s’attendait sans doute pas à son nouveau poste qui lui a été annoncé quelques heures seulement avant le remaniement par le Premier ministre. Elle paie ainsi ses relations houleuses avec Jean-Louis Borloo, son ministre de tutelle à qui elle faisait de l’ombre.
Elle a fait cependant contre mauvaise fortune, bon cœur, affirmant, le 16 janvier sur France-Inter qu’elle avait demandé lors d’un déjeuner en décembre dernier à François Fillon de «prendre un peu d’autonomie». Elle est gâtée sur ce point puisqu’elle prend un secrétariat d’Etat pratiquement sans services ni fonctionnaires, privé des anciennes attributions sur l’«évaluation des politiques publiques» attribuées désormais au ministre du Budget, Eric Woerth. «J’ai été, je reste, je serai toujours une militante de l’Ecologie», a réaffirmé Nathalie Kosciusko-Morizet qui n’a pas caché que «peut-être, elle reviendrait» au ministère… de l’Ecologie.
En fait, c’est à un sénateur de Vendée, Bruno Retailleau, «bras droit» de Philippe de Villiers que devait revenir ce secrétariat d’Etat. Mais le président du Mouvement pour la France et créateur du Puy-du-Fou qui s’apprête à mener une nouvelle campagne pour les élections européennes, a réagi de façon tellement négative, en particulier parce qu’il n’avait pas été prévenu que son bras droit, pourtant spécialiste reconnu de l’économie numérique, allait entrer au gouvernement, que, finalement, Bruno Retailleau est resté à la porte.

Une rupture avec l’esprit de la Ve République ?
Enfin, l’ultime victime «collatérale» de ce mini-remaniement n’est autre que Christine Boutin à qui l’on a enlevé la tutelle de la politique de la Ville. Les relations orageuses de la ministre du Logement avec sa secrétaire d’Etat Fadela Amara étaient de notoriété publique. Le nouveau ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, Brice Hortefeux, s’est félicité de sa nouvelle recrue qu’il a présenté comme une «compatriote» puisqu’ils ont siégé tous les deux au conseil municipal de Clermont-Ferrand…  et que Brice Hortefeux rêve depuis toujours d’enlever la mairie et la région Auvergne aux socialistes.
Décidément, ce mini-remaniement très politicien est tout à fait éclairant et transparent. Il permet à Nicolas Sarkozy de s’imposer concrètement au gouvernement et à l’UMP. Comme le disait Nathalie Kosciusko-Morizet, le 15 janvier sur France-Inter: Nicolas Sarkozy est bien «le leader national de la majorité».
Cette rupture avec la pratique et l’esprit des institutions de la Ve République, celle d’un président de la République arbitre au-dessus des partis est clairement assumée par le chef de l’Etat que beaucoup à gauche –et ailleurs dans les médias– surnomment déjà… «Nicolas Bonaparte»!

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Le directeur de la Lettre Horizons politiques

 

 

 

 
 

 

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